Des légumes aux pieds des immeubles : une micro-ferme gérée par des habitants nourrit un quartier

Alternatives

C’est en pied d’immeuble qu’est expérimentée une micro-ferme maraîchère dans le quartier des Vernes à Givors (Rhône). Des habitants la gèrent et vendent la production sur place. Un article du journal L’âge de faire, qui rend visible les alternatives.

par Fabien Ginisty (L’Âge de faire)

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Les fraises et les épinards n’ont pas attendu le calendrier officiel   : «  On a dû commencer les ventes plus tôt que prévu.   » Hélène Lucius et les autres ont monté leur stand dès mi-mai sur la place. «   Quand on ouvre le parasol, c’est le signal, les gens commencent à arriver.  » La place, c’est celle du secteur Duclos, dans le quartier des Vernes, 3 000 habitants, dont les tours surplombent la ville de Givors, dans la vallée du Gier, à mi-chemin entre Lyon et Saint-Étienne. Hélène, Ivan, Saïd et les autres sont les acteurs principaux d’une expérimentation unique en France   : du maraîchage en pied d’immeuble, par les habitants. Jusque-là, rien d’exceptionnel.

Ce qui l’est, c’est que les fruits et légumes produits sont vendus sur place, donc en priorité aux habitants. «  On pratique trois tarifs différents et ce sont les consommateurs qui choisissent. Le moins cher inclut le coût des semences, le second inclut aussi les charges, en particulier l’eau (du réseau d’eau potable), le troisième est aligné sur les prix pratiqués en magasin bio  », détaille Hélène. 


C’est la deuxième saison que le jardin des Vernes est en production. Les parcelles destinées à la vente (environ 1 500 m²) et entretenues collectivement se mélangent aux parcelles «   privatives   », classiques des jardins ouvriers. Le tout s’étend en terrasses sur environ 3500 mètres carré, séparé de l’extérieur par des barrières en lattes de bois et des portillons sans cadenas. «  On avait peur qu’il y ait des dégradations mais non, c’est très respecté  », remarque Hélène. La mairie, qui prête cette ancienne friche, a mis des bancs autour. «  C’est devenu un lieu de convivialité, assure-t-elle, même s’il manque de l’ombre.   » Le collectif organise régulièrement des événements festifs autour de son activité.

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«   Pour pouvoir manger sain  »

Le Jardin des Vernes n’est pas parti des habitants   : il a été initié dans le cadre de la réhabilitation du quartier, et bénéficie notamment des financements de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine). L’association nationale La Sauge coordonne le projet et accompagne les habitants investis, avec l’idée qu’ils «   montent en compétences   » et qu’à terme, ils soient autonomes dans la gestion du jardin et qu’ils créent leur propre association.

Hamza Benmadi habite au rez-de-chaussée de l’immeuble de neuf étages qui fait face au jardin. «  Je peux voir les parcelles depuis ma fenêtre   », sourit le «  micro-fermier   », parmi les plus investis. C’est notamment lui qui est responsable de la production, «   en binôme avec Agathe   », salariée de La Sauge. Ils ont déterminé ensemble le plan de cultures et veillent à tenir le calendrier pour les différentes productions.


« Mon déclic, ça a été la lecture d’un livre qui parlait des additifs et des pesticides dans l’alimentation, raconte Hamza. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chercher une parcelle et à me renseigner sur le maraîchage, en regardant des vidéos sur Internet. Pour pouvoir manger sain et manger des légumes qui ont du goût.   » En 2023, il se voit proposer un logement social dans le secteur Jacques Duclos. 2023, c’est aussi l’année des premières réunions d’information pour la mise en place du jardin… le hasard fait parfois bien les choses.

«  Beaucoup de boulot   »

Hélène, elle, est référente sur les finances. «   On a fait un sondage pour savoir ce que les habitants aimeraient.  » Cette saison, il y aura plus de coriandre, peut-être un peu moins de fenouil, et surtout des pommes de terre, absentes l’an dernier. «   Certaines personnes nous découvrent encore parce qu’on n’est pas sur la place centrale des Vernes. Avec le bouche-à-oreille, je pense qu’on vendra plus cette année.  »

Cet article est extrait du dossier « Quartiers populaires, le droit à la terre », publié dans le journal L’âge de faire (numéro 218, juin 2026). Cliquez sur l’image pour les soutenir

Avec l’argent gagné l’an dernier, le collectif a pu investir dans un goutte-à-goutte. La Sauge a également installé une serre et une pépinière. Et quand tous les investissements seront faits et que la tréso sera bénéficiaire, que deviendra l’argent   ? Hamza sourit à l’idée   : «  On achètera d’autres parcelles  !   »

La principale limite, pour l’heure, est ailleurs   : «   C’est beaucoup de boulot, le maraîchage  !   » Lui est traducteur à Lyon, Hélène travaille dans la logistique … Les six micro-fermiers - bientôt neuf - ont tous une vie professionnelle bien remplie à côté, de sorte que le travail d’Agathe, sur le terrain mais aussi dans l’organisation des chantiers participatifs, ou encore à l’accueil des bénévoles, est indispensable. Or, les financements pour l’accompagnement de La Sauge ne sont pas destinés à être pérennes.

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