Animateurs périscolaires : « La ville est aux abonnés absents quand il s’agit de nos conditions de travail »

Précarité

par Nils Hollenstein

Parmi les très bas salaires de l’Éducation, il y a les animatrices et animateurs périscolaires. En plus, la profession souffre du temps de travail fractionné et du manque de reconnaissance, témoigne Damien. Il alerte sur ses conditions de travail.

Sur la page de Pôle emploi, l’annonce de recrutements est toujours d’actualité. Plus d’un mois et demi après la rentrée scolaire, cette ville moyenne de Bourgogne-Franche-Comté recherche encore de nombreux postes d’animateurs et animatrices périscolaires. Avec 21 heures de travail hebdomadaire pour un salaire mensuel net de 580 euros, et la prise en charge du repas de midi, il n’est pas surprenant que les candidats et candidates ne se pressent pas.

Les rémunérations de ces emplois sont très faibles, le temps de travail est fractionné, en plus du manque de valorisation sociale et d’une absence de perspectives. Déjà en 2020, un rapport d’information sur les « métiers du lien », présenté par les députés Bruno Bonnell (LREM) et François Ruffin (LFI), soulignait le peu de reconnaissance et les mauvaises conditions de travail auxquelles doivent faire face ces professions, d’assistant·e maternelle à auxiliaire de vie sociale en passant par accompagnant·e d’enfant en situation de handicap ou animateur·rice périscolaire. La proposition de loi déposée à l’automne 2020 par les deux députés pour mieux payer ces métiers du lien avait pourtant été rejetée à l’Assemblée nationale.

Depuis, peu de choses semblent avoir évolué, comme en témoigne Damien, employé, justement, par cette commune pourtant gérée par la gauche (le prénom a été changé à sa demande, et le nom de la ville anonymisé).

« On est dans une situation de pion au lieu d’être animateur »

« Cela fait plusieurs rentrées que j’assure en tant qu’animateur périscolaire. Quand je le peux, quand je le veux aussi, je bosse pendant les vacances scolaires, en centre aéré ou en colo.

Si on travaille sur les trois temps d’accueil périscolaire journaliers et sur un poste fixe, dans une seule école, ça fait un peu moins de 21 heures par semaine, temps de préparation et de réunion compris, pour un salaire net autour de 680 euros [Damien gagne un petit peu plus que le salaire initial proposé par la municipalité, ndlr].

Ce qui nous est demandé, c’est de participer à l’éducation, à l’épanouissement et au développement des enfants, qui sont sous notre responsabilité pendant les temps d’accueil. Avec des objectifs pédagogiques posés au niveau de la municipalité et qu’on doit essayer de respecter par les animations ou les projets menés avec les enfants.

Mais concrètement, nous n’avons pas les moyens de monter ces animations, par manque de temps de préparation, par overdose de réunions, à moins d’accepter de travailler gratuitement. On se retrouve dans une situation de pion au lieu d’être animateur. Et du coup, ça nous frustre, ça frustre les enfants, ça frustre les parents, à juste titre d’ailleurs.

Pour ma part, je construis les projets que j’ai envie de proposer aux enfants comme je peux et dans la limite du temps qui m’est payé. D’autres collègues vont, malheureusement, prendre un peu plus de temps en dehors de leurs horaires sur place en travaillant sur des idées d’activités ou de projets pendant les week-ends ou les soirs.

« Notre employeur reste sur une vision de l’animation comme job étudiant ou job d’été »

Malgré le fait qu’on nous désigne comme partie prenante et participant actif à l’épanouissement et au développement des enfants, nous ne recevons aucune reconnaissance. Notre employeur reste sur une vision de l’animation comme job étudiant ou job d’été et non comme véritable profession. Et ce, malgré une professionnalisation rampante avec la mise en place de diplômes au niveau national. Ce n’est pas un hobby, ce n’est pas un job d’été. La majorité des animateurs le font parce qu’ils ont envie de bosser dans l’animation et d’en faire leur métier. Mais ça ce n’est pas reconnu et ça explique en partie le fait qu’on nous maintient dans des conditions dignes d’un mauvais job étudiant.

Ce peu de reconnaissance transparaît aussi dans les conditions de travail qu’on nous impose. On peut être baladés et mis à disposition d’autres équipes en sous-effectif. Chaque fin de mois de septembre, on apprend par la presse locale que des dizaines, voire une centaine d’enfants, ont été refusées en accueil périscolaire du midi parce qu’il n’y a pas assez d’animateurs et d’animatrices pour les accueillir sur le temps méridien. Et encore aujourd’hui, la ville où je travaille est à la recherche de personnel, qu’elle ne trouve pas, parce que c’est mal payé, avec un temps partiel subi et des conditions de travail qui ne sont pas valorisées ni attrayantes.

On a également des horaires découpés. On fait 7 h 30-8 h 15 pour l’accueil du matin, puis 11 h 30-14 h pour le midi et 16 h 30-18 h pour le soir. Donc, c’est quasiment impossible de cumuler un deuxième emploi en journée. Si on veut en prendre un, ça implique que ce soit le mercredi ou le samedi et de se priver de temps de repos. Parce que même si on n’a pas énormément d’heures de travail, c’est intense de s’occuper d’enfants, que ce soit physiquement ou mentalement.

« On a déjà fait trois grèves depuis le début de l’année scolaire »

On a déjà fait trois grèves depuis le début de l’année scolaire. Mais la ville est aux abonnés absents quand il s’agit de nous répondre concrètement sur nos conditions de travail, sur le salaire, sur la précarité, sur l’absence de projections et la demande de formation.

Et il faut se rendre compte que sur un traitement à 680 euros, voire un petit peu moins, un jour de grève, ça fait 22 euros. Pour beaucoup, ça correspond à presque une semaine de nourriture achetée en hard discount. Mais on est tellement peu reconnus, tellement peu payés, que ce coût, il faut malheureusement le supporter pour avoir plus. »

Propos recueillis par Nils Hollenstein

Photo : CC BY-NC-ND 2.0 François Decaillet via flickr.