Une association « gay et lesbienne » d’élus RN dissoute deux mois après sa création : « C’était une caution »

SociétéLGBT+

Créée en mai par des élus RN du Pas-de-Calais, l’association Gays et Lesbiennes du Bassin minier a été dissoute en toute discrétion cet été. Une preuve de plus de l’instrumentalisation des luttes LGBTQIA+ par l’extrême droite.

par Rozenn Le Carboulec

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Aussitôt créée, presque aussitôt dissoute. Annoncée en grande pompe par des élus RN le 17 mai, pour la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, l’association Gays et Lesbiennes du Bassin minier n’est plus depuis le 17 juillet.

À l’origine de sa création : l’annulation à la dernière minute d’un ciné-débat au cinéma municipal de Harnes (Pas-de-Calais) par le nouveau maire RN Anthony Garénaux-Glinkowski. Organisé autour du film Trois nuits par semaine par l’association lensoise Couleur, l’événement prévoyait aussi un débat sur l’univers du drag, avec des témoignages d’artistes concernées. « Il a été annulé sans explications, et je n’en ai toujours pas à ce jour », rapportait en juin à Basta! Mickaël Billebault, le président de l’association, par ailleurs conseiller municipal à Lens dans la majorité de gauche.

Qu’à cela ne tienne : fin avril, la mairie de Harnes annonçait « s’engager dans la lutte contre l’intolérance et les LGBTQIA+phobies ». Et ce, à travers l’organisation d’une exposition et… d’un ciné-débat avec une association, la semaine du 13 au 17 mai. Mais laquelle ?

« C’était vraiment une couverture »

Le soir même de l’événement, qui a réuni uniquement des élus RN – le maire de Harnes, le sénateur du Pas-de-Calais Christopher Szczurek et le député du département Bruno Clavet –, était mis en avant le lancement d’une nouvelle structure ad hoc. « Nous sommes heureux de vous annoncer la création de l’association Gays et Lesbiennes du Bassin minier qui aura notamment comme mission l’accompagnement et le soutien juridique pour les jeunes expulsés de chez eux en collaboration avec les bailleurs et les municipalités », se félicitaient sur leurs réseaux sociaux Anthony Garénaux-Glinkowski et Bruno Clavet, par ailleurs ouvertement gays. « Ils l’ont créée en catastrophe quelques jours avant l’événement, comme quoi c’était vraiment une couverture », commente auprès de Basta! Mickaël Billebault, de Couleur, à l’origine d’une mobilisation « contre les LGBTIphobies et la politique menée par la municipalité » de Harnes le 16 mai.

Avec Gays et Lesbiennes du Bassin minier, exit les B, T, I de LGBTIphobies (pour bisexuelle, trans, intersexe). Déclarée seulement quatre jours plus tôt en sous-préfecture de Lens, l’association, basée à Harnes, a alors pour objet « la défense des droits et intérêts des personnes gays et lesbiennes du Bassin minier au sens large ». Son conseil d’administration comprend quatre membres, tous RN : son président Thomas Menuge, adjoint à l’urbanisme et à la communication à Harnes ; sa vice-présidente Valérie Marcos, première adjointe à Liévin ; le trésorier Alexis Audant, actuel conseiller municipal d’opposition avec Bruno Clavet à Lens ; et le secrétaire Dorian Damiens, élu sur la liste de Steeve Briois à Hénin-Beaumont.

Des élus RN surtout « homonationalistes »

Mais, surprise, deux mois pile après sa création, Gays et Lesbiennes du Bassin minier était dissoute auprès de la sous-préfecture de Lens. Entre-temps, elle n’a, à notre connaissance, aucune autre activité à son bilan que ce « ciné-débat ». Contactés par Basta! pour plus de précisions sur cette disparition, ni le maire de Harnes, ni Bruno Clavet, ni les membres du conseil d’administration n’ont répondu à nos sollicitations.

« Comme quoi, ils n’en ont vraiment rien à faire des droits LGBTQIA+, l’association était là pour leur servir de caution, met en avant Mickaël Billebault, qui nous a alertées. Ce n’est pas parce que le RN compte énormément d’homosexuels, majoritairement des hommes blancs et cisgenres, parmi ses élus qu’ils sont pour l’avancée des droits. Tous les pays gouvernés par l’extrême droite ont fait chuter les droits des personnes LGBTQIA+, je ne vois pas pourquoi ce serait différent en France », rappelle-t-il. Pour lui, ces élus RN sont surtout « homonationalistes », c’est-à-dire qu’ils instrumentalisent les droits LGBTQIA+ à des fins racistes et islamophobes, au même titre que le fémonationalisme pour les droits des femmes.

Dans de nombreuses villes où ils ont été élus en mars dernier, les élus d’extrême droite ont ainsi effacé des symboles LGBTQIA+, comme à Elne, dans les Pyrénées-Orientales. À l’Assemblée nationale aussi, les votes des députés RN s’opposent à ces droits, comme le détaillait en juin une enquête de Bon pote.

Après sa dissolution en toute discrétion, reste à savoir si l’association Gays et Lesbiennes du Bassin minier reprendra vie pour la prochaine journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Ou si elle restera dans le placard à jamais.