Le G8, un vestige du passé relancé par Nicolas Sarkozy

Démocratie

par Maxime Combes

Relancé par Nicolas Sarkozy, le G8 appartient au siècle passé, celui de la domination politique, géopolitique et économique de quelques pays du Nord. Un vestige du passé. Suranné. Dépassé. « Bunkérisé » dans une ville défendue par des milliers de policiers et militaires. À mille lieues des aspirations démocratiques et sociales qui ont fait sortir les gens dans la rue ces derniers mois un peu partout dans le monde.

Photo : © Jean de Peña / Collectif à-vif(s), Le Havre, mai 2011.

Toutes les traditions ne méritent pas d’être poursuivies. Ainsi en est-il du G8, réunion des chefs d’État des 8 pays qui furent « les plus puissants de la planète ». En établir la liste illustre le côté anachronique d’une telle rencontre : États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada, Russie. Un G8 qui fleure bon la domination politique, géopolitique et économique de la fin du siècle passé. Mettre sur la touche la Chine, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud... fait mauvais effet. Pourtant Nicolas Sarkozy a tenu coûte que coûte à être l’hôte de cette nouvelle réunion du G8. Comme le mauvais remake d’un film suranné, le G8 a lieu ces 26 et 27 mai à Deauville (Normandie).

Promesses des G8 d’Évian en 2003 et de Gleneagles (Royaume-Uni) en 2005, les pays du G8 n’ont jamais débloqué les montants nécessaires au développement économique des pays africains ou à la suppression de la pauvreté. Ils n’ont pas été plus capables de s’entendre sur la suppression intégrale de la dette des pays pauvres, pourtant exigée de toute part. Loin de stabiliser les grands déséquilibres économiques mondiaux, les pays du G8 ont contribué à les accroître par leurs politiques maintenues et toujours confirmées de libéralisation de l’ensemble des marchés mondiaux. Symbole de la domination des pays du Nord sur les 184 autres pays de la planète : les pays du G8 possèdent 90% des armes nucléaires et dépensent les trois quarts des budgets militaires. Sans avoir su assurer « la paix et la sécurité » qui revient pourtant comme un leitmotiv à chaque déclaration du G8.

Dominations du siècle passé et confiscation des décisions globales

Relancer un G8 profondément discrédité par sa symbolique et ses échecs passés permettra peut-être à Nicolas Sarkozy d’être au centre de la photo. Mais la diplomatie française, déjà mise à mal par ses errements face aux révolutions arabes, n’en sortira sans doute pas grandie. Au menu de ce G8 : nucléaire, Internet, nouvelles technologies, économie verte, « la paix et la sécurité » ou encore le « développement de l’Afrique ». Quelle est la légitimité des chefs d’État des pays du G8 pour prendre des décisions qui concernent l’ensemble des pays et des populations de la planète, alors qu’ils ne représentent qu’à peine 13% de la population mondiale ?

Crise financière et économique, nouvelle donne géopolitique mondiale, changement climatique et raréfaction des ressources naturelles, migrations internationales, sont autant de défis cruciaux qui concernent l’avenir de toutes les populations de la planète. En ce début du 21e siècle, ces défis seront résolus pour tous ou ils ne le seront pour personne. Il y a des choix à faire. Se recroqueviller sur un G8 incarnant les dominations du siècle passé et la confiscation des décisions globales, ou contribuer à l’émergence d’une véritable démocratie globale ? En faisant perdurer le G8, Nicolas Sarkozy a choisi. Il a choisi le passé et la séquestration de la démocratie mondiale.

Vestige du passé au lourd passif, le G8 de Deauville se tient retranché derrière une zone rouge défendue par des milliers de policiers et militaires, comme une citadelle assiégée. Les chefs d’État du G8 se calfeutrent loin du reste du monde, pour une réunion au coût exorbitant. Loin des autres puissances. Loin des aspirations populaires exprimées par les révolutions arabes ou par les manifestations – aussi diverses qu’inventives – contre les politiques d’austérité menées en Europe ou en Amérique du Nord. Coupés des préoccupations et exigences des populations. Il n’est donc pas étonnant que les aspirations démocratiques et sociales se fassent entendre dans la rue, place Tahrir au Caire, à la Puerta del Sol à Madrid ou à Madison dans le Wisconsin. À l’image des mobilisations que connaît l’Espagne, les pays du G8 vont-il voir le printemps arabe se répandre comme une traînée de poudre ?

Maxime Combes, membre de l’Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives. Co-auteur du livre d’Attac Au mépris du monde : G8-G20 et peuples en lutte, Les Liens qui Libèrent, Paris.

Site de la coordination française contre le G8 et le G20 : www.mobilisationsg8g20.org