« Nous ne sommes pas dupes de ce pinkwashing » : comment les maires RN du nord instrumentalisent les luttes LGBT

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Annuler des événements LGBT tout en se drapant des couleurs arc-en-ciel : dans les Hauts de France, les mairies RN instrumentalisent le mois des fiertés. Et ce alors qu’au parlement européen, le parti refuse de voter contre les « thérapies de conversion ».

par Rozenn Le Carboulec

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« Nos organisations ne sont pas dupes de ce pinkwashing. » Dans un communiqué publié fin-mai, une trentaine d’associations du Nord et du Pas-de-Calais pointent du doigt plusieurs mairies fraîchement remportées par le Rassemblement national (RN), qui « tentent vainement de détourner les luttes LGBTQIA+ à leur avantage », et ce « au profit de leur politique xénophobe et raciste », dénoncent-elles.

Depuis mars 2026, le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella y gère 14 villes contre deux auparavant, dont l’emblématique Hénin-Beaumont, dirigée par Steeve Briois. « C’est la renaissance du Bassin minier », s’était alors réjoui l’édile « outé » par un livre en 2014.

Un ciné-débat annulé sans explications

A l’origine de ce communiqué, le collectif antifasciste du bassin minier a été alerté, en avril dernier, d’une première décision surprenante. Dix jours avant son organisation, un ciné-débat prévu depuis plus de six mois dans le cinéma municipal est subitement annulé par la mairie de Harnes (12 000 habitants), remportée en mars par l’élu RN Anthony Garénaux-Glinkowski.

Organisé autour du film Trois nuits par semaine par l’association lensoise Couleur, l’événement prévoyait aussi un débat sur l’univers du drag, avec des témoignages d’artistes concernées. « Il a été annulé sans explications, et je n’en ai toujours pas à ce jour », rapporte à Basta Mickaël Billebault, président de l’association, par ailleurs conseiller municipal à Lens dans la majorité de gauche.

Le 16 avril, jour où devait initialement se tenir ce ciné-débat, Brice Lauret, le nouveau maire divers droite de Faches-Thumesnil, au sud de la métropole de Lille, fait retirer les drapeaux arc-en-ciel du fronton de l’hôtel de ville. Il annonce, dans la foulée, l’annulation de la sixième édition de la marche des fiertés, prévue le 25 avril, et dont la mairie était partenaire, en raison d’une réorganisation selon lui « compliquée ».

Des décisions qui « illustrent, si cela était encore nécessaire, que nos fiertés sont politiques et que la droite, y compris la plus "Divers" et à l’échelle locale, en est une adversaire acharnée », dénonce alors le collectif Lille Pride sur ses réseaux sociaux.

Si les organisateurices ont réussi à maintenir la marche, qui a rassemblé plus de 400 personnes, la multiplication de telles décisions inquiète. Pour la première fois à Harnes, l’association Couleur appelait ainsi à une mobilisation le 16 mai « contre les LGBTIphobies et la politique menée par la municipalité ».

Une association créée par le RN pour le RN

Face aux critiques, la mairie de Harnes annonçait en grandes pompes « s’engager dans la lutte contre l’intolérance et les LGBTQIA+phobies ». Fin avril, celle-ci donnait ainsi rendez-vous la semaine du 13 au 17 mai, pour une exposition et… un ciné-débat avec une association. « Les mairies RN veulent bien des événements LGBT, mais qu’elles organisent, avec des structures qu’elles maîtrisent elles-mêmes », déplore Mickaël Billebault de l’association Couleur. De fait, le ciné-débat en question réunit uniquement des élus RN : le sénateur du Pas-de-Calais Christopher Szczurek, le maire de Harnes Anthony Garénaux-Glinkowski, et Bruno Clavet, député du département et tête de liste battu à Lens aux municipales de 2020 et 2026 - ces deux derniers étant ouvertement gays. Ils n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Devant la mairie de la commune ce 17 mai : un drapeau arc-en-ciel, entouré de deux drapeaux français. Et à l’animation du débat, une mystérieuse association nommée Gays et Lesbiennes du Bassin Minier. Inconnue au bataillon, sa création a été annoncée le soir même.

Avec cette nouvelle structure, exit les B, T, Q, I et A de LGBTQIA+phobies (pour bisexuelle, trans, queer, intersexe, asexuele). « Nous sommes heureux de vous annoncer la création de l’association Gays et Lesbiennes du Bassin Minier qui aura notamment comme mission l’accompagnement et le soutien juridique pour les jeunes expulsés de chez eux en collaboration avec les bailleurs et les municipalités », annonce alors le député Bruno Clavet.

Interdire les thérapies de conversion ? Le RN s’abstient...

Déclarée seulement quatre jours plus tôt en sous-préfecture de Lens, l’association, basée à Harnes, a notamment pour objet « la défense des droits et intérêts des personnes gays et lesbiennes du Bassin minier au sens large ». Selon les statuts que nous avons pu consulter, son conseil d’administration comprend quatre membres, tous RN : son président Thomas Menuge, adjoint à l’urbanisme et à la communication à Harnes ; sa vice-présidente Valérie Marcos, première adjointe à Liévin ; le trésorier Alexis Audant, actuel conseiller municipal d’opposition avec Bruno Clavet à Lens ; et le secrétaire Dorian Damiens, élu sur la liste de Steeve Briois à Hénin-Beaumont. Contactés via leurs mairies respectives, les élus n’ont pas répondu à nos demandes d’interviews.

Tandis que mi-mai, la mairie de l’ancien bastion socialiste de Liévin, conquise par le RN lors des dernières municipales, se paraît aussi du drapeau LGBT+, le collectif antifasciste du bassin minier dénonce une « instrumentalisation » des personnes concernées et une « porte ouverte à l’homonationalisme ». Autrement dit, une réappropriation des luttes LGBTQI+ à des fins racistes, à la manière du fémonationalisme qui instrumentalise les droits des femmes.

Pas à une contradiction près, le RN a, dans le même temps, décidé de s’abstenir lors du vote crucial d’une résolution appelant la Commission européenne à prononcer une interdiction des « thérapies » de conversion à l’échelle de l’Union européenne. Ces pratiques, qui n’ont rien d’une « thérapie », visent à réprimer et à inverser l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, quand elle n’est pas hétérosexuelle ou cisgenre. « Non, l’extrême droite n’est pas l’amie des personnes LGBTQIA+ », concluent les associations féministes, antifascistes et LGBTQIA+ du bassin minier. Après de premières marches à Faches-Thumesnil, Boulogne-sur-Mer, ou encore Lens, elles appellent plus que jamais à se mobiliser en ce mois des fiertés.

Boîte noire

D’autres marches des fiertés ont lieu le 13 juin à Arras, Lille (pride radicale) et Valenciennes, le 27 juin à Tourcoing et Hesdin-la-Forêt, le 4 juillet à Dunkerque.