Menacée d’expulsion par le RN à Carcassonne, la CGT réclame une loi pour protéger les locaux syndicaux

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La CGT a profité de l’étape du Tour de France Carcassonne-Foix pour mettre un coup de projecteur sur la défense des libertés syndicales. Dans la cité médiévale, le nouveau maire RN Christophe Barthès avait annoncé l’expulsion de quatre syndicats de la Bourse du travail locale.

par Stéphane Ortega

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Ce mardi 7 juillet à Carcassonne, ville étape du Tour de France : le maillot jaune, le maillot à pois et des tee-shirts rouges de la CGT, floqués d’un poing levé et d’un « Roulons pour nos libertés ». Avant le départ des coureurs professionnels vers 13 heures, un autre départ était donné en milieu de matinée par Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, et Sophie Trochet, secrétaire de l’union départementale de l’Aude. Environ 150 syndicalistes se sont élancés derrière la caravane publicitaire du Tour pour un parcours symbolique d’un kilomètre et demi sur le même itinéraire que le peloton.

Si la CGT est présente depuis des décennies sur le Tour de France à travers son journal La Nouvelle vie ouvrière, cette étape revêt une portée particulière cette année. En choisissant Carcassonne, la confédération entend donner une visibilité nationale à la défense des libertés syndicales et au conflit qui l’oppose à la municipalité Rassemblement national (RN) à propos de l’occupation de la Bourse du travail. Des délégations venues des 13 départements de l’Occitanie ont participé à ce rassemblement de quelque 700 syndicalistes, organisé localement par une large intersyndicale.

« Trump occitan »

Le 30 avril – au lendemain d’une manifestation de lycéens contre le RN soutenue par plusieurs syndicats – le nouvel édile d’extrême droite, Christophe Barthès, annonçait en fin de conseil municipal qu’il retirerait l’usage de leurs locaux, mis à disposition par la commune, à quatre organisations de salariés : la CGT, la CFDT, la FSU et Solidaires. Dès la semaine suivante, la CGT recevait un courrier du maire lui demandant de quitter la Bourse du travail, qu’elle occupe depuis 89 ans. Puis, le 1er juin, la municipalité mandatait un huissier pour constater la poursuite de l’occupation des locaux par l’union départementale.

Depuis le mois de mai, les syndicats, soutenus par de nombreuses associations et le collectif de jeunes Nous Carcassonne, multiplient les mobilisations. Des rassemblements sont venus ponctuer chaque conseil municipal et une manifestation a réuni 600 personnes le samedi 6 juin, selon le décompte des organisateurs. De son côté, Christophe Barthès a enchaîné les provocations, lui valant le surnom de « Trump occitan ». En mai, il déposait des cartons de déménagement au pied des syndicalistes venus protester sous les fenêtres de l’Hôtel de ville ; fin juin, il renouvelait sa tentative de faire le buzz en arrosant les manifestants depuis le balcon de la marie avec un jeu d’eau.

« On attend que la mairie engage la procédure d’expulsion. Un juge statuera, et au bout du bout, c’est le préfet qui signera ou pas l’arrêté d’expulsion », explique Sophie Trochet, dont le syndicat entend bien se défendre devant le tribunal. Une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois, selon la responsable de la CGT de l’Aude. D’ici là, elle décidera, de concert avec les autres organisations de salariés menacés, des prochaines échéances de mobilisation.

De son côté, la confédération définira à la fin de l’été la façon dont elle entend défendre les libertés syndicales à la rentrée de septembre. Avec, en toile de fond, deux dossiers prioritaires : le symbole devenu national de la Bourse du travail de Carcassonne et les plaintes multiples contre plusieurs membres du bureau confédéral CGT, dont Sophie Binet, mise en examen pour injure publique et pour diffamation, respectivement par un lobby patronal proche de l’extrême droite et par l’entreprise Tefal.

Anticiper 2027

Les menaces qui pèsent sur la Bourse du travail de Carcassonne ne sont pas un cas isolé. La CGT en répertorie une soixantaine en difficulté sur l’ensemble du territoire. Mais l’attitude agressive des maires RN élus en mars 2026 envers les syndicats, comme envers les associations ou le monde de la culture, pousse la CGT à anticiper les prochaines échéances électorales de 2027.

« Vu qu’il y a un danger sur ces locaux, on demande aujourd’hui une vraie législation. Le Code du travail prévoit des locaux pour les syndicats dans les grosses entreprises, mais pas au niveau interprofessionnel », explique Sophie Trochet. Ce que permettent aujourd’hui les permanences syndicales au sein des Bourses du travail, dans les grandes comme les petites villes, et accessibles à tous les salariés, en particulier ceux des petites entreprises, où la présence syndicale est souvent inexistante. « Suite à nos nombreuses relances sur la question des locaux syndicaux, le ministère du Travail a décidé de lancer une mission interministérielle afin d’évaluer la possibilité d’avoir des textes qui puissent consolider les locaux mis à dispositions par les collectivités territoriales », assure Gérard Ré, de la CGT.

En attendant, le bras de fer va se poursuivre à Carcassonne. « Les locaux syndicaux sont des locaux particuliers. On n’est pas des squatters ou des voyous, ces locaux sont des outils pour les travailleurs et travailleuses. On reçoit beaucoup de salariés qui ne sont pas organisés dans notre département de l’Aude où on a beaucoup de TPE [très petites entreprises, ndlr] de moins de 11 salariés », défend Sophie Trochet.