Hôpital : à Lyon, les urgences en grève face au sous-effectif chronique

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Les deux plus importants services d’urgences de Lyon ont entamé un mouvement de grève reconductible pour réclamer plus d’effectifs. Au cœur de leurs préoccupations : les conditions de travail, ainsi que la qualité et la sécurité des soins.

par Stéphane Ortega

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La crise couve depuis des mois. Elle éclate désormais au grand jour. À Lyon, les deux plus importants services d’urgences de la ville, ceux des hôpitaux Édouard Herriot et Lyon Sud, sont engagés dans une grève reconductible depuis le 5 février, pour le premier, et depuis le 11 février, pour le second. En amont de leur mobilisation, deux alertes pour danger grave et imminent avaient été déposées par les syndicats CGT et FO au mois de janvier, sans que la direction de l’hôpital n’apporte de réponse qui les satisfasse.

Au cœur de leurs revendications : des effectifs supplémentaires pour « garantir des soins dignes et de qualité ainsi que des conditions de travail humaines », rapportent les syndicats. Ce jeudi 19 février, à 8 heures, des soignantes et soignants des deux services d’urgences se sont rassemblés devant la direction des Hospices civils de Lyon pour exiger qu’elle réponde à leurs demandes.

Une équipe au bord du burn-out

Fin janvier, les agents paramédicaux des urgences d’Édouard Herriot – le plus important service d’urgences de la ville – votaient en assemblée générale le dépôt d’un préavis de grève illimitée à compter du 5 février. Depuis, le mouvement est suivi par 90 % des titulaires, hors médecins, d’après l’intersyndicale.

« On voit une équipe au bord du craquage. Cela fait des mois que ça ne va pas. On a des gens qui arrivent ou partent en pleurant, des arrêts pour burn-out. Ils travaillent en sous-effectif chaque jour », témoigne Nathalie Sabot, une infirmière syndiquée à la CGT de l’hôpital Édouard Herriot. Selon la syndicaliste, l’activité aux urgences a progressé de 5 à 6 % en un an. Une hausse qui se traduit par des temps d’attente plus longs pour les patients, mais aussi par une pression accrue sur les personnels.

Des revendications chiffrées

Pour y remédier, les soignants ont chiffré leurs besoins. À Édouard Herriot, ils réclament deux postes d’aides-soignants et deux postes d’infirmiers pour assurer une présence 24h/24, ainsi que des brancardiers de jour comme de nuit, un renforcement des effectifs administratifs et des secrétaires médicales. Soit, au total, plusieurs dizaines de recrutements dans la mesure où « une personne en plus 24 h/24 dans un hôpital, c’est six équivalents temps plein », rappelle Nathalie Sabot. Car un hôpital fonctionne jour et nuit, sept jours sur sept, et les temps de repos, de récupération et de congé du personnel doivent être pris en compte.

À Lyon Sud, les revendications sont similaires : renfort en postes infirmiers et aides-soignants, mais aussi maintien de « lits d’aval », qui permettent d’accueillir les patient.e.s qui nécessitent une hospitalisation, pour éviter l’engorgement chronique des urgences. Faute de places en hospitalisation, les patients attendent des heures aux urgences.

Des réponses jugées insuffisantes

Après plusieurs rencontres infructueuses entre le personnel et la direction depuis le 5 février, cette dernière a concédé quelques postes lors de la dernière séance de négociation. « Ils proposent un poste d’infirmier 24h/24, un poste d’aide-soignant de jour et de combler le poste vacant de brancardier », indique Nathalie Sabot. Pour autant, la grève se poursuit, rythmée par une à deux actions par semaine et des assemblées générales pour les organiser.

Le mouvement pourrait s’inscrire dans la durée. « C’est un collectif fort, déterminé et solidaire. On voit que les gens sont clairement mobilisés quand on va dans le service », assure la syndicaliste, qui précise que les agents sont tous assignés par leur direction. En plus de ces deux services, ceux de la Croix-Rousse et les urgences pédiatriques connaissent des difficultés similaires, selon elle. « S’ils entrent dans la bataille, ça donnera du poids », espère-t-elle.