Le responsable de la police municipale de Limoges a participé à une réunion de formation d’une association liée au RN

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En mai, Cyril Sarlin, directeur de la sécurité de la Ville de Limoges est intervenu comme cadre territorial lors d’une réunion sur l’insécurité organisée par une association satellite du RN dans le Vaucluse. Une enquête du média limousin « Facto ! ».

par Nicolas Lavallée (Facto !)

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Son domaine, c’est la sécurité. À la Ville de Limoges, il est même depuis 2016, le directeur de la police municipale. Cyril Sarlin y encadre aujourd’hui 65 agents et six chefs de service. Mais il arrive aussi à cet ancien militaire de participer à des tables rondes. Et c’est précisément ce qu’il a fait, en tant que « cadre territorial […] à la mairie de Limoges », le 24 mai 2025, à Morières-lès-Avignon, à l’occasion d’une matinée d’études intitulée : « L’insécurité dans nos communes : une fatalité ? ».

L’événement était organisé par Élus en Vaucluse, une association proche de l’extrême droite. Si ses statuts ne la rattachent à aucun parti politique, l’association est cependant « majoritairement composée d’élus du Rassemblement national », de l’aveu même de son président, Philippe de Beauregard, lui-même maire RN de Camaret-sur-Aygues (Vaucluse), adhérent au Front national depuis 1984 et proche de la Ligue du Sud de Jacques Bompard, ancien édile d’Orange.

Un moitié d’intervenants liés au RN

Difficile d’invoquer quelque prise en défaut tant le programme de la matinée du 24 mai annonçait clairement la couleur. Sur les six intervenants prévus, la moitié au moins ne fait aucun mystère de ses liens avec le Rassemblement national. Romain Baudry est député RN de la 15e circonscription des Bouches-du-Rhône. Franck Allisio, également élu RN à l’Assemblée nationale, préside le groupe du parti d’extrême droite au conseil régional de Paca et brigue la mairie de la cité phocéenne en mars prochain avec le slogan « Remettre Marseille en ordre ».

Quant à Olivier Damien, commissaire divisionnaire honoraire de la police nationale, ancien secrétaire général du syndicat des commissaires de police, il est désormais conseiller régional RN de Bourgogne-Franche-Comté.

Une photo de groupe : neuf personne debout à côté d'une affcihe "Elus en Vaucluse"
Cyril Sarlin (à gauche) pose au côté de Fanny Lauzen, suppléante du député RN Hervé de Lépinau et directrice de l’entreprise Scenofrance spectacles domiciliée à la même adresse que l’association Élus en Vaucluse. Sur les neuf personnes présentes sur la photo, six sont notoirement membres du Rassemblement national (de gauche à droite) : Fanny Lauzen, Roman Baudry, Grégoire Souque (chemise verte), Olivier Damien, Philippe de Beauregard et Franck Allisio.
Captures d’écran de comptes publics Facebook

Sans parler de Grégoire Souque, maire RN de Morières-lès-Avignon et vice-président de l’association organisatrice, Élus en Vaucluse. Ni de Philippe de Beauregard, à l’origine des Rencontres autour de « L’imposture du 19 mars 1962 » au cours desquelles il revendiquait, à Camaret-sur-Aygues en mars 2022, ne pas « commémorer, célébrer un mensonge, une imposture, une négation des crimes qui ont été commis grâce aux accords d’Évian », qui mettent fin à la guerre d’Algérie et ouvrent la voie à l’indépendance. Parmi les invités figurait alors Jean-François Collin, ancien de l’OAS (Organisation de l’armée secrète, groupe terroriste d’extrême droite) et mêlé en 1962 à un attentat manqué contre Yves Le Tac, un militant gaulliste, ce qui lui valu une condamnation à douze ans de prison.

Une initiative privée

La matinée d’études organisée par Élus en Vaucluse s’est déroulée un samedi, a priori hors du temps de travail de Cyril Sarlin. « C’est personnel. Je garde ces choses-là pour moi », fait savoir celui-ci, pourtant clairement présenté dans le programme officiel de l’événement comme « cadre territorial, directeur sécurité-prévention-salubrité à la mairie de Limoges ». Sa hiérarchie était-elle au courant ? « La participation de Cyril Sarlin à cette conférence est une initiative privée et personnelle », certifie la Ville de Limoges (dirigée par un maire LR) dans une réponse officielle.

Quant à l’association, elle assure avoir invité Cyril Sarlin parce que « c’est quelqu’un qu’[elle] connaît. Il n’a pas été payé, tout le monde était bénévole », répond une responsable qui a refusé de donner son nom à Facto !. « On organise des tables rondes tous les ans et, pour tout vous dire, on a failli avoir Matthieu Valet [ancien commissaire de police, député européen RN, ndlr] qui n’est pas non plus de la région Paca. Cyril Sarlin a des compétences, c’est tout », fait valoir l’interlocutrice anonyme.

Une fiche sur le thème de la sécurité, photomonatge devant le visage de deux hommes.
Capture d’écran de la fiche pratique du RN sur le thème de la sécurité.

Des « compétences » d’autant plus précieuses que, six mois après cette table ronde, à l’orée de la campagne électorale des municipales, Élus en Vaucluse vient de publier sa première « fiche pratique sur le thème de la sécurité », un memento sur les pouvoirs du maire, du conseil municipal et de la police municipale. Des points de repère théoriques et juridiques qui font écho au cadre dans lequel est intervenu Cyril Sarlin au cours de la matinée d’études du 24 mai dernier : « Pouvoir de police du maire et des adjoints en matière de sécurité publique. »

Plus de policiers municipaux et de caméras

Originaire de Carpentras, Cyril Sarlin a quitté sa Provence natale pour Limoges en octobre 2016, deux ans et demi après l’arrivée d’Émile-Roger Lombertie (divers droite) à la mairie. Et, depuis, avec sa « participation à l’élaboration et à la mise en œuvre des orientations de la collectivité » en matière de sécurité, la politique municipale a notoirement évolué.

Le nombre de policiers municipaux est passé de 29 agents en 2014 à 71 aujourd’hui, la municipalité envisageant même la création de dix postes supplémentaires d’ici un an. Les fonctionnaires sont désormais dotés de pistolets automatiques, de gilets pare-balles, de casques de protection, de caméras-piétons et de trois lanceurs de balles de défense (LBD).

« Avant, en dehors d’une bombe lacrymogène et d’une matraque, ils n’avaient aucun armement, aucune protection », dit Rémy Viroulaud, l’adjoint au maire (LR) délégué à la sécurité qui se réjouit également du déploiement, en nombre, de « caméras de vidéo-protection ». En dix ans, la ville est ainsi passée de 30 dispositifs de surveillance à 219 aujourd’hui, avec un objectif de 350 caméras en 2026, reliées à un centre de supervision urbain fonctionnant 24 heures sur 24.

La mairie de Limoges revendique une « police municipale de proximité, visible et dissuasive ». Selon Rémy Viroulaud, « on a été longtemps dans la défausse par rapport à la montée en puissance des nuisances autour de nous. C’est un combat de tous les jours », argue l’adjoint.

La « ligne opérationnelle » de la police municipale de Limoges a toutefois été « redéfinie » en 2021, selon les préconisations d’un rapport d’audit commandé par la municipalité de Limoges et que Facto ! s’est procuré. Outre un problème de management, le document confidentiel pointe le recrutement des agents, « principalement d’anciens militaires au CV impressionnant (chasseurs alpins, forces spéciales) avec des états de service prestigieux ».

Photomontage d'extraits d'un document.
Capture d’écran de l’audit qui met en cause les méthodes de la brigade volante des quartiers de la police municipale de Limoges.

Symbole d’une philosophie incarnée par « des agents motivés, courageux, déterminés » : la "brigade volante des quartiers", branche de la police municipale ainsi nommée par la mairie, créée en février 2018. Une brigade qui, d’après l’audit lui-même, « [agissait] très souvent de bonne foi à la limite de la légalité. […] Ce service est passé d’une mission de police de proximité, à pied ou en voiture, en contact avec la population (notamment dans les quartiers sensibles) à une mini-brigade des stupéfiants, c’est-à-dire une police offensive d’initiative », observe René-Georges Querry, auteur dudit rapport, ancien commissaire passé par l’antigang.

Un constat qui résonne avec les propos que tenait Cyril Sarlin dans les colonnes du quotidien Le Populaire du Centre le 29 novembre 2016 : « Il n’y a plus de champ bridé d’intervention. Ça va des nuisances sonores aux dégradations en passant par les stupéfiants qui sont le pied d’entrée dans la délinquance », annonçait alors le directeur de la police municipale.

L’affirmation semble dépasser le strict cadre de la mission des agents défini par le Code de la sécurité intérieure. Selon le texte, les agents de police municipale doivent exécuter, « dans la limite de leurs attributions » […], les tâches relevant de la « prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques » dès lors que ne celles-ci « ne nécessitent pas de leur part d’actes d’enquête et à l’exclusion de celles réprimant des atteintes à l’intégrité des personnes ».

Or, à en croire le spectaculaire reportage diffusé en février 2019 sur la chaîne TFX, des interventions de policiers municipaux paraissent bien loin du « rappel à l’ordre » ou d’une mission de « médiation de jour et en soirée dans certains quartiers », comme le stipule pourtant l’audit commandé par la mairie.

Sur les images, les interventions musclées pour « pourrir le trafic » succèdent aux bravades, aux provocations et aux menaces physiques. « Le courage, c’est pas livré avec les couilles », lance ainsi un fonctionnaire à l’adresse d’un dealer présumé avant de prévenir, quelques minutes plus tard, un jeune homme impertinent : « Si vous ne voulez pas que, la prochaine fois, on mette notre tête de con (sic) et qu’on vous roule par terre, tenez-vous à carreau. »

Logo du média
Facto ! est un média indépendant, à but non lucratif, du Limousin, qui enquête sur des sujets d’intérêt général comme l’environnement, la santé, les conditions de travail ou encore les discriminations.

La méthode ne semblait pas rebuter Cyril Sarlin qui se félicitait sur son compte du réseau social Linkedin en 2019 qu’« en deux ans et demi, la police municipale de Limoges [soit] devenue un acteur essentiel de la prévention et de la lutte contre la délinquance » et invite à « découvrir un des aspects du travail de cette unité » dans l’émission diffusée sur TFX.

Au contraire, pour Thierry Miguel, ancien commissaire divisionnaire de police judiciaire, c’est « tout ce que la police municipale ne peut pas faire ». Le candidat de l’union PS, PCF, ADS (une scission du PC) et Place publique aux élections municipales de mars prochain à Limoges estime que la BVQ, mise en sommeil en janvier 2021, « n’était pas adaptée à la situation. C’est à la police nationale de lutter contre le trafic de stupéfiants ».

Changement de pied

Le « renforcement des liens entre la police nationale et la police municipale », est d’ailleurs préconisé dans l’audit mené par René-Georges Querry qui n’estime « pas indispensable » la reconstitution d’une brigade canine et invite aussi à un « recrutement mieux équilibré » entre personnel d’origine civile et militaire.

Si Rémy Viroulaud peine à reconnaître la mise en sommeil de la BVQ, il admet néanmoins que, désormais, « monsieur le maire [Émile-Roger Lombertie] a décidé de faire en sorte que les policiers municipaux continuent d’aller sur ces terrains [les quartiers]. Mais quand ils y vont, ils y vont sur des opérations beaucoup plus massives, en appui de la police nationale. Ça n’a pas toujours fonctionné comme ça », convient l’élu délégué à la sécurité.

Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est la place centrale qu’occupe Cyril Sarlin dans le dispositif sécuritaire de la ville de Limoges. En dépit d’un audit qui pointe « un mode de gestion des hommes et des femmes totalement inadapté à la culture et à la mentalité de notre époque », celui-ci, contrairement à deux autres cadres policiers, est resté au cœur du système.