Pétrole, gaz : comment ne plus payer le prix fort des crises énergétiques ?

AlternativesEnergies renouvelables

Le gouvernement vient d’annoncer un « plan d’électrification » pour consommer moins de pétrole et de gaz, alors que la guerre au Moyen-Orient les rend plus chers. Pour sortir des fossiles, pompes à chaleur et voitures électriques ne suffiront pas.

par Rachel Knaebel

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Notre dépendance aux énergies fossiles se rappelle à nous à chaque nouvelle crise énergétique. 60 % de l’énergie consommée en France provient encore des fossiles, du pétrole, du gaz, et du charbon à la marge. Et la quasi-totalité du pétrole et du gaz consommés en France est importée.

Avec la nouvelle guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, les prix des fossiles flambent sur les marchés. L’impact est douloureux dans les stations-service. « Tant que nous dépendrons du pétrole et du gaz, nous continuerons de payer le prix des guerres des autres. Et ces crises vont malheureusement se poursuivre », constatait la semaine dernière le Premier ministre Sébastien Lecornu, en annonçant un « plan d’électrification » de la France. « C’est un enjeu de sécurité nationale », a insisté le chef du gouvernement.

La quasi-totalité du pétrole et du gaz importée

Aujourd’hui, « au niveau du gaz, on importe beaucoup depuis la Norvège, de plus en plus depuis les États-Unis, et encore un peu depuis la Russie, non plus par pipeline, mais par bateau sous forme de gaz naturel liquéfié, explique Bastien Cuq, responsable des questions énergétiques au Réseau Action Climat. Pour le pétrole aussi, on en importe de plus en plus des États-Unis, mais l’approvisionnement reste assez diversifié. Et le pétrole, plus que le gaz, s’achète sur un marché international où on remplace facilement un producteur par un autre. Nous sommes donc plus exposés aux hausses du prix du pétrole qu’à un risque de pénurie. Il y a peu de chances que, demain, on n’ait plus de pétrole, mais il y a beaucoup de chances qu’on le paie à un prix différent d’aujourd’hui. » Potentiellement encore plus cher.

Le pétrole est en majorité utilisé pour nos voitures et camions. Le gaz importé sert pour le chauffage et l’industrie. Pour changer ça, le plan d’« électrification » de Lecornu mise principalement sur deux dispositifs : les pompes à chaleur pour le chauffage et les véhicules électriques pour le transport.

À partir de la fin de cette année, il ne sera ainsi plus possible d’installer des chaudières à gaz dans les logements neufs, selon le projet du gouvernement. En parallèle, il y aurait des aides publiques pour remplacer les chaudières fonctionnant au gaz et au fioul par des pompes à chaleur. Concernant les véhicules, le Premier ministre a annoncé un dispositif de « leasing social », des voitures à loyer mensuel modéré pour les ménages modestes, avec 50 000 véhicules électriques supplémentaires à partir de l’été.

1,4 million de voitures électriques circulaient en France en 2025, soit un faible pourcentage des plus de 39 millions de voitures particulières du pays. Le passage aux véhicules électriques va bien plus vite ailleurs. En Norvège la quasi-totalité des voitures mises en circulation sont aujourd’hui électriques.

Monter en puissance sur les énergies renouvelables

« Ce plan d’électrification va dans le bon sens, on voit une certaine prise de conscience, juge Bastien Cuq. Mais pour réussir à vraiment sortir des énergies fossiles, il faut à la fois consommer moins d’énergie et électrifier, tout en montant en charge sur les énergies renouvelables. » Sur ce point, le représentant du Réseau Action Climat déplore le manque d’ambition de ce gouvernement comme des précédents.

Quelques semaines avant la crise du détroit d’Ormuz qui a fait flamber les prix du pétrole, le gouvernement Lecornu annonçait, début février, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie, ou PPE – une feuille de route pour la politique énergétique des années venir. Objectif affiché : une réduction des énergies fossiles dans notre consommation finale d’énergie, passant de 60 % aujourd’hui à 40 % dans quatre ans.

« Il y a des mesures prévues dans la PPE avec lesquelles nous sommes d’accord, comme l’idée de développer largement le fret ferroviaire, de développer une filière européenne de petites voitures électriques sobres qui consommeront moins de lithium, ou encore de pousser au covoiturage, note le responsable du Réseau Action Climat. Mais sur les énergies renouvelables, la PPE est beaucoup moins enthousiasmante. C’est pourtant cette feuille de route qui fixe les appels d’offres pour les nouvelles installations d’énergies renouvelables. Or, ses objectifs ne sont pas suffisants sur l’éolien et le solaire. »

En 2025, plus des deux tiers de l’électricité française venaient du nucléaire, plus de 30 % des énergies renouvelables, solaire, éolien, biomasse et hydraulique, géothermique. En Grande-Bretagne, qui a aussi une industrie nucléaire, les énergies renouvelables représentent 44 % et le nucléaire près de 12 %.

De son côté, l’Espagne a atteint 55 % d’électricité issue des énergies renouvelables l’année dernière. L’Allemagne est au même niveau, avec plus de la moitié de son électricité issue des renouvelables. Le Portugal en est à plus de 70 %, le Danemark à plus de 90 %.

« On a, en France, un parc nucléaire vieillissant qu’il faudra changer ou fermer à un moment donné, et de nouveaux projets nucléaires chers dont on ne sait pas quand ils vont arriver. En face, en France comme en Europe, on a une industrie d’énergies renouvelables puissante, en très bonne position pour se placer sur la scène mondiale… », souligne Bastien Cuq.

Plus de vélo, plus de train, moins de data centers

« Les énergies renouvelables sont une composante indispensable de la décarbonation et de la résilience du pays », écrit aussi le cercle de réflexion présidé par Jean-Marc Jancovici The Shift Project, dans son « plan robuste pour l’économie française », publié mi-avril. Il y a encore deux ans, le think tank misait avant tout sur le nucléaire. Mais maintenant, « à l’heure où la France est à un tournant de sa politique énergétique, notre pays doit fonder sa souveraineté énergétique sur tous les leviers pertinents de la transition bas carbone, et non sur la seule électricité nucléaire », appuie The Shift Project.

Dans son nouveau plan de décarbonation de l’économie française, le groupe de réflexion préconise bien d’autres mesures, comme le déploiement massif du vélo – avec construction de pistes cyclables et soutien à l’achat et à la location –, ou encore un investissement massif dans le train, une relance du fret ferroviaire, une électrification des poids lourds… Le think tank met par ailleurs en avant le besoin de rénover massivement les logements pour mieux les isoler, avec des financements publics importants, ou encore de réguler la construction des data centers, gros consommateurs d’énergie.

Car, pour se défaire des fossiles, il s’agit aussi de consommer moins d’énergie. Au début du mois, la ministre de l’Énergie Maud Bregeon parlait d’ailleurs d’un « plan d’incitation à la sobriété » pour faire face à la crise énergétique actuelle.

Des bus dans les campagnes

« Mais elle fait la même erreur qu’en 2022, c’est-à-dire que, pour elle, la sobriété, ce sont avant tout des actions individuelles, déplore Bastien Cuq. Ce qu’on attend plutôt de l’État, c’est qu’il donne aux gens la liberté de pouvoir faire leur choix de consommation. Aujourd’hui, si vous habitez à la campagne, il y a de grandes chances que vous n’ayez pas d’autre choix que de prendre votre voiture. »

Ce n’est pas une fatalité, ajoute le représentant du Réseau Action Climat. Il propose, par exemple, des lignes de bus supplémentaires en zone rurale le temps de la crise pétrolière. « L’État pourrait décider, avec des opérateurs publics ou même en partenariat avec des entreprises privées, de déployer très rapidement des bus sur les axes les plus fréquentés. Et ce, pendant toute la durée de la crise des prix du carburant. Les gens auraient alors une nouvelle option pour se passer de leur voiture, au moins tant que le pétrole coûte si cher. » Une alternative réelle plutôt que des leçons et des promesses.