Des centaines d’organisations s’unissent contre un accord commercial obsolète

Libre échange

par collectif

Alors que la Commission européenne semble déterminée à sauver le projet d’accord entre Union européenne et pays du Mercosur, 450 organisations de la société civile des deux côtés de l’Atlantique s’allient pour renforcer la mobilisation citoyenne.

Conclu le 28 juin 2019, l’accord de libéralisation des échanges commerciaux entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) est depuis l’objet de vives critiques. À celles des ONG, associations et syndicats de paysans et travailleurs, se sont ajoutées celles de chercheurs, parlementaires mais aussi de certains gouvernements : après s’être félicité de la conclusion de l’accord, Emmanuel Macron a pris ses distances pour critiquer la politique menée par le président brésilien Jair Bolsonaro en matière de lutte contre le réchauffement climatique et la déforestation.

En raison du rejet croissant de ce projet d’accord par les opinions publiques dans de nombreux pays (Autriche, France, Allemagne, Irlande, etc), la Commission européenne n’a pas été en mesure d’entamer à l’automne 2020 le processus de ratification comme cela était initialement envisagé. Depuis, elle redouble d’efforts pour tenter de sauver cet accord si controversé. De son côté, le gouvernement français affirme s’opposer au projet d’accord « en l’état » mais la société civile critique son refus d’exiger l’abandon ou la renégociation de ce projet d’accord.

Pour accroître la pression sur l’Union européenne et ses États-membres, ainsi que sur les pays du Mercosur, 450 organisations (syndicats, associations, ONG, collectifs citoyens, etc) des deux côtés de l’Atlantique, dont plus d’une cinquantaine en France (parmi lesquelles Amis de la Terre, Attac, CCFD-Terre Solidaire, CGT, Coalition Solidarité Brésil, Collectif national Stop CETA/Mercosur, Confédération paysanne, France Nature Environnement, Greenpeace, LDH, Notre Affaire à Tous, Sherpa, Youth For Climate) rendent publique une coalition transatlantique, autour d’une déclaration commune et d’un site internet (stopeumercosur.org) regroupant ressources, pétitions et initiatives en cours.

Déclaration de la coalition Stop EU-Mercosur

Nous, les organisations soussignées, appelons les dirigeants politiques des deux côtés de l’Atlantique à abandonner à l’accord de libéralisation du commerce entre l’UE et les pays du Mercosur.

L’accord UE-Mercosur appartient à une lignée d’accords commerciaux obsolètes qui datent du 20e siècle et qui ont détruit la planète : il sert les intérêts des grandes entreprises privées et va à l’encontre du respect des limites planétaires et du bien-être des animaux, et génère des inégalités sociales insoutenables.

Les objectifs et les dispositions centrales de cet accord sont fondamentalement contraires à l’action climatique, la souveraineté alimentaire, la défense des droits humains et de l’environnement. Cet accord va aggraver la destruction et l’effondrement de la biodiversité de l’Amazonie, du Cerrado et du Gran Chaco en raison de la hausse des quotas d’importation de bétail et d’éthanol vers l’Europe, perpétuant un modèle agricole extractiviste fondé sur le surpâturage, l’expansion de l’élevage intensif avec des parcs d’engraissement pour le bétail, et des monocultures dépendantes des pesticides et produits chimiques. Un tel accord donnerait un blanc-seing aux violations des droits humains qui sont associées à ces insoutenables chaînes mondiales d’approvisionnement.

L’accord UE-Mercosur pourrait détruire les moyens de subsistance de très nombreux paysans et petites exploitations familiales en Europe et Amérique du Sud. Fondé sur le commerce de produits agricoles contre des voitures polluantes, l’accord menace directement les emplois industriels des pays du Mercosur. Il aggrave la dépendance des économies sud-américaines aux exportations à bas prix de matières premières obtenues par la destruction de ressources naturelles vitales, au lieu de favoriser le développement d’économies solides, diversifiées et résilientes.

Pour un avenir viable, le modèle commercial du 21e siècle doit soutenir plutôt que saper les efforts visant à promouvoir des sociétés socialement justes et écologiquement soutenables, fondées sur les principes de solidarité, de protection des droits humains et de respect des limites planétaires. Partout en Europe et en Amérique du Sud, les citoyens s’unissent contre l’accord UE-Mercosur et œuvrent pour un avenir meilleur. Nous, les organisations signataires, faisons partie de ce mouvement qui demande aux gouvernements d’abandonner l’accord UE-Mercosur !

 Plus d’informations sur le site internet stopeumercosur.org où vous trouverez les ressources qui décryptent le projet d’accord ainsi que les pétitions en cours.

 Notre précédente chronique sur le sujet : Accord de libre-échange : grâce à la mobilisation, une première victoire, le 10 novembre 2020