En quoi l’islamisme radical est-il relié à l’instruction en famille ?

Loi contre le séparatisme

par Adeline Sardy

Le projet de loi contre le séparatisme prévoit de rendre la scolarisation obligatoire. Pour le moment, seule l’instruction l’est, offrant la possibilité aux familles qui le souhaitent de ne pas mettre leurs enfants à l’école. Mère de famille pratiquant l’instruction à domicile, Adeline Sardy s’insurge contre l’amalgame entre ce mode d’apprentissage et la radicalisation djihadiste.

Nous sommes le 29 octobre 2020, il est onze heure et je prépare le repas de midi avec mon fils de huit ans. Je viens d’enfourner un gratin de courgettes quand mon fils allume la radio. Nous apprenons, par les informations, qu’un homme a poignardé et tué trois personnes ce matin dans la basilique Notre-Dame à Nice. Silence dans la cuisine. Les mots me manquent devant de telles atrocités. C’est mon fils de huit ans qui rompt le silence avec cette phrase : « Ils vont encore dire que c’est de notre faute. »

Depuis le 2 octobre, instruction en famille et islam radical semblent indissociables

Je suis de nouveau muette. Comment mon fils peut-il ressentir un lien entre cet acte odieux, lâche, barbare et notre famille ? Au fond de moi je le sais et cela me fait mal. Depuis toujours, lui et sa sœur sont instruits en famille. Et, depuis le 2 octobre 2020, lorsque le président de la République a présenté son projet de loi contre le séparatisme avec l’obligation de scolarisation pour lutter contre la radicalisation, l’instruction en famille (IEF) et l’islamisme radical se sont associés pour devenir inséparables, ils se sont unifiés pour devenir, en quelques semaines, indissociables, comme si parler de l’un était nécessairement parler de l’autre.

Je refais aujourd’hui le film de ces dernières semaines, de ce qui ressemble à une cabale contre l’IEF. Le vendredi 2 octobre 2020, Emmanuel Macron annonçait avoir pris sa décision : « L’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous ». Le vendredi 2 octobre deviendra le vendredi noir de l’IEF. Le président de la République nous annonce que l’islamisme radical et l’IEF sont liés.

Le 14 octobre 2020, j’écrirai à ce sujet une lettre ouverte au Président de la République. Je ne recevrai aucune réponse. Au quotidien je me veux rassurante avec mes enfants. Qui voudrait la peau de l’IEF ? Nous sommes tellement minoritaires. Si des dérives existent, j’ai confiance en l’État pour prendre des mesures contre celles-ci.

Aucune trace d’IEF chez les individus ayant participé aux attentats ces dernières semaines

Le 16 octobre 2020, la France entière est plongée dans un état de stupeur suite à l’assassinat de Samuel Paty. Il faut lutter contre le terrorisme islamiste, la radicalisation et l’endoctrinement islamiste de nos jeunes, c’est une évidence, cela ne fait aucun doute. Je pense à ce moment-là que l’État a une lourde tâche à accomplir au sein des écoles, des prisons, des banlieues. Je pense au plan Borloo, rejeté en 2018 par Emmanuel Macron.

Le 29 octobre 2020, l’attentat de la basilique Notre-Dame à Nice fait trois morts.

Dans ces sombres chapitres de l’histoire de notre pays, aucune trace d’IEF chez les individus ayant participé à ces ignominies. Pourtant IEF et islamisme radical sont scellés et les questions sur le rapport direct et indirect entre l’IEF et le terrorisme sont éludées par nos politiques et journalistes, tant l’évidence de leur complémentarité saute, soi-disant, aux yeux.

Pourtant, pour ma part, je ne vois toujours pas le lien, je ne comprends pas pourquoi un tel acharnement.

Existe-il des données objectives sur les liens entre IEF et radicalisation ?

Le 2 novembre 2020, j’écoute l’intervention du ministre de l’Intérieur lors de la commission des lois (il répond aux députés sur les actions du gouvernement contre l’islam radical, ndlr).

Je sais pourquoi je pratique l’IEF et je ne dirai jamais assez à mes enfants qu’ils peuvent poser des questions, qu’il est fondamental de réfléchir à ce que l’on fait de la manière la plus ouverte qui soit, et de connaître les pourquoi de nos actions.

Je demanderai donc à un membre du gouvernement des réponses claires, des réponses que je pourrai relayer à mes enfants car les propos de Monsieur Darmanin ne m’ont aucunement éclairée, ils ont seulement résonné en moi comme une profonde injustice.

Je poserai pour commencer la même question que Xavier Breton (député LR), celle posée ce 2 novembre 2020 en commissions des lois : « Êtes-vous en mesure de me montrer des données objectives, des éléments objectifs établissant une corrélation entre l’IEF et la radicalisation islamiste qui permettraient de justifier l’interdiction que vous préparez au sujet de l’IEF ? ».

« Répondez avec précision, car les enfants n’aiment pas les inexactitudes »

Je précise, à tous les membres du gouvernement, que mes enfants de cinq et huit ans se fichent totalement du maniement de la rhétorique. Ils ne sont pas allés à l’école et sont pourtant dotés d’un esprit libre et critique, bien que de nombreuses personnalités du monde politique et du monde journalistique pensent que notre modèle d’éducation et d’instruction est défaillant. Aussi ne puis-je pas leur répondre comme Monsieur Darmanin l’a fait avec Monsieur Breton. Je ne peux pas me contenter de leur dire qu’ils sont « naïfs » de ne pas voir « un lien qui saute aux yeux ».

Dites-leur en quoi consiste ce lien. En quoi combattre l’islamisme radical requiert d’interdire l’IEF ? Dites-le leur, s’il vous plaît, avec précision, car les enfants n’aiment pas les inexactitudes et ils ne manqueront pas de vous les faire remarquer.

Même si, je ne vous cache pas que je trouve ces questions très loin de l’innocence dans laquelle ils devraient se trouver à leur âge, ces questions sont malheureusement aujourd’hui au centre de nos préoccupations familiales. Elles nous parasitent à longueur de temps dans la mesure où elles n’ont reçu, à ce jour, aucune réponse logique.

Expliquez-leur maintenant comment ils pourraient se sentir en sécurité dans un pays qui est dans l’incapacité de repérer une minorité de familles qui détournerait l’IEF pour fabriquer de nouveaux terroristes.

« Vous avez le devoir de nous rendre des comptes et d’entendre nos requêtes »

Monsieur le ministre de l’Intérieur l’a dit en commission des lois le 2 novembre 2020, « c’est la déclaration qui fait naître le contrôle ». Les familles en IEF sont, par essence, contrôlées puisqu’elles doivent se déclarer. Si elles sont mal contrôlées, à qui la faute ? À une liberté d’instruction qui ne devrait pas être ou à un État qui ne donne pas les moyens à ses agents d’effectuer des contrôles dans de bonnes conditions ?

Les familles non déclarées ne font pas partie des familles en IEF : ce sont des familles hors la loi. Et c’est à l’État qu’il revient de prendre les mesures nécessaires pour contrer ces dérives.

Croyez-vous qu’il est facile d’expliquer à ses enfants que l’on se voit retirer des libertés sous des prétextes flous, des amalgames, des concepts vagues dignes d’États à tendance totalitaire ?

Aujourd’hui, j’exhorte un représentant politique de répondre à mes questions de manière précise et non par le copier-coller d’un texte rhétorique sans lien avec le contenu du mien. À l’école, cela se nomme un hors-sujet. Mais trêve de plaisanterie, nous sommes des citoyens libres et égaux, vous avez été élus ou nommés pour nous représenter, vous avez le devoir de nous rendre des comptes et d’entendre nos requêtes.

Adeline Sardy

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