Huit ans de réflexion

Alternatives

par Bernard Salamand

Un 29 janvier, entre France et Amazonie. Longues et parfois laborieuses discussions d’un côté pour élaborer un autre monde possible. Grèves et contestations d’un système en crise de l’autre, dans les rues d’un des pays les plus riches de la planète. Impressions.

Dans la salle de presse du FSM de Belém ce 29 janvier, tout le monde ne parlait que de ça : la rencontre entre les quatre présidents latino-américains Chavez, Lugo, Correa et Morales organisée à l’initiative du Mouvement des Sans Terre (MST) dans le cadre du forum, et celle qui, quelques heures plus tard, allait se dérouler avec les mêmes, mais à l’invitation du président Lula cette fois.

Voilà le FSM conforté dans son rôle de symbole de la participation populaire en politique, par les dirigeants les plus à gauche de la planète. Une forte reconnaissance mais un sacré défi aussi. Le FSM doit se montrer à la hauteur de ce statut et fournir des alternatives dans les domaines économiques, sociaux, écologiques ainsi que des scénarios de sortie de la crise systémique.

Pendant ce temps là, en France, la manifestation unitaire du 29 janvier
2009 battait tous les records de participation depuis une vingtaine
d’années. Ce que la version en ligne du journal brésilien O Globo qualifie de « première grande manifestation contre la crise financière dans un pays riche » est également porteur d’attentes fortes en termes de réponses urgentes aux questions sociales.

Dans les médias français, cette manifestation a occulté le succès du FSM au Brésil, qui n’est quasiment pas traité dans les journaux. Les Français ne feront peut-être pas le lien. Côté mobilisations, les succès du FSM amazonien et des défilés hexagonaux sont vivifiants. Côté alternatives, il est à parier que les réponses divergeront.

Ici au Brésil, depuis huit ans que le FSM existe, plusieurs dizaines de milliers de personnes élaborent et proposent des alternatives, qui sont peu entendues et quasiment pas reprises par les décideurs.

Là-bas en France, en préparation d’une interview télévisée dont le sujet sera la crise, « le président s’est donné le week-end pour réfléchir » (Le Figaro). Huit ans de réflexion d’un côté, un week-end de l’autre : qui est le plus crédible ?

Bernard Salamand est délégué général de l’association Ritimo, un Réseau d’information et de documentation pour le développement durable et la solidarité internationale.