Pas de faux-semblants à Carcassonne. À la place de l’apparence de respectabilité affichée à l’Assemblée nationale par les députés du Rassemblement national, le nouveau maire RN de la cité médiévale a déjà choisi de s’en prendre aux syndicats et aux libertés publiques. Un mois après son élection, Christophe Barthès a annoncé, à la fin du conseil municipal du 30 avril, que quatre organisations domiciliées à la Bourse du travail devront quitter leurs locaux dans une semaine.
« Manifester oui, mais profiter des largesses de ceux que l’on dénigre, je regrette ; mais ça c’est terminé. Les syndicats nationaux CFDT, Sud-Solidaires, CGT et FSU ont choisi de s’opposer au choix exprimé par les Carcassonnais le 22 mars dernier. Ces syndicats nationaux ont profité pendant trop longtemps des largesses des contribuables carcassonnais », a argumenté l’édile. En cause, le soutien que ces syndicats avaient apporté la veille aux lycéens et étudiants à l’origine du collectif Nous Carcassonne, qui a rassemblé 400 personnes dans une manifestation contre l’extrême droite le 29 avril.
La CGT à la Bourse du travail depuis 89 ans
De la parole au geste, le nouveau maire s’est fendu d’un courrier à la CGT le 4 mai. Celui-ci indique que le syndicat « occupe gracieusement les locaux municipaux situés au 15 rue Voltaire à Carcassonne, sans qu’aucun titre d’occupation en vigueur vous y autorise à ce jour ». Ce que conteste la CGT, qui rappelle sa présence à la Bourse du travail de la ville depuis 89 ans, où elle occupe des locaux mis à disposition par la municipalité. Pourtant, Christophe Barthès les « informe de son intention de mettre fin à cette occupation sans titre ». Tout au plus concède-t-il au syndicat la possibilité de présenter ses observations écrites dans un délai de sept jours. Enfin, le maire se dit disposé « à examiner toute demande d’acquisition de l’immeuble », pour un montant de 300 000 euros.
Inacceptable pour les défenseurs des salariés. Une pétition en ligne lancée par la CGT, pour défendre la liberté d’expression et les libertés syndicales, a déjà réuni près de 10 000 signataires. Elle s’ajoute aux motions de soutien en provenance d’autres départements. En plus d’évaluer les possibilités de recours juridique, les quatre syndicats menacés d’expulsion, auxquels se sont joints Force ouvrière et l’Unsa, appellent à un rassemblement et à une conférence de presse devant la Bourse du travail de Carcassonne à 11 heures ce mercredi 13 mai.
Pas de contestation à Carcassonne
Hasard du calendrier, ce mercredi 13 mai est aussi la date à laquelle se tiendra l’audience au tribunal administratif sur l’arrêté anti-mendicité décidé par Christophe Barthès au lendemain de son élection. La contestation en justice de celui-ci a valu à la Ligue des droits de l’homme la suppression de la maigre subvention municipale dont elle bénéficiait jusque-là, mais aussi de se voir expulsée du local mis à sa disposition.
Les pressions ne se limitent pas aux associations et aux syndicats. Fin mars déjà, la presse locale dévoilait que le maire RN s’était illustré à travers des méthodes d’intimidation visant des lycéens mobilisés contre l’extrême droite. Celui-ci aurait infiltré un groupe Instagram créé pour préparer un blocus lycéen avant de menacer les participants, indiquant qu’il avait récupéré « les pseudos de chaque membre du groupe » et que « les services de police [avaient] été prévenus » au cas où la manifestation ne serait pas déclarée en préfecture ou des dégradations commises.
La presse locale semble également dans le viseur de la municipalité. Avant son élection, Christophe Barthès avait refusé de participer aux débats organisés par L’Indépendant – qualifié de média « politisé » – mais aussi de France 3 Occitanie. Après sa prise de fonction, il s’en est pris au groupe La Dépêche en expliquant vouloir mettre fin aux contrats signés par la mairie avec l’agence de communication du groupe, destinés à faire la promotion d’événements du territoire.
