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Personnes tuées lors d’une intervention policière : des tendances inquiétantes
Paul à Antibes, El Hacen à Paris, Hidaya à Mayotte, Mohamed à Sartrouville, Jean-Marc non loin de Perpignan, Abdallah à Rosny… Au moins 22 personnes ont perdu la vie à la suite d’une interaction avec les forces de l’ordre durant les cinq premiers mois de 2026, soit plus de cinq personnes décédées par mois. Ce chiffre est trois fois supérieur à la moyenne constatée sur la décennie 2005-2015.
À l’image de ce qu’il se passe aux États-Unis depuis le deuxième mandat de Donald Trump, la possible arrivée de l’extrême droite au pouvoir en France dans un an pourrait renforcer l’arbitraire policier et le sentiment d’impunité des agents qui se rendraient coupables de violences illégitimes. Voilà pourquoi il est urgent d’imposer ce sujet dans le débat public, alors que la campagne présidentielle débute.
Produire des données pour alerter
Les chiffres que nous venons de citer n’existeraient tout simplement pas sans le recensement minutieux mené par Basta! depuis près de 15 ans. Avant cela, aucune source d’information indépendante – journalistique, militante ou universitaire – ne recensait l’intégralité de ces affaires. Il était donc impossible d’avoir une vue d’ensemble de ce phénomène.
Jusqu’à récemment, il n’existait pas non plus de statistiques officielles. C’est notre travail qui a poussé en 2018 le ministère de l’Intérieur à produire, enfin, les chiffres dont il disposait. Mais notre base de données reste « la seule indépendante et fiable à ce jour » (Mediapart). La seule, aussi, capable de pointer des tendances et des causes, et donc de servir de support à des propositions et à de nouvelles règlementations.
Pour donner plus d’impact à ce travail, nous allons lancer un nouvel outil de partage et de visualisation de nos données. Notre outil précédent est devenu obsolète, (c’est pourquoi il n’est plus mise à jour depuis 2023 alors que nous disposons des données) et trop limité dans ses fonctionnalités.

Le futur site que nous voulons bâtir proposera :
- Une mise à jour en temps réel des cas de décès, avec un renvoi vers les sources.
- Un système de requête pour obtenir des visualisations en direct et téléchargeables selon une multitude de critères (âge, lieu, circonstances et causes de la mort, période, unité impliquée, ouverture ou non d’une enquête…).
- Une cartographie fine, avec des échelles variables et une possibilité de croisement avec les critères des requêtes.
- Un trombinoscope, où retrouver les détails de chaque affaire et les personnes, au-delà des statistiques.
- Un recensement des suivis judiciaires donnés à chaque affaire, avec des statistiques précises sur les types de condamnation, les non-lieux et les relaxes.
Collaborer pour augmenter notre impact
Au-delà des décès, le nombre d’affaires de violence par personne dépositaire de l’autorité publique est lui aussi en nette augmentation, alors même que les effectifs de l’IGPN, l’inspection générale de la police nationale censée suivre ces affaires, diminuent, comme l’a montré l’ONG Flagrant déni dans un récent rapport.
Ces violences sont parfois totalement illégitimes, comme en témoigne l’affaire que nous révélons ce jeudi 28 mai : Toufik, un jeune homme de 34 ans en situation de handicap, autiste et atteint de surdité, interpellé dans un parc public, puis roué de coups à la tête et sur le corps, et étranglé par le genou d’un policier.
Nous devons donc adopter une approche globale. C’est pourquoi nous souhaitons collaborer avec les ONG, médias, associations et collectifs qui étudient ce sujet à travers la publication d’un rapport annuel sur les violences policières. Il proposerait un état des lieux complet et listerait des recommandations pour endiguer le phénomène.
Multiplier les enquêtes
Avec davantage de moyens, nous serions aussi en mesure de mieux couvrir les affaires de violence qui nous sont signalées. Comme le montre le cas de Toufik, la presse locale a parfois une manière bien à elle de traiter ces affaires : en relayant uniquement la parole policière, sans questionner les victimes (parfois toujours en garde à vue) ni interroger les témoins.
La couverture de ces sujets par la presse indépendante est donc essentielle. À l’image du rôle joué par Mediapart dans le dévoilement des violences à Sainte-Soline ou du travail de StreetPress au sujet des cas de maltraitance dans les cellules du tribunal de Paris, la mission que veut remplir Basta! en exposant les abus policiers est à la fois d’informer le public et d’ouvrir la voie à une réponse judiciaire.
Pour tout cela, nous avons besoin de votre soutien.
On compte sur vous !
