« C’est une loi Duplomb puissance 10 », alerte Jean-François Corty, président de Médecins du Monde. Il parle du règlement européen "Omnibus" sur les pesticides, que l’Union européenne se prépare à adopter. « Ce texte serait l’un des pires reculs jamais connus en matière de réglementation », prévient-il.
Le Conseil européen a validé le 30 septembre le compromis proposé sur cet "Omnibus X". Concrètement, les durées d’approbation des substances pesticides et biocides pourraient être étendues jusqu’à 25 ans, contre 10 à 15 ans actuellement. Selon l’organisation Générations futures, au moins 49 substances de synthèse (sur 421 approuvées actuellement) seraient concernées, dont les très controversés acétamipride et glyphosate.
Une coalition rassemblant plus de 100 organisations nationales et locales appelle à des rassemblements les samedi 10 et dimanche 11 octobre « pour dire non aux pesticides à vie ». Elle rassemble des collectifs de victimes de pesticides, organisations paysannes, organisations environnementales, syndicales, médicales et de santé environnementale, associations de patients, de consommateurs, collectif de médecins, scientifiques, mutuelles...
« Toutes les initiatives pour le droit à la santé sont bienvenues »
« Les mesures proposées dans cet Omnibus nous ramènent des décennies en arrière, en défaisant les protections actuelles sur l’usage des pesticides, imparfaites mais durement acquises. S’il était voté, ce texte renforcerait directement et très concrètement l’exposition de nos corps, des écosystèmes, de notre alimentation et de nos territoires à des substances dangereuses », dénoncent ces organisations dans un appel commun contre Omnibus X.
Chaque renouvellement d’autorisation permet d’analyser les dernières études scientifiques et d’évaluer si la substance peut être maintenue sur le marché européen au vu de ses impacts sur l’environnement et la santé humaine. Ce processus a conduit depuis 2011 au retrait de l’autorisation d’une trentaine de pesticides, sur la base de preuves de leurs effets néfastes sur les écosystèmes et la santé humaine, rappelle le quotidien Le Monde. Plus de 570 scientifiques et médecins demandent dans une lettre ouverte publiée le 16 septembre une suspension des négociations sur ce règlement, tant qu’une étude indépendante sur les impacts sanitaires et environnementaux de la proposition n’aura pas été réalisée.
Les organisations alertent aussi sur d’autres mesures prévues par cet Omnibus X, comme la prolongation des périodes de grâce : une substance interdite pourra continuer à être utilisée plus longtemps. Le texte prévoit également que les produits biocides, utilisés comme antiparasitaires ou encore produits de traitement des matériaux, bénéficient d’approbations illimitées. La Commission européenne justifie ces mesures au nom de la simplification de ses réglementations pour améliorer la compétitivité de l’économie.
Les initiatives de ce week-end prendront différentes formes : rassemblements devant des lieux publics, actions d’information, prises de parole, animations locales ou rassemblements festifs et bruyants. « On prévoit des tractages sur les marchés et de saisir les députées via les plateformes dédiées, détaille Mélanie, membre du collectif Cancer Colère. Toutes les initiatives pour le droit à la santé pour tous sont les bienvenues. Réunies, nos colères sont puissantes. »
« Le citoyen comme un cobaye »
« Les riverains ne veulent pas de l’autorisation illimitée de pesticides, ajoute Monique Savatier, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO). Il faut être tous ensemble pour montrer notre désaccord face au pourrissement de nos vies par tous ces produits. » « L’effet le plus antidémocratique de cet Omnibus est de considérer le citoyen comme un cobaye », abonde Étienne Heulin, paysan dans les Pays-de-la-Loire, également membre du CSVPO.
Des mobilisations sont aussi prévues du du côté de la Charente-Maritime. « On est de plus en plus sollicités par les citoyens qui nous interrogent sur l’environnement, les sources de pollutions, souligne Agathe Lobet, co-présidente de l’association Avenir santé environnement. On veut agir concrètement sur chaque territoire avec les agriculteurs pour engager une vraie transition agricole. On est tous concernés. On invite les citoyens partout en France à témoigner face à cet affaiblissement des protections européennes qui va à l’encontre du principe de précaution. »
« Il y a bien longtemps qu’un texte européen n’avait pas suscité des mobilisations locales sur le territoire », observe Julien Rivoire de Greenpeace France. Le Conseil européen ayant voté la version du texte initialement proposée par la Commission, il revient désormais au Parlement de se prononcer, mais aucune date de discussion n’est pour le moment fixée. « On va rendre compte des positions de chaque groupe politique au Parlement européen », précise Julien Rivoire.
Plus de 170 000 personnes ont déjà signé une pétition européenne pour demander aux eurodéputées de s’opposer à Omnibus X qui, selon l’ONG Foodwatch, « met en péril les lois qui protègent notre alimentation ». En France, une proposition de résolution appelant à rejeter l’Omnibus a été déposée par le député écologiste Benoît Biteau. Elle sera examinée par l’Assemblée nationale entre le 10 et le 14 octobre.
