Dans les petits hôpitaux, les urgences ferment pendant l’été

Santé

par Rachel Knaebel

Partout en France, des hôpitaux n’assurent plus les urgences pendant la période estivale. Conséquence : il faut faire des dizaines de kilomètres pour se faire soigner. Basta! poursuit son travail de suivi des fermetures de lits d’hôpitaux.

Cet été, mieux vaut ne pas avoir un accident si on habite ou passe ses vacances dans une petite ville ou une région rurale. Partout en France, des services d’urgences des hôpitaux ferment leur porte pendant la période estivale. La coordination nationale des comités de défenses des hôpitaux et maternités de proximité a commencé à faire le décompte.

À Senlis, par exemple, dans l’Oise, les urgences vont fermer les nuits du 31 juillet au 31 octobre. Pendant ces trois mois, elles n’accueilleront plus que les patients en journée, de 8 h 30 à 19 h 30, et « exclusivement des patients nécessitant un avis ou des soins rapides comme : accidents domestiques, points de sutures, blessures, coupures, foulures, traumatismes de pied, de genou, de poignet, de coude, d’épaule, etc. », a indiqué le Groupe hospitalier sud de l’Oise au Parisien. Les patients qui ont besoin de soins urgents en dehors de ces horaires devront aller à Creil.

À Nérac (5000 habitants), dans le Lot-et-Garonne, le service mobile d’urgence et de réanimation (Smur) est complètement fermé depuis le 25 juillet, et le restera jusqu’au 30 août. Le maire de la ville (Nicolas Lacombe, Parti socialiste) a pourtant protesté contre cette décision et appelé à un rassemblement le 21 juillet. Cet été, les malades de Nérac seront dirigés à Agen en cas d’urgence, à 30 minutes de là. « Si un accident grave se produit, nos habitants auront une perte de chance sur leur survie dès lors que la prise en charge sera plus longue », a dit l’élu à France Bleu. Dans le même département, à Marmande, ce sont les urgences de nuit qui sont menacées de fermeture pendant le mois d’août.

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Cliquer sur une étiquette pour lire les détails. En jaune, les services et lits fermés pendant l’été 2021. En rouge, les suppressions de lits en cours. En vert, là où elles ont commencé à être remises en cause.

« Cette fermeture placera les habitants à près d’une heure des services d’urgence les plus proches »

À Toul, en Meurthe-et-Moselle, les urgences de nuit sont fermées pendant quinze jours, du 30 juillet au 15 août. Là encore, des élus sont montés au créneau. Le député socialiste Dominique Potier, le maire de Toul (lui aussi PS) Alde Harmand, et des élus du départements ont signé une tribune commune pour dénoncer cette fermeture. « Pour les villages les plus éloignés, cette fermeture placera les habitants à près d’une heure des services d’urgence les plus proches », pointent les élus.

À Montaigu, ville vendéenne de 5000 habitants, les urgences resteront fermées entre 20 h et 9 h, au moins jusqu’au 15 août. Les habitants et élus sont également inquiets du sort des urgences non loin de là, à Luçon, même si pour l’instant, elles y sont maintenues. À Sarlat, en Dordogne, l’agence régionale de santé avait évoqué le 9 juillet une possible fermeture des services d’urgences et des Smur pendant l’été.

Quand les urgences ferment, complètement ou seulement la nuit, « les délais pour accéder à des soins d’urgence augmentent dans ces territoires et les minutes comptent en cas d’infarctus, d’hémorragie, d’accident vasculaire cérébral, ils augmentent d’autant plus que les services d’urgence qui restent ouverts saturent », dénonce Jean-Luc Landas, de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité.

Des lits sont aussi fermés pendant l’été dans d’autres services

Partout, la raison invoquée pour justifier ces fermetures estivales est la même : les difficultés à avoir du personnel en nombre suffisant, en particulier des médecins urgentistes. « Nous dénonçons et agissons depuis des années et des années contre la politique d’austérité pour l’hôpital, contre l’insuffisance des moyens et de personnel à l’hôpital, contre l’ insuffisance du nombre de médecins et personnel de santé en formation, répond Jean-Luc Landas. Cette situation catastrophique n’est pas le résultat d’une fatalité comme voudrait le faire croire nos gouvernants et leurs soutiens : il est le résultat de leurs décisions , de leur volonté de réduire l’hôpital public à la portion congrue. »

Dans d’autres territoires, des hôpitaux ferment aussi des lits hors des urgences, là aussi en arguant du manque de personnel disponible pendant l’été. C’est le cas par exemple à Paimpol (Côtes-d’Armor), où 27 lits sont supprimés cet été dans les services de convalescence et des « plaies et cicatrisations » (voir cet article). Une unité de 20 lits est aussi fermée depuis avril et pour plusieurs mois à l’hôpital psychiatrique de Rennes (voir cet article). Dans le département de la Mayenne, les hôpitaux ferment pendant l’été 200 lits en tout dans de nombreux services, selon Force Ouvrière.

De plus, les fermetures définitives de lits se poursuivent elles-aussi, même si certains plans de fermeture ont été abandonnés ces derniers mois (voir notre article). À Ploërmel (Morbihan), l’hôpital prévoit de fermer définitivement dix lits, dont sept en chirurgie.

Rachel Knaebel