Chronique d’une adolescente révoltée

CPE

Laura a 16 ans. En classe de Seconde au lycée Raymond Naves de Toulouse, elle a participé de l’intérieur aux semaines de lutte contre le Contrat première embauche. Elle nous donne ici un témoignage rafraîchissant sur l’engagement des jeunes et leur implication, bien loin des sempiternelles images de lycéens « suiveurs » ou qui ne voient les manifestations que comme une occasion de faire la fête.

Je fais partie de la minorité d’élèves du lycée Raymond Naves de Toulouse à avoir participé aux blocages, aux occupations nocturnes, aux Assemblée Générale, aux manifs... Il faut reconnaître que les premiers blocages, début mars, ont été très mal organisés puisqu’une grande majorité des élèves n’en était pas informée.

Après le premier vote où le blocage a été approuvé par 80 % des élèves du lycée, les blocus ont commencé à fonctionner de manière plus efficace. L’établissement a été bloqué pendant deux semaines consécutives. On se levait tous les matins à 5 heures afin d’installer le blocage : poubelles, grillage, télé, chaînes... tout ce que l’on pouvait trouver. L’après-midi, on allait aux manifestations pendant qu’une autre partie s’occupait de maintenir le blocus.

Malgré tout, nous avons été peu nombreux à rester devant le lycée Raymond Naves : environ 200, ce qui reste faible pour un établissement de 2000 élèves... Au fur et à mesure de la mobilisation, les anti-bloqueurs se sont aussi organisés et sont devenus de plus en plus agressifs. Ils nous traitaient de « dictateurs », nous lançaient des œufs ou, carrément, nous crachaient dessus. La tension est monté et, malgré l’organisation de plusieurs débats, le dialogue est souvent resté bloqué, lui aussi.

« Une petite victoire »

Lors des AG hebdomadaires, le nombre des participants n’atteignait jamais plus de 100 personnes, alors qu’elles étaient justement organisées pour parler du vote des blocages, des actions, des manifestations. Mais surtout les AG devaient instaurer un débat politique et sensibiliser les gens. Le 29 mars, la proviseure du lycée, qui jusqu’alors était restée neutre aux évènements, a organisé une AG, afin de mettre un terme aux blocus et trouver une suite à la mobilisation. Cela a entraîné un blocage de l’administration par les élèves, alors que les cours avaient repris.

Pendant toute cette période, nous avons également organisé des occupations nocturnes afin de montrer notre détermination. J’ai donc fait partie du comité restreint qui a campé d’abord dans le gymnase, puis devant l’administration. Nous avons été ainsi une soixantaine à organiser ces occupations nocturnes pendant trois semaines. Lors de ces soirées, un comité s’occupait de ravitailler les occupants grâce à une caisse de solidarité. Il y avait des discussions pour décider des actions du lendemain et pour tirer les bilans des rencontres et des contacts avec les autres lycées toulousains et les universités. La proviseure n’a pas appelé les services de police mais nous a prévenu que nos actions étaient illégales.

Après deux mois de lutte, on a fini par faire reculer le gouvernement sur la question du CPE. Mais je trouve que c’est une petite victoire car le CNE (contrat nouvelle embauche) et la loi sur l’égalité des chances n’ont pas été abrogés. Pour ma part, c’est la première fois, que je m’investis autant dans un mouvement. Je pense que lorsque l’on est engagée, il faut aller jusqu’au bout. Tout en sachant pourquoi on est là. Ce n’est pas un amusement. C’est même difficile de suivre une lutte, comme je l’ai fait en étant présente aux nombreuses AG, à la fac de lettre du Mirail, aux actions parfois dangereuses, à toutes les manifestations, etc.

« Il ne faut plus être égoïste »

Il est important qu’un jeune soit engagé, ne serait-ce pour s’intéresser à son avenir, ou à l’avenir des autres. Il ne faut plus être égoïste, et ne penser qu’à son petit confort personnel. Il faut ouvrir les yeux afin de voir dans quel monde nous vivons ! J’ai gardé un certain recul face aux événements C’était essentiel, car cela m’a permis de ne pas baisser les bras, même au moment où l’on croyait le moins à la victoire.

Grâce à cette mobilisation, je pense que je vais m’intéresser encore davantage à la politique. Elle m’a permis de connaître différents points de vue et, ainsi, de mieux me forger ma propre opinion sur les événements et de mieux comprendre le sens de mon engagement. Je vais essayer de poursuivre cet engagement en participant aux rencontres de la confédération des lycées de Toulouse. Et même si, de fait, je crains que la mobilisation retombe totalement. Mardi 11 avril, après le retrait du texte, nous n’étions plus que 2500 pour la manifestation. C’est dommage et un peu décourageant car il reste des choses sur lesquelles se battre, comme par exemple renverser ce gouvernement. Je ne suis ni utopiste, ni optimiste. Je suis simplement une adolescente révoltée par la manipulation politique et médiatique qui nous accompagne depuis un certain temps.

Laura Fernandez