À Cancún, associations et syndicats font monter la pression

Négociations climat

par Sophie Chapelle

Les négociations sur le climat patinent. À Cancún, manifestants et militants font entendre leur voix et marchent vers le centre de négociations. Ils demandent un accord ambitieux sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre et la création d’un Tribunal international des peuples sur la dette écologique et la justice climatique. Réponse du service d’ordre des Nations unies : l’expulsion du centre de conférences de plusieurs représentants d’organisation et d’énormes barrages pour bloquer les manifestants.

© photos et vidéo : Alter-échos

« Désolé mais vous ne pouvez pas entrer, votre accréditation n’est plus valable. » Ce mercredi 8 décembre, c’est la mauvaise surprise pour une vingtaine de représentants d’organisations de la société civile présents à la conférence de Cancún sur le climat. La veille, ils ont participé à une conférence de presse à l’initiative de la Via Campesina, un mouvement paysan international. À la table, on expose les craintes de négociations pouvant déboucher sur « la marchandisation de la nature, et en particulier des forêts ». Le mécanisme REDD actuellement discuté (et décrypté ici) pourrait aboutir à déposséder les communautés locales et peuples autochtones de leurs lieux de vie. Ce dispositif pourrait de surcroît être placé sous la coupe de la Banque mondiale.

Des manifestants hors-la-loi

La conférence de presse terminée, les slogans des militants commencent à résonner dans les allées de marbre du Moon Palace, lieu officiel des négociations. Alors que des délégués officiels, parmi lesquels Pablo Solon, ambassadeur de la Bolivie auprès des Nations unies, rejoignent les manifestants, le service de sécurité onusien s’emballe. L’extraterritorialité dont bénéficie ce lieu de négociations de l’ONU ôte aux militants tout droit de manifester sans autorisation préalable. Pendant que la sécurité s’attelle à relever les noms, voire à arracher les accréditations, les représentants rappellent que ce 7 décembre est le jour des « Mille Cancún, une journée mondiale d’action pour la justice climatique ». Cette initiative lancée il y a quelques mois par la Via Campesina vise à ce que mille actions parallèles aient lieu partout dans le monde avec pour slogan principal « les paysans et les paysannes refroidissent la planète ». Retour en images sur cette journée depuis le centre de négociations jusqu’au cœur des luttes.

Cochabamba vs Cancún

De l’autre côté du monstrueux barrage de la police mexicaine, des militants de mouvements internationaux, des communautés autochtones, des paysans, des syndicalistes, partis dans la matinée du centre de Cancún s’approchent du luxueux Moon Palace. Bloqués à 5 km du centre de conférence, ils retrouvent certains négociateurs venus à leur rencontre et lancent une assemblée des peuples. Leur demande ? « Intégrer les conclusions de la conférence mondiale des peuples » qui s’était tenue à Cochabamba (Bolivie) en avril dernier. Ce texte formule des exigences
chiffrées ambitieuses
, parmi lesquelles la réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre pour la seconde échéance du protocole de Kyoto (2013-2017).

Renverser les schémas de pensée

« L’un des intérêts de ce texte, expliquent les Amis de la terre International, est de mettre en débat au cœur des négociations officielles des questions prééminentes comme la compensation, les marchés carbone et les droits des communautés. » L’accord des peuples de Cochabamba propose également la création d’un Tribunal international des peuples sur la dette écologique et la justice climatique. Ces demandes avaient été intégrées dans le principal texte de négociations lors de la réunion de la Convention climat à Bonn – rencontre intermédiaire entre les sommets de Copenhague et de Cancún – en août 2010. Avant de disparaître du texte actuellement discuté à Cancún. Pour la vingtaine de personnes expulsées du centre de conférences, la lutte se poursuit désormais dans la rue.

Sophie Chapelle