Des policiers encerclés par « les Gilets jaunes », « les pompiers », « la Gen Z », ou encore « les fermiers ». Des tracteurs générés par IA en ordre de bataille, prêts à en découdre sur fond de rap.
Sur, Instagram, TikTok ou Snapchat, on ne compte plus les visuels et les vidéos, souvent humoristiques et pleines de références à la pop culture ou aux mangas, qui dépassent le million de vues et annoncent « la prochaine prise de la Bastille », « le blocage de la France », ou « la convergence du peuple face à Macron » ce 17 octobre.
Selon une enquête numérique du Monde, l’idée d’une grande manifestation nationale ce jour-là est née début septembre sur les réseaux sociaux. La vidéo TikTok d’un jeune homme dont le pseudonyme est « V2 » appelle alors à manifester contre la hausse des prix du carburant et devient virale. Près de huit ans après la première journée de mobilisation des Gilets jaunes (le 17 novembre 2018), également née d’une colère contre le prix du carburant, le rendez-vous fait son chemin sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes évoquent alors un « retour des Gilets jaunes », sans qu’aucun lieu de rassemblement ou de blocage ne soit annoncé, sans que les groupes concernés ne se réunissent pour préparer une quelconque action.
Pourtant, pour de nombreux lycéens mobilisés, la manifestation du 17 octobre existera bel et bien… et sera, espèrent-ils, très importante ! « Il va y avoir encore plus de monde que les semaines précédentes. Je connais un agriculteur qui est motivé, je crois qu’il viendra avec son tracteur », dit Luc*, en seconde professionnelle dans un lycée perpignanais. Ses camarades Naïade et Belisane ont un grand sourire aux lèvres quand elles entendent parler du 17 octobre. « J’habite à côté de Narbonne, j’irai manifester là-bas avec mon père », assure la première. « Moi, je serai à Toulouse, complète la seconde. »
« On a discuté de ces appels il y a plusieurs semaines avec nos unions départementales et on a considéré qu’il n’y avait pas grand-chose derrière. Mais le mouvement lycéen s’en est emparé et ça lui a donné une nouvelle dimension », raconte Aurélien Boudon, secrétaire national de Solidaires.
Soutien prudent des syndicats
Portée par la jeunesse, la date du 17 octobre s’est finalement imposée comme une date de manifestation à Paris. Ce 13 octobre, alors que 480 000 personnes (161 000 selon le ministère de l’Intérieur) ont manifesté partout en France, l’Union syndicale lycéenne (USL) a annoncé une nouvelle manifestation place de la République le 17 octobre, soit le premier jour des vacances scolaires.
Les étudiants, dont la mobilisation est allée crescendo ces dernières semaines, sont également concernés par cette date. « Le 17 octobre, ce n’est pas un appel des lycéens à la base. Ça sera une occasion de nouer encore plus les liens, de faire converger encore les luttes entre travailleurs, étudiants et lycéens », estime Serge*, étudiant en informatique à Paris 3.
Dans le sillage de l’USL, l’Union nationale Solidaires, la Confédération CGT ou encore la Confédération paysanne ont appelé à « faire converger les revendications le 17 octobre » et enjoignent leurs militants à se joindre, dans la mesure du possible, aux manifestations. Des déclarations qui signifient que ces organisations syndicales soutiennent le mouvement sans être en première ligne. Ces dernières se concentrent sur la journée de grève interprofessionnelle du 5 novembre pour l’augmentation des salaires.
Des figures politiques de gauche, telles que Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Jean-Luc Mélenchon (LFI), Anasse Kazib (Révolution permanente), Fabien Roussel (PCF) ou Marine Tondelier (Les Écologistes), se sont également montrées favorables à la mobilisation du 17 octobre.
Côté Gilets jaunes, d’anciennes figures médiatiques, comme Jérôme Rodriguez, Maxime Nicolle dit « Fly Rider » ou encore Priscilla Ludovski, ont annoncé participer à la manifestation, en soutien à la jeunesse. Ces quelques historiques du mouvement n’entraîneront pas avec eux les près de 300 000 personnes qui avaient revêtu un gilet fluo le 17 novembre 2018. Ainsi, difficile de savoir combien de gilets jaunes historiques se joindront au cortège.
Des manifestations auront-elles lieu ailleurs qu’à Paris ?
S’il y aura bien une, voire plusieurs, manifestations à Paris ce 17 octobre, la situation reste assez floue dans les autres grandes métropoles. À Lyon et Marseille, différents appels à rassemblement circulent dans les réseaux militants ou dans les conversations privées, mais aucun lieu ni aucune heure de rassemblement ne se sont encore imposés. À Toulouse, ces éléments se sont précisés : une manifestation est appelée à 14 heures par la CGT, la FSU, Solidaires et l’AG interlycées toulousaine, place Jean-Jaurès. À Rennes, un appel informel à manifester circule pour la même heure, mais sans signataires.
Dans les villes moyennes, où les lycéens mobilisés sont moins nombreux, la situation semble plus incertaine. Alexandre*, gilet jaune et militant de longue date autour d’Alès (Gard), estime que les réseaux d’ex-gilets jaunes locaux restent pour l’heure en sommeil. « On en parle en manif, mais tout le monde attend sans rien organiser. Comme si c’était une extériorité un peu surnaturelle. Aucun rencard ne circule, si ça se trouve, ça se fera un peu au dernier moment. » Des velléités de blocages de ronds-points ou de dépôts pétroliers – pour dénoncer les marges des raffineurs – circulent mais, là encore, sans davantage d’informations.
À Perpignan, Alban, un des meneurs des blocages lycéens, membre de l’Union syndicale lycéenne, appelle à soutenir le 17 octobre mais pas à y participer au nom du syndicat. « Notre syndicat est placé à gauche sur l’échiquier politique et ça pourrait sonner comme une récupération d’un mouvement qui n’a pas forcément de couleur politique », explique-t-il. Son soutien à une éventuelle mobilisation ce jour-là est rendu d’autant plus complexe qu’aucun appel à manifester n’a, pour l’heure, émergé dans la ville.
« La date du 17, pour le moment, reste très parisienne. Il y a un appel à la convergence sur Paris, donc notre question c’est : comment décliner ça localement ? s’interroge Lucie Clamens, porte-parole nationale de Solidaires Étudiantes, basée à Grenoble L’enjeu, c’est : à quel moment va-t-il falloir passer d’un blocage étudiant des facs à un blocage économique. C’est-à-dire un blocage des ronds-points, des péages… Il faut voir si c’est le bon moment, si on est assez nombreux. Car la répression est déjà très violente pour les lycéens et les étudiants, donc bloquer une gare, un aéroport, c’est encore un autre niveau. »
Aurélien Boudon, de Solidaires, complète : « Le mouvement des Gilets jaunes avait mobilisé dans les villes moyennes et les zones périurbaines, cette fois on a davantage l’impression que le mouvement pourrait toucher les grandes villes et la banlieue parisienne. » Alors le que le mouvement lycéen a clos son « cinquième acte » ce 13 octobre, les manifestations du 17 octobre pourraient lui permettre d’enjamber les vacances scolaires, dans les grandes villes du moins.
*Prénoms modifiés.
