TotalEnergies Raffinage France comparaît ce mardi après-midi devant le tribunal correctionnel du Havre pour « homicide involontaire », après la mort d’un travailleur sur la raffinerie normande de la multinationale en 2019. Un rassemblement, à l’appel de la CGT, est prévu devant le tribunal pour mettre en lumière les défaillances de l’employeur et en soutien à la famille.
Cédric Marchant avait 38 ans lorsqu’il est décédé d’une chute, survenue le 15 février 2019 au sein de cette raffinerie de Gonfreville-l’Orcher, à côté du Havre. Ce père de quatre enfants était salarié d’une entreprise sous-traitante, Bataille, assurant la maintenance sur le site de cette raffinerie TotalEnergies.
Ce jour-là, son travail consistait à recharger en sable un filtre qui sert à nettoyer l’eau pompée à proximité pour être utilisée sur l’ensemble du site. Situé à plus de sept mètres de haut, le filtre doit être rechargé via un tuyau flexible relié à un camion. La barrière qui protège la passerelle en hauteur, où Cédric Marchant tentait d’accrocher par un nœud ce tuyau, était mal fixée. Elle a cédé. Déséquilibré, Cédric Marchant a chuté. Il a succombé à ses blessures le soir même.
Il est « très rare » qu’une société soit poursuivie pour « homicide involontaire », encore plus par « violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité », comme c’est le cas dans ce dossier, souligne la CGT-Plateforme Normandie de TotalEnergies. L’entreprise ainsi que le sous-traitant Bataille, également assigné à comparaître pour des motifs similaires, sont présumés innocents.
Reste que « ce drame n’est ni un accident isolé, ni une fatalité. Il est la conséquence directe de manquements graves aux règles de sécurité, d’une politique de recours massif à la sous-traitance et d’une logique de rentabilité qui sacrifie la vie des travailleurs », épingle le syndicat dans son communiqué paru ce lundi 2 février.
Absence de prévention
Les représentants du personnel dénonçaient depuis plusieurs années les manquements dans l’inspection préalable des lieux sur lesquels interviennent des sous-traitants – obligation figurant pourtant dans le Code du travail. Au cours de l’instruction, TotalEnergies a remis la faute sur le salarié, estimant « qu’il n’était, en tout état de cause, pas prévu d’attacher [au garde-corps] un flexible », selon l’ordonnance de renvoi d’abord révélée par le média d’investigation normand Le Poulpe. La juge d’instruction a cependant estimé que l’employeur était responsable d’entorses au Code du travail, notamment en raison de l’absence d’un plan de prévention spécifique, et donc d’un mode opératoire clair, pour ce poste de travail.
TotalEnergies a d’abord contesté l’injonction du tribunal administratif à mettre en place ces inspections préalables des lieux, dans la foulée du décès de Cédric Marchant, comme l’avait retracé Basta! en 2019. L’entreprise estimait en effet que son plan de prévention annuel était suffisant. En juin 2025, le tribunal administratif a définitivement enjoint à la multinationale de respecter ces mesures de contrôle.
TotalEnergies a déjà été condamnée en mai 2025 à 120 000 euros d’amende pour des manquements à la sécurité ayant engendré des « blessures involontaires » sur cinq salariés à la suite d’un incendie sur cette même raffinerie.
