Caisse d’Epargne : François Pérol attaqué en justice par des salariés

Economie sociale ?

par Rédaction

Le syndicat Sud a déposé une plainte contre François Pérol pour « prise illégale d’intérêts ». Le banquier haut fonctionnaire choisi par Sarkozy pour diriger la fusion entre les groupes Caisse d’Epargne et Banque populaire inaugurait le 2 avril son premier comité de direction dans une ambiance plutôt bouillante. Les syndicats s’interrogent aussi sur les licenciements qu’engendrera la fusion et sur l’avenir de ces banques de l’économie sociale qui n’ont désormais de « social » que le nom.

Le premier comité de groupe extraordinaire de la Caisse d’épargne risque d’avoir un goût amer pour François Pérol, ce 2 avril. La veille, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire sur les conditions de la nomination de l’ancien secrétaire général de l’Élysée à la tête du groupe Caisse d’Epargne/Banque populaire. Et le parquet n’a pas l’habitude de faire des poissons d’avril. L’accueil des salariés Sud des Caisses d’épargne (deuxième syndicat du groupe) lors de ce Comité de groupe extraordinaire promettait d’être chaud. Sur l’avenue Pierre Mendès-France (13e arrondissement de Paris), à l’heure où les costards cravates pressent le pas pour aller surveiller les cours de la bourse derrière leurs écrans, les militants avaient déployé banderoles et drapeaux aux couleurs du syndicat. « Nous allons annoncer solennellement à Monsieur Pérol que Sud Caisses d’épargne a déposé une plainte à son encontre pour prise illégale d’intérêts », expliquait Patrick Saurin, l’un des responsables de Sud. Par ailleurs, certains salariés du comité d’entreprise vont également engager une action sur les mêmes motifs en tant que sociétaire. Les 3,5 millions de sociétaires n’ont pas été invités à se prononcer sur l’avenir du groupe « coopératif »...

Bref, l’horizon s’assombrit pour le protégé de l’Élysée. Pour Sud, la nomination de François Pérol à la tête du nouveau groupe vient après deux opérations dans lesquelles l’ancien secrétaire général de l’Élysée a été largement impliqué : « En 2002 et 2003 déjà, monsieur Pérol était intervenu dans la gestion du divorce entre la Caisse des dépôts et consignations et le groupe Caisses d’épargne, opération désastreuse et financièrement catastrophique, dénonce le syndicat. Et dès 2004, malgré un avis déjà défavorable de la commission de déontologie, puis en 2006, il est l’un des acteurs essentiels de l’opération Champion qui conduit à la création de Natixis. À ce titre, il aurait perçu, en tant que conseil, près de deux millions d’euros. » Or, poursuit Sud, ces deux opération ont été particulièrement néfastes pour le groupe, l’entraînant « au bord du gouffre financier ». Elles ont surtout entaché de manière grave et durable « l’image de marque auprès de la clientèle » et ont « rendu si difficile et si épuisant le travail quotidien des salariés sur le terrain ». De son côté, le comité d’entreprise des Caisses d’Epargne a demandé la suspension du processus de fusion entre la Caisse d’Epargne et la Banque populaire, car il estime ne pas avoir été suffisamment consulté. Le comité reproche à la Caisse nationale des Caisses d’épargne de ne pas l’avoir informé des modalités de la fusion et de ses conséquences. Un juge des référés doit rendre son avis aujourd’hui même.

Mais derrière les circonstances politiques de la nomination de François Pérol, c’est la légitimité de la fusion de ces deux établissements que Sud conteste. « Au-delà de la petite personne de Monsieur Pérol, ce qui nous importe c’est la défense des emplois dans deux groupes qui sont pérennes et ont chacun leurs raisons d’être », explique Patrick Saurin. Et sur ce thème aussi, Sud a avait donc prévu d’interpellé François Pérol ce matin : « Nous réitérons notre opposition à cette fusion dont vous êtes un des instigateurs, car nous sommes convaincus que les deux groupes sont viables indépendamment avec leurs statuts coopératifs respectifs, leurs enseignes, leurs agences, au service de l’économie réelle, de la clientèle et de l’intérêt général. Le résultat des caisses et des banques régionales le confirment d’ailleurs, contrairement à ceux de la banque d’investissement qu’elles ont dû, et devront, continuer à renflouer. »

5100 suppressions d’emplois

Ce qui inquiète aussi les représentants des salariés, ce sont les conditions de travail dans un groupe où les économies d’échelle vont être à l’œuvre et entraîneront sans aucun doute suppressions d’emplois et licenciements. «  Avant même les annonces de fusion, on savait qu’il y allait avoir 5100 suppressions d’emploi. Le nouveau groupe ne va certainement pas fonctionner sans chercher à faire des économies. Dans ce contexte, on ne peut être qu’inquiet pour l’emploi », indique Patrick Saurin. Le syndicaliste s’indigne par ailleurs des conditions de travail dégradées des salariés à qui l’on demande toujours plus de rentabilité. Cela génère stress et souffrance pendant que les dirigeants continuent à s’octroyer une rémunération en part variable considérable malgré des résultats en chute libre et des suppressions d’emploi.

En 2008, le directoire de la Caisse d’épargne d’Ile-de-France s’est ainsi partagé la bagatelle de 312 000 euros. Les autres caisses régionales ne sont pas en reste : 331 000 euros pour les cinq membres du directoire en Bretagne Pays de Loire ; ou 380 000 euros pour ceux de la Caisse d’épargne Loire, Drôme, Ardèche. On est bien loin de l’esprit des fondateurs des Caisses d’Epargne et des valeurs affichées par le groupe : « Apporter sa contribution à une économie de marché humainement responsable ». Vous avez dit économie sociale ?