Energie

Une commune résiste à l’installation des compteurs intrusifs Linky et Gazpar

Energie

par Sophie Chapelle

Le conseil municipal de Saint-Macaire, en Gironde, refuse l’installation sur la commune de « Linky » et « Gazpar ». Ces nouveaux compteurs d’électricité et de gaz doivent permettre, selon leurs promoteurs respectifs ErDF et GrDF, de suivre quotidiennement la consommation réelle des bâtiments et de chaque logement pour mieux la maîtriser. A Saint-Macaire, tout a commencé par un vote à l’unanimité, le 24 septembre dernier, rejetant la demande de GrDF (Gaz réseau distribution France) d’installer un « concentrateur » sur un bâtiment de la commune. Pourquoi ce refus ? « Le souci de protection de la santé des habitants, à commencer par celle des enfants », précisent les élus dans un courrier envoyé aux 2000 habitants que Basta! a pu consulter [1]. « S’ils sont installés, les compteurs communicants émettront des micro-ondes que GrDF présente comme anodines, ce qui est fortement contesté par diverses associations comme Robin des Toits, Priartem, le Criirem. »

GrDF assimile pour sa part cette communication entre le compteur, le concentrateur et le fournisseur d’énergie à « un appel téléphonique d’environ 15 minutes ». « Équipé d’un module radio, le compteur communicant Gazpar transmet deux fois par jour, en moins d’une seconde, vos données de consommation de gaz naturel à un concentrateur, installé sur un toit d’immeuble », précise l’opérateur. « Le concentrateur, équipé d’une carte Sim, envoie les données de consommation au système d’information de GRDF qui les traite et les met à votre disposition. » Rien de dangereux donc, si l’on en croit GrDF.

Risques sanitaires ?

Les élus de Saint-Macaire soulignent la démultiplication des « risques » du fait de la mise en place simultanée d’un autre compteur communicant pour l’électricité, le Linky. Depuis cet automne, le boitier jaune commence à faire son entrée dans les foyers. A l’horizon 2021, 31,5 millions de compteurs électriques Linky remplaceront les boitiers bleus traditionnels (sur un total de 35 millions de compteurs). « Pour exploiter les fonctions des compteurs communicants, ErDF injecte des signaux dans le circuit électrique des habitations, par la technologie CPL (courant porteur en ligne) », pointent les élus de Saint-Macaire. « Or, les câbles des habitations n’ont pas été prévus pour cela, ils ne sont pas blindés, et de fait le CPL génère des rayonnements nocifs pour la santé des habitants et particulièrement celle des enfants car ils sont plus vulnérables face aux risques causés par ces technologies. »

L’enquête menée par Basta! en 2012 à l’occasion de l’expérimentation menée par ErDF en Indre-et-Loire, avait montré que des personnes sur place s’étaient plaintes de nuisances. Or, aucune étude d’impact sanitaire n’a été menée pour approfondir cette question. Ce manquement au principe de précaution a conduit Robin des toits à déposer fin 2011 un recours au Conseil d’État, finalement rejeté le 20 mars 2013. Pourtant, à ce jour, « toutes les compagnies de réassurance excluent la prise en charge en responsabilité civile des dommages liés aux ondes électromagnétiques », observent les élus de Saint-Macaire [2].

Plus intrusif mais pas écologique ?

Outre les risques sanitaires, les élus de Saint-Macaire redoutent le piratage des données transmises par les compteurs communicants, même si les installateurs assurent que tout est « parfaitement sécurisé », ainsi que leur utilisation à des fins commerciales. L’intrusion dans la vie privée permise par ce compteur est d’ailleurs critiquée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Le principal risque proviendrait de la courbe de charge qui relève à intervalles réguliers la consommation électrique de l’abonné. Plus le « pas de mesure » est faible, plus les mesures sur une journée sont nombreuses et fines, permettant d’avoir des informations précises sur les habitudes de vie.

Plus globalement, les élus de Saint-Macaire mettent en doute la capacité des compteurs Linky ou Gazpar à favoriser réellement les économies d’énergie [3]. Face à l’engouement du gouvernement français, l’Allemagne se révèle plus prudente et préconise pour le moment de restreindre le renouvellement aux compteurs en fin de vie. L’opposition aux compteurs intelligents grandit également aux États-Unis où des dizaines de collectivités ont adopté des moratoires.

D’autres mairies françaises ont d’ores et déjà contacté les élus de Saint-Macaire pour se joindre à leur combat contre les compteurs connectés. « Les compteurs actuels fonctionnent tout à fait correctement », plaident-ils. « Il est par ailleurs possible depuis longtemps de signaler à votre fournisseur, par téléphone ou par le web, la consommation réelle affichée par votre compteur, de façon à éviter toute surfacturation due à une estimation imprécise. » La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies rappelle aux usagers qui souhaiteraient conserver leur compteur bleu, que « les compteurs sont un bien inaliénable des collectivités concédantes ». Selon l’UFC Que Choisir, ce refus entraine un risque de résiliation du contrat.

@Sophie_Chapelle