Les agents du Louvre relancent leur grève pour redonner du sens à leur musée

Ça bouge !

Après une interruption pendant les fêtes, les agents du musée du Louvre se ont mobilisés à nouveau lundi 5 janvier, pour de meilleures conditions de travail et une autre gouvernance.

par Stéphane Ortega

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Les agents du Louvre ont tenu parole. Après trois journées de grève les 15, 17 et 18 décembre, ils avaient annoncé suspendre leur mouvement pendant les fêtes. Mais ils maintenaient leur préavis de grève pour le 5 janvier. Lundi matin, les portes du Louvre sont restées fermées pendant que le personnel décidait en assemblée générale de la reprise ou non de leur mouvement.

De sources syndicales, quelque 350 salariés ont voté à l’unanimité la reprise de la grève pour la journée. Le musée étant fermé le mardi, une nouvelle assemblée générale décidera mercredi matin de la suite de la mobilisation. Entre-temps, les organisations syndicales ont été reçues au ministère de la Culture lundi.

Revendication anciennes

Si le coup de projecteur sur les dysfonctionnements du musée du Louvre est récent, les revendications sont anciennes. Pour autant, le cambriolage du mois d’octobre et le sinistre de novembre ont catalysé le mécontentement des agents du musée du Louvre. Au premier rang de celles-ci : le manque d’effectif. « Que ce soit les métiers d’art ou ceux de la sûreté et de la sécurité, les effectifs ont fondu et on n’a pas de postes ouverts aux concours à la hauteur des besoins, explique Élise Muller, de Sud-Culture. L’activité est toujours plus soutenue avec des effectifs amoindris. En termes de charge de travail, les équipes craquent de partout. »

La réorientation des budgets est également au cœur des revendications. Notamment la contestation d’un projet de construction d’une nouvelle entrée. Ce projet représente « un budget faramineux à près de 600 millions d’euros, alors que le reste du bâtiment va très mal et qu’on n’est pas capable d’entretenir les canalisations », dénonce Élise Muller. Plus largement, c’est l’ensemble de la politique d’établissement qui ne passe plus, assure la syndicaliste : « On a une équipe de dix personnes qui impose ses choix et ses visions à 2000 personnes. Et une partie de ces choix va à l’encontre des valeurs universalistes du Louvre. »

À titre d’exemple, les agents mobilisés dénoncent la tarification différenciée, plus chère pour les résidents extra-européens, ou encore la tarification VIP. « Parce qu’ils payent 16 000 euros, des gens peuvent voir les salles sans personne, contrairement au tout-venant, s’insurge Élise Muller. Le Louvre n’est pas censé classer l’accès selon la nationalité ou le portefeuille des gens. »

Promesses de CDI

À ce jour, les négociations avec le ministère de la Culture n’ont pas porté leurs fruits. Quant à celles avec la direction du musée, elles sont portion congrue. « Pour voir la présidente du Louvre, il a fallu que les agents, à la suite d’une assemblée générale, décident d’aller dans les locaux de direction pour contraindre la direction à échanger avec eux », relate la syndicaliste de Sud-Culture.

Sur injonction du ministère, la direction du Louvre a consenti à améliorer partiellement le sort des vacataires de week-end. Ceux-ci pourraient obtenir un contrat en CDI à l’issue d’une période de deux ans en CDD, selon Sud-Culture. Le ministère a également annoncé l’annulation de la baisse de 5,7 millions d’euros de dotation pour 2026, ainsi qu’un recrutement de 40 personnes sur liste principale et 60 sur liste complémentaire cette année pour les services d’accueil et de sécurité. Pour un effectif actuel avoisinant les 2000 personnes.

Une annonce qui ne satisfait pas l’intersyndicale. Selon Sud-Culture, les effectifs ont été réduits de 193 équivalents temps plein sur les seuls postes de surveillance au cours des dix dernières années. De plus, sans connaître le nombre de départs en retraite d’agents du Louvre en 2026 et 2027 – que la direction n’a pas communiqué à ce jour – impossible pour le personnel mobilisé d’évaluer la portée réelle de cette annonce.