Paul à Antibes, El Hacen à Paris, Hidaya à Mayotte, Mohamed à Sartrouville, Jean-Marc non loin de Perpignan, Abdallah à Rosny … Au moins 22 personnes ont perdu la vie à la suite d’une interaction avec les forces de l’ordre dans les cinq premiers mois de 2026, soit plus de cinq personnes décédées par mois. Ce chiffre est trois fois supérieur à la moyenne constatée sur la décennie 2005-2015.

Le nombre de personnes tuées lors d’une intervention policière est en nette augmentation depuis 2017. Pourtant, ces statistiques n’existeraient tout simplement pas sans le travail de recensement minutieux mené par Basta! depuis près de 15 ans. Et sans chiffres fiables, comment faire exister un fait social aussi sensible dans le débat public ?
Car au-delà de ces chiffres, se pose la question des circonstances dans lesquelles chacun de ces décès se produit : face à quelle situation les policiers ou gendarmes sont-ils intervenus, pourquoi ont-ils fait usage de la force et ce recours à la force était-il légitime ?
Certaines affaires connaissent épisodiquement un fort retentissement médiatique : Malik Oussekine en 1986, Makomé M’Bowolé en 1993, Zyed Benna et Bouna Traoré en 2005 ou encore Nahel Merzouk en 2023. Mais avant 2014, aucune donnée officielle n’était rendue publique sur le sujet, aucune source d’information indépendante – journalistique, militante ou universitaire – ne recensait l’ensemble de ces affaires. Il était donc impossible d’avoir une vue d’ensemble de ce phénomène. Et donc des tendances et des schémas récurrents.
« La seule base de données indépendante et fiable »
La base de données sur les violences policières létales, que nous avons patiemment élaborée à partir de multiples sources et grâce à une veille constante, est venue lever ce voile et combler cette absence d’information. Ces informations ont été depuis largement utilisées par des chercheurs et chercheuses, des élus, des collectifs militants, des ONG, les familles de victimes et des journalistes.
Cette base de données, « la plus complète en la matière » (Libération) et « la seule base de données indépendante et fiable disponible à ce jour » (Mediapart), a poussé en 2018 le ministère de l’Intérieur à produire, enfin, des statistiques publiques avec, désormais, les recensements réalisés par l’IGPN (l’inspection générale de la police nationale) et l’IGGN (pour la gendarmerie).
À l’image de ce qu’il se passe aux États-Unis depuis le deuxième mandat de Donald Trump, la possible arrivée de l’extrême droite au pouvoir en France pourrait renforcer l’arbitraire policier et le sentiment d’impunité des agents, qui se rendraient coupables de violences illégitimes. Voilà pourquoi il est urgent d’imposer ce sujet dans le débat public, alors que la campagne présidentielle débute.
Collaborer avec des ONG
Pour cela, nous allons lancer un nouvel outil de partage et de visualisation de notre base de données d’ici la fin de l’année. La précédente est devenue obsolète, trop compliquée à maintenir (c’est pourquoi elle n’est plus mise à jour depuis 2023 alors que nous disposons des données) et trop limitée dans ses fonctionnalités.
Nous souhaitons également collaborer avec les ONG et organisations qui étudient le phénomène des violences policières pour maximiser l’impact de nos informations et de nos expertises. Car au-delà des décès, le nombre d’affaires de violence par personne dépositaire de l’autorité publique est aussi en nette augmentation : +60 % entre 2016 et 2024 alors même que les effectifs de l’IGPN diminue, comme l’a montré l’ONG Flagrant déni dans un récent rapport.
Ces violences sont parfois totalement illégitimes, à l’image de l’affaire que nous révélons aujourd’hui : Toufik, un jeune homme de 34 ans en situation de handicap, autiste et atteint de surdité, interpellé dans un parc public, puis roué de coups à la tête et sur le corps, et étranglé par le genou d’un policier. Embarqué au commissariat, le jeune homme y subit une garde à vue de 40 heures avant d’être libéré par un médecin psychiatre, qui juge son état inapte à la détention. Toufik ne fait l’objet d’aucune poursuite à la suite de son interpellation, ce qui pose la question des raisons pour lesquelles les policiers sont intervenus violemment, mais aussi celles de son placement en garde à vue.
Un nouvel outil de datavisualisation agile et interactif
Pour garantir une place au sujet des violences policières dans le débat public, et pour financer notre nouvel outil de datavisualisation, nous devons réunir 5000 soutiens durables. C’est-à-dire 5000 personnes qui activent un don mensuel ou annuel.

Le futur site que nous voulons bâtir proposera :
👉 Une mise à jour en temps réel des cas de décès, avec un renvoi vers les sources.
👉 Un système de requête pour obtenir des visualisations en direct et téléchargeables selon une multitude de critères (âge, lieu, circonstances et causes de la mort, période, unité impliquée, ouverture ou non d’une enquête…).
👉 Une cartographie fine, avec des échelles variables et une possibilité de croisement avec les critères des requêtes.
👉 Un trombinoscope, où retrouver les détails de chaque affaire et les personnes, au-delà des statistiques.
👉 Un recensement des suivis judiciaires donnés à chaque affaire, avec des statistiques précises sur les types de condamnation, les non-lieux et les relaxes.
Si vous trouvez ce projet nécessaire, nous vous invitons à le soutenir, en faisant un don ou en le faisant connaître le plus largement autour de vous.
On compte sur vous !