Sur l’avenue principale de São Paulo, une foule attendait, sous la pluie, le début du rassemblement du 7 septembre, le jour de la fête nationale du Brésil. Des drapeaux brésiliens mélangés à ceux des États-Unis et de la Grande-Bretagne appellent Donald Trump à intervenir dans les élections brésiliennes. Au-dessus de la foule, une poupée gonflable géante représente le président des États-Unis avec son bras levé, tenant une caricature de Luiz Inácio Lula da Silva, l’actuel président du Brésil, en uniforme de prisonnier. En ce jour de célébration de l’indépendance, une partie des manifestants appelle ici à l’intervention des États-Unis dans la politique nationale.
Ce n’était pas la première fois que le 7 septembre a servi la mise en scène du bolsonarisme. Pendant le gouvernement de Jair Bolsonaro, président de 2018 à 2022, cette date est devenue l’une de ses principales démonstrations de force. Lors des manifestations de la fête nationale de 2021, le président de l’époque avait annoncé qu’il cesserait de se conformer aux décisions de justice. L’offensive contre les institutions s’est poursuivie pendant son mandat et a atteint sa forme la plus violente après la défaite électorale. Le 8 janvier 2023, ses partisans ont envahi pendant plusieurs heures les principaux lieux de pouvoir brésiliens lors d’une tentative de coup d’État. Condamné et emprisonné pour sa participation à ce projet, Jair Bolsonaro ne pouvait plus, cette année, prendre sa place devant la foule.
Le 7 septembre 2026, c’est son fils Flávio Bolsonaro qui a pris le relais. L’homme est sénateur de Rio de Janeiro et candidat pour succéder à son père dans la course à la présidentielle. À 45 ans, le fils de Bolsonaro devait hériter des électeurs de Jair et assumer sa position dans la tribune. Avant le discours, ses avocats lui ont recommandé d’éviter les attaques contre le système électoral et les institutions, comme celles que son père avait l’habitude de faire. Flávio avait des raisons juridiques de modérer ses paroles.
Héritier de son père
Avocat de formation, Flávio Bolsonaro a rejoint l’équipe juridique de son père en mars de cette année. Il connaît donc bien les conséquences que certaines déclarations publiques peuvent avoir. C’est précisément un discours contre le système électoral, prononcé devant des ambassadeurs étrangers et transmis par les chaînes officielles, qui avait conduit à la disqualification de son père dans la course à une seconde présidence. Mais Bolsonaro fils n’a pas complètement abandonné la rhétorique conflictuelle qui mobilise la base bolsonariste. S’il modère trop son discours, on pourrait lui reprocher de trahir l’héritage de son père. S’il répète ses attaques contre les autorités et le système électoral, il pourrait mettre en péril sa propre candidature.
La tension qui régnait ce 7 septembre résumait bien la position de Flávio Bolsonaro dans la campagne présidentielle. Devant ses partisans dans la rue, il devait prouver qu’il était capable de prendre la place de son père Jair et d’être à la hauteur des attentes en matière de confrontation avec les institutions, tout en se présentant comme le Bolsonaro « modéré », capable de négocier avec les entrepreneurs, les politiciens et les partis. Cette image s’est construite au fil de plus de deux décennies de vie politique. Pour comprendre pourquoi Flávio a été choisi comme héritier potentiel et ce que ce choix révèle sur la réorganisation de la droite brésilienne, il faut revenir à Rio de Janeiro.
Trois fils en politique
Contrairement à son père, qui s’est lancé en politique après une carrière militaire, Flávio a grandi dans une famille déjà impliquée en politique. En 2000, à l’âge de 19 ans, son père lui a proposé de se présenter aux élections municipales de Rio de Janeiro pour affronter sa propre mère. Rogéria Bolsonaro, première épouse de Jair, briguait un nouveau mandat de conseillère municipale.
Après leur séparation, Jair a voulu l’empêcher d’utiliser le nom de famille Bolsonaro pendant la campagne. N’y parvenant pas, il a décidé de l’affronter dans les urnes par l’intermédiaire d’un fils. Son premier choix s’est porté sur Flávio, qui a refusé. La tâche a ensuite été confiée à son frère Carlos, qui avait alors 17 ans. Ce dernier a été élu et pris ses fonctions à l’âge de 18 ans. Rogéria, elle, n’a pas été réélue.
Le refus de se dresser contre sa mère ne démontre pas nécessairement l’indépendance de Flávio vis-à-vis de son père, mais anticipe une différence avec ses frères et sœurs. S’appuyant sur le langage militaire, Jair appelle ses fils par des numéros, selon l’ordre de naissance. Carlos, surnommé « zéro deux », a construit sa carrière personnelle et politique en tant que fils le plus proche de Jair. Eduardo, le « zéro trois », est entré en politique plus tard, quand il a été élu député fédéral par São Paulo en 2014, mais a rapidement occupé la position d’héritier idéologique de son père. Jair Renan, le « zéro quatre », est le dernier des fils adultes à entrer en politique, quand il a été élu conseiller dans la ville de Balneário Camboriú en 2024. De son côté, Flávio, le « zéro », s’est taillé une position différente au sein de la famille. Il n’était pas aussi proche de son père que Carlos, et ne partageait pas la radicalisation idéologique d’Eduardo.
Une famille à tous les échelons du pouvoir
Alors qu’il étudiait le droit, Flávio a été élu, en 2002 à l’âge de 21 ans, député régional à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro. Il a pris ses fonctions l’année suivante. Carlos occupait alors toujours son poste de conseiller municipal et Jair celui de parlementaire à la Chambre des députés. À partir de 2003, la famille occupait donc simultanément trois échelons du pouvoir législatif : municipal, régional et fédéral, tous coordonnés depuis Rio de Janeiro. Plus tard, Eduardo et Jair Renan ont étendu la présence électorale de la famille au-delà de l’État, en se faisant élire respectivement dans les États de São Paulo et Santa Catarina.
Le nombre de voix obtenues par Flávio a augmenté au cours de ses quatre mandats de député régional. En 2002, il en a obtenu un peu plus de 30 000. Lors des élections de 2014, il en a recueilli 160 000. Deux ans plus tard, il s’est présenté à la mairie de Rio et a recueilli 424 000 voix, soit 14 % des suffrages valides, se classant en quatrième position. Ces chiffres indiquent que le nom de famille Bolsonaro mobilisait déjà une partie importante de l’électorat de Rio avant même la campagne présidentielle de 2018.
Au sein de l’assemblée législative de l’État, Flávio a mené une action législative axée sur la sécurité publique. Il a présidé la commission chargée de cette question et s’est fait le porte-parole des professionnels du secteur : il a défendu les salaires et les avantages sociaux des policiers, des pompiers et des agents pénitentiaires. Son action l’a rapproché des casernes et des commissariats, qui allaient constituer une part importante de sa base politique.
La défense de ce secteur s’est accompagnée d’une conception répressive de la sécurité publique. Flávio était favorable à des peines plus sévères, à un assouplissement des conditions d’accès aux armes à feu pour la population et à des opérations policières menées à l’aide de véhicules blindés dans les favelas. Il s’est également opposé aux quotas mis en place contre les discriminations racistes et aux politiques relatives au genre et à la sexualité, et a défendu la dictature militaire brésilienne (1964-1985).
La distance idéologique qui le sépare de son père est alors minime ; la différence réside surtout dans la manière d’agir. Alors que Jair mettait à profit son mandat à la Chambre des députés pour donner une portée nationale à ses discours, Flávio intégrait, avec moins de visibilité publique, une partie de ce même répertoire à son travail législatif et à l’établissement de liens avec les forces de sécurité de Rio de Janeiro.
Défenseur des milices de Rio
Ces liens sont devenus de plus en plus problématiques à mesure que les milices gagnaient en puissance à Rio. Composés à l’origine de policiers et d’autres agents armés, ces groupes ont commencé à contrôler des territoires entiers de la métropole brésilienne et à s’imposer comme fournisseurs de services, tels que les transports, le gaz ou la télévision par câble, en recourant à l’extorsion et à la violence. En 2007, Flávio a publiquement défendu la légalisation des milices. L’année suivante, il a voté contre la création d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur ces milices et a de nouveau défendu, à l’Assemblée, les agissements de certains de ces groupes.
Flávio a également fait l’objet de soupçons liés au fonctionnement de son cabinet parlementaire. L’affaire impliquait un policier militaire et collaborateur de Flávio pendant plus de dix ans. En 2018, les mouvements bancaires de ce policier ont fait naître des soupçons de « rachadinha », une pratique consistant pour des fonctionnaires nommés par un homme politique à lui reverser une partie de leur salaire en échange de leur nomination. Flávio a été mis en examen par le parquet en 2020, mais l’affaire n’a pas abouti à une décision sur le fond pour des raisons de procédure. Flávio a toujours nié ces accusations.
Lorsqu’il a quitté l’assemblée législative de l’État de Rio pour prendre ses fonctions au Sénat, en 2019, Flávio comptait quatre mandats et seize ans d’expérience en tant que député régional. Au cours de cette période, il a présenté 208 propositions de loi, dont 51 ont été adoptées. Parmi les mesures approuvées figuraient des prestations pour les agents de sécurité et des amendes en cas de faux appels aux services d’urgence. À l’issue de ce parcours, Flávio avait consolidé sa propre base à Rio de Janeiro et appris à évoluer au sein des institutions, sans pour autant s’éloigner des positions politiques qu’il partageait avec son père.
Les élections de 2018 ont donné une dimension nationale à la carrière de Flávio. Il a recueilli plus de 4,3 millions de voix et a été le candidat le plus plébiscité lors de la course au Sénat à Rio de Janeiro. Ce résultat est indissociable de la candidature présidentielle de Jair. Père et fils se sont présentés sous la bannière du Parti social-libéral (PSL) et ont été portés par la même vague électorale qui a conduit Jair à la présidence.
L’arrivée au Sénat de Flávio l’a aussi distingué de ses frères. Carlos continue alors à s’investir dans la politique municipale de Rio et est chargé de mobiliser la base numérique de son père. Eduardo occupe un siège à la Chambre des députés et commence à se faire une place dans les cercles internationaux de la droite, notamment grâce à ses relations avec le trumpisme aux États-Unis. De son côté, Flávio a adopté au Sénat une posture plus discrète, s’occupant de la coordination politique entre le Congrès et le gouvernement de son père.
Son programme : élargir le port d’armes
Cette capacité de négociation ne signifie pas pour autant que le programme Flávio se modère. Ses propositions se concentrent à nouveau sur le domaine de la sécurité publique, avec des projets visant notamment à défendre l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale et des initiatives pour élargir le port d’armes. Mais jusqu’en mai 2026, aucun projet dont il était l’unique auteur n’a été adopté. Son action au Sénat a eu des résultats plus visibles dans les rapports législatifs et au sein des commissions.
En 2024, il a été rapporteur d’un projet de loi restreignant les permissions de sortie des détenus, qui a finalement été adopté. L’année suivante, il a été élu président de la commission de la sécurité publique et a annoncé comme priorités l’instauration de règles plus strictes pour les audiences de mise en détention provisoire (la procédure judiciaire qui examine toute arrestation dans les 24 heures) et la promotion d’un durcissement de la législation pénale.
Exonérer sa famille
Cependant, au cours de son mandat, son action la plus visible a concerné la défense de la famille, en l’occurrence la sienne. Au sein de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur la gestion de la pandémie, il a suivi les déclarations et est intervenu lorsque les questions portaient sur l’action de Jair Bolsonaro pendant la crise. Le gouvernement de son père s’était opposé aux mesures de distanciation, avait défendu des traitements dont l’efficacité n’était pas prouvée et avait remis en cause la vaccination.
Le rapport final de la commission recommandait l’inculpation de Jair pour neuf chefs d’accusation : épidémie ayant entraîné la mort, violation des mesures sanitaires préventives, charlatanisme, incitation au crime, falsification d’un document privé, détournement de fonds publics, prévarication, crimes contre l’humanité et crimes de responsabilité. Dans le cas de Flávio, la commission a recommandé son inculpation pour incitation au crime, en raison de la diffusion de fausses informations sur la pandémie.
En 2022, Flávio a participé à la campagne de réélection de son père. Après la défaite, il a publié sur les réseaux sociaux un message dans lequel il évitait à la fois d’évoquer les allégations de fraude lancées par son père, et de reconnaître la victoire de Lula da Silva. Un schéma similaire s’est reproduit après les événements du 8 janvier 2023.
Au sein de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur les attaques contre les institutions à Brasilia, Flávio a soutenu le rapport alternatif présenté par l’opposition, qui rejetait la qualification des faits comme tentative de coup d’État et en attribuait la responsabilité à Lula, allant même jusqu’à demander la mise en examen de Lula. Par la suite, Flávio s’est mis à défendre ouvertement l’amnistie pour son père Jair et pour les personnes condamnées pour les événements du 8 janvier. La stratégie consistait à exonérer sa famille de toute responsabilité pour les incidents les plus graves et à proposer une interprétation des événements qui préservait le bolsonarisme.
Un autre fils proche de Trump
Ce rôle a pris de l’importance à mesure que la situation judiciaire de son père s’aggravait. En 2025, Eduardo s’est installé aux États-Unis et a commencé à faire pression sur le gouvernement Trump pour qu’il impose des sanctions à l’encontre des autorités brésiliennes. Cette démarche renforce alors les liens internationaux du bolsonarisme, mais complique les alliances au sein même du Brésil, au point que Flávio a dit publiquement qu’il tentait de contenir les excès de son frère, qualifiant les attaques d’Eduardo de peu stratégiques pour la politique nationale.
Pendant la campagne de cette année, sa position au sein de la famille a été être mise à l’épreuve dans le conflit avec l’épouse actuelle de son père, Michelle Bolsonaro. Le conflit s’est aggravé lorsque Flávio a rendu publique une lettre de son père dans laquelle celui-ci le présentait comme son porte-parole exclusif. Cela a conduit la justice à lui interdire de rendre visite à son père en prison pendant la période électorale, et a redonné à Michelle le rôle d’interlocutrice principale de la famille. Quelques semaines plus tard, tous deux ont annoncé une trêve publique, accompagnée d’excuses mutuelles.
Flávio n’est pas devenu le chef incontesté de la famille, mais il a commencé à agir de plus en plus comme le gestionnaire politique de ses crises. La prison a écarté Jair Bolsonaro des urnes, mais n’a pas supprimé son autorité sur le Parti libéral (PL) – le parti de la famille Bolsonaro depuis 2021 – ni sur la partie importante de l’électorat qui continuait à le reconnaître comme le principal leader de la droite brésilienne.
En choisissant Flávio, Jair a poussé le parti à transformer une décision familiale en candidature présidentielle et a contraint ses alliés et ses rivaux potentiels de la droite à prendre position à ce sujet. Il ne s’agissait pas seulement de conserver le nom de famille Bolsonaro – l’ancienne première dame Michelle le portait également –, mais de transmettre le capital politique directement du père à l’un de ses fils.
Parmi les enfants adultes, le choix de Flávio s’est imposé après avoir écarté les autres options dans un contexte de crises familiales. En juin 2026, Eduardo a été condamné par la Cour suprême fédérale brésilienne à quatre ans et deux mois de prison en régime semi-ouvert, une peine qui l’a également rendu inéligible. S’il revenait au Brésil, il serait contraint de purger sa peine. Selon le jugement, Eduardo a collaboré avec le gouvernement des États-Unis pour faire pression sur les autorités brésiliennes et influer dans le procès de son père pour tentative de coup d’État.
Carlos ne faisait l’objet d’aucun obstacle juridique l’empêchant de se présenter aux élections, mais il a été mis en examen par la Police fédérale, soupçonné d’appartenir à une organisation ayant utilisé illégalement l’Agence brésilienne de renseignement, un organisme fédéral de renseignement, pour surveiller des autorités et des adversaires politiques.
Selon l’enquête, Carlos recevait des informations obtenues par cette structure et les utilisait pour mener des attaques sur les réseaux sociaux. Jair Renan, 28 ans, n’a pas l’âge minimum de 35 ans requis pour briguer la présidence de la République brésilienne. Flávio était donc le seul parmi les enfants adultes à remplir les conditions d’âge, d’éligibilité, à disposer d’un mandat national et à posséder des capacités de négociation. Il n’était pas nécessairement le successeur préféré du père, mais bien le « Bolsonaro » le plus plausible.
Lorsque Jair a choisi Flávio comme candidat, en décembre 2025, son fils devait conserver le nom de famille qui lui garantissait un accès immédiat à l’électorat de droite, mais aussi atténuer le rejet qui avait contribué à la défaite et à l’isolement politique de son père.
Flávio cherche à se démarquer
La stratégie initiale consistait à mettre en avant les différences entre les deux hommes. Dans une interview accordée à l’agence Reuters, Flávio s’est défini comme un « Bolsonaro vacciné » pour avoir reçu deux doses du vaccin contre la Covid-19, alors que Jair s’était opposé à la vaccination et avait diffusé de fausses informations sur les vaccins. Il s’est ici positionné en opposition à son père là où celui-ci avait suscité le plus de rejet parmi l’électorat en raison de sa gestion de la pandémie. Cependant, cette image de « Bolsonaro vacciné » a avant tout constitué un repositionnement de campagne électorale, puisque la commission parlementaire sur la pandémie avait elle-même demandé que Flávio soit mis en examen pour avoir diffusé de la désinformation sur les vaccins et la pandémie.
Cette volonté de se démarquer s’est également traduite par la construction d’une image de bon père de famille et de croyant. Dans les vidéos, Flávio apparaît chez lui, aux côtés de son épouse et de ses deux filles. Fernanda Bolsonaro a plaisanté en disant qu’elle l’avait « rééduqué » et qu’elle avait ainsi créé un « Bolsonaro modéré ». Le slogan « Viens avec foi » a par ailleurs renforcé le rapprochement avec l’électorat chrétien. Alors que Jair cultivait l’image d’un homme indomptable et « imbattable », Flávio a tenté de se présenter avant tout comme un mari, un père, et un homme politique capable de dialoguer. Compte tenu des antécédents de déclarations misogynes de son père, cette image a servi à atténuer le rejet dont il faisait l’objet auprès des femmes.
Mais l’image publique de Flávio varie également en fonction de son public. Devant des chefs d’entreprise et des représentants du monde de la finance, Flávio parle de responsabilité budgétaire et de sécurité juridique. Lors des rassemblements religieux, il a présenté sa candidature comme une mission confiée par Dieu. Devant les partisans de son père, il a promis de le libérer et de poursuivre son projet politique. À l’étranger, il a cherché à se rapprocher de Trump, du président argentin Javier Milei et du Salvadorien Nayib Bukele. Flávio ne modère pas toutes ses positions, mais choisit ce qu’il dit et ce sur quoi il met l’accent selon le contexte dans lequel il parle.
Toujours des attaques contre les institutions
En matière de sécurité publique, en revanche, on ne constate guère de modération dans son programme. Pendant la campagne, Flávio a continué à défendre l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale, le durcissement des peines et l’assouplissement des conditions d’accès aux armes à feu pour la population.
Lors d’un meeting à Rio de Janeiro, il a promis de sortir les délinquants des rues « debout ou allongés », c’est-à-dire vivants ou morts, et de construire des méga-prisons inspirées du régime de Bukele au Salvador. Il a également proposé la castration chimique pour les personnes condamnées pour viol et la classification des factions criminelles et des milices – dont il avait lui-même défendu la légalisation en tant que député régional – comme des organisations terroristes.
On retrouve cette même ambiguïté dans ses relations avec les institutions. Flávio affirme respecter la démocratie et la Cour suprême fédérale, mais défend l’amnistie pour son père et pour les personnes condamnées pour les événements du 8 janvier 2023. À plusieurs reprises, il a déclaré faire confiance au système électoral et a considéré la polémique de son père sur une fraude supposée en 2022 comme un chapitre clos.
En juillet 2026, cependant, il a de nouveau faussement associé le système de vote électronique brésilien à la société Smartmatic, utilisée dans les élections vénézuéliennes, une accusation qu’il avait déjà formulée lorsqu’il était député régional. La justice électorale a pourtant précisé que cette société n’avait jamais fourni ni les urnes électroniques ni les logiciels pour les élections brésiliennes.
Crise à la Cour suprême
Le 7 septembre 2026n Flávio a suivi les recommandations de ses avocats et n’a pas attaqué directement le système électoral. Il a néanmoins affirmé que la condamnation de son père était le fruit d’une persécution politique, a qualifié le 8 janvier 2023 de « farce » et a mis en garde, sans citer de source, contre une éventuelle « ingérence » dans les élections. Il n’a pas repris mot pour mot le discours de Jair, mais l’a reformulé afin de pouvoir le prononcer sans défendre ouvertement la rupture avec le système politique brésilien.
Le rassemblement bolsonariste du 7 septembre s’est déroulé alors que les sondages laissaient déjà présager une élection serrée. Ce jour-là, le sondage réalisé par l’institut Quaest indiquait une égalité technique dans un éventuel second tour entre Lula (42 %) et Flávio Bolsonaro (41 %). Dans le même temps, la Cour suprême fédérale traversait une crise interne sans précédent.
André Mendonça, ministre désigné par Jair Bolsonaro, a rendu public un rapport de la Police fédérale qui soulève des soupçons quant aux contacts entre Alexandre de Moraes – figure clé dans les procédures engagées contre l’ancien président Jair Bolsonaro – et Daniel Vorcaro, un banquier accusé d’avoir dirigé un réseau de fraude s’élevant à plusieurs milliards. Moraes a réagi en demandant qu’une enquête soit ouverte sur Mendonça pour abus d’autorité.
Flávio a profité de la crise pour annoncer que, s’il était élu, il nommerait cinq des onze magistrats de la Cour suprême. Quatre de ces nominations pourraient résulter d’un poste vacant existant et des départs à la retraite prévus au cours du prochain mandat. Le cinquième poste vacant dépendait de la destitution d’Alexandre de Moraes, dont Flávio défend la procédure de destitution. Alors que la Cour suprême avait joué le rôle de principal frein juridique face aux attaques du bolsonarisme contre les élections et les institutions, Flávio propose d’en modifier la composition de l’intérieur. Ses cinq candidats, ajoutés aux deux magistrats élus par son père, pourraient occuper sept des onze sièges, ce qui bouleverserait profondément l’équilibre de la Cour qui a condamné son père et a en partie contenu l’offensive institutionnelle bolsonariste.
L’action menée le 7 septembre par Flávio révèle ce qui le distingue de son père et de ses frères. Non seulement il maîtrise mieux le langage, mais il sait aussi négocier et faire marche arrière quand cela l’arrange. Plus important encore, au lieu d’attaquer directement les institutions, il présente ses positions comme des propositions de réforme législative.
Une nouvelle phase du bolsonarisme
La méfiance envers les urnes se transforme en un plaidoyer pour une plus grande transparence, tandis que le bras de fer avec la Cour suprême prend la forme de nominations ministérielles et d’une demande de destitution de certains membres de la Cour. Flávio n’abandonne pas la confrontation, mais cherche à la mener par le biais de mécanismes juridiques capables de transformer les institutions de l’intérieur. Le fond reste le même, même s’il est désormais présenté de manière plus prudente d’un point de vue juridique.
Ce changement de forme n’enlève rien au rôle de Jair Bolsonaro. Flávio a été choisi par son père, il présente sa candidature comme la poursuite du projet familial et dépend de lui pour conserver la loyauté du mouvement bolsonariste. L’une des principales promesses de Flávio est précisément d’utiliser la présidence pour obtenir la libération et la réhabilitation politique de son père. Ainsi, le choix de Flávio comme candidat révèle une nouvelle phase du bolsonarisme.
Après la défaite, les événements du 8 janvier 2023 et la condamnation de son principal dirigeant, le mouvement n’a pas rompu avec le passé ni cédé sa représentation à une personne extérieure à la famille. Il a choisi le fils le plus à même d’allier continuité idéologique et prudence juridique. Flávio se présente comme la tentative de rendre le bolsonarisme à nouveau possible et de faire en sorte que son père soit acquitté de ses crimes.
