Grave crise politique en Bolivie

Droits des peuples

par Nolwenn Weiler

Censée désenclaver la Bolivie, la route de 300 kilomètres qui doit traverser une partie du pays du nord au sud a déclenché une grave crise politique. Sans doute la pire qu’ait eue à traverser le président de la République Evo Morales depuis son accession au pouvoir en 2006. Les prémices de la crise remontent au 15 août. Les Indiens, dont le territoire serait coupé en deux par la route, financée par le Brésil, ont décidé de marcher sur la capitale, La Paz. En chemin, ils rencontrent un soutien croissant, allant parfois bien au-delà des Indiens amazoniens : des opposants de droite ou ex-alliés du pouvoir socialiste notamment.

Dimanche 25 septembre, les marcheurs ont été violemment interrompus par la police, qui a chargé leur campement en utilisant des gaz lacrymogènes. Des femmes et des enfants ont été matraqués et arrêtés. Ces images ont soulevé l’indignation dans tout le pays. Le lendemain, la ministre de la Défense, Cecilia Chacón, présentait sa démission. « Je ne saurais défendre ou justifier l’intervention du gouvernement, alors qu’existaient d’autres alternatives : le dialogue, le respect des droits de l’homme, la non-violence et la défense de la Mère Terre », a-t-elle précisé. Elle a été suivie, le 27, par son collègue ministre de l’Intérieur, Sacha Llorenti. Cinq députés ont par ailleurs décidé de laisser leur siège à l’Assemblée. Mercredi 28 septembre, la principale confédération syndicale du pays appelait à une grève générale, en signe de soutien aux indigènes. Avec l’appui de syndicats enseignants, de santé, étudiants, et d’organisations liées au mouvement indigène.

Premier président indigène du pays, Evo Morales se trouve face à ceux dont il avait promis de défendre les droits, en les faisant inscrire dans la Constitution. Les peuples indigènes, plus de la moitié des dix millions de Boliviens, constituent l’un des principaux soutiens du président. Evo Morales vient d’annoncer la suspension du projet routier, qu’il veut soumettre à un référendum régional. Mais, pour les Indiens, trop peu nombreux pour peser sur le scrutin, la proposition ne semble pas satisfaisante.