Des salaires sous le Smic : la fonction publique en grève le 29 septembre

Rapports de force –Travail

Alors que les salaires des agents de la fonction publique stagnent et sont rattrapés par l’inflation, huit syndicats appellent à la grève mardi 29 septembre. Pour l’instant, le gouvernement reste sourd aux revendications. Décryptage.

par Guillaume Bernard

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« Combien sont payés les pompiers en début de carrière ? 1800 euros brut. Combien est payé une infirmière ? 1900 euros brut », soulignait Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, lors d’un débat avec le ministre du Travail et un représentant du patronat à la fête de l’Humanité le 12 septembre dernier. Et on pourrait ajouter : À combien est le Smic brut mensuel ? 1867 euros. Ainsi, nombre de fonctionnaires sont payés en-dessous du Smic ou à peine le Smic.

Au 1er juin 2026, 862 000 agents de la fonction publique, soit 3 agents publics sur 20, ont vu leur rémunération indiciaire passer sous le Smic. Cette anomalie s’explique par la non-revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, une unité commune qui sert au calcul de leurs rémunérations. Alors que le Smic, indexé sur l’inflation, augmente régulièrement, l’augmentation des salaires des fonctionnaires ne se fait qu’avec l’accord de l’État. Ce fonctionnement a peu à peu fait plonger les premiers niveaux de rémunération des agents publics (catégorie C) sous le Smic.

Grève et manifestations

Pour éviter de se retrouver dans l’illégalité, l’État verse une « indemnité différentielle », qui compense cet écart, aux agents concernés. Ça ne change rien au fait que les grilles de rémunération des fonctionnaires décollent de plus en plus difficilement du salaire minimum.

C’est l’une des raisons principales qui a poussé à l’organisation d’une journée nationale de grève à l’appel d’une large intersyndicale de la fonction publique (CFDT, CGT, FO, Unsa, Solidaires, FA-FP, CFE-CGC et FSU) ce mardi 29 septembre. Plus de 150 manifestations sont prévues à travers la France.

À Paris, elles seront rejointes par les pompiers déjà rassemblés dans la capitale depuis dimanche 27 septembre pour obtenir des moyens après les graves incendies de l’été.

Des primes « opaques, aléatoires, discriminantes »

Alors qu’il augmentait presque tous les ans au début des années 2000, le point d’indice des fonctionnaires n’a été revalorisé que quatre fois depuis 2010. Les dernières revalorisations datent de 2022 et 2023, et étaient respectivement de seulement 3,5% et de 1,5%, dans un contexte d’inflation. Résultat : entre 2009 et 2023, le salaire net moyen dans la fonction publique a diminué de 0,6 % en euros constants, corrigé de l’inflation.

En parallèle, la part des primes dans la rémunération des fonctionnaires a fortement augmenté depuis les années 1980, pour représenter aujourd’hui environ un quart de leur salaire brut, en moyenne.

« Or les primes sont opaques, aléatoires, discriminantes, variables selon les employeurs et les filières, et creusent les écarts entre femmes et hommes », estime la CGT. De plus, seule une petite part de leur montant est comptabilisée dans le calcul de la pension de retraite des fonctionnaires.

Enfin, ces primes correspondent souvent à des missions en plus ou des contraintes, et donc à du travail supplémentaire, à l’image du « pacte enseignant » ou des indemnités d’« éducation prioritaire » dans l’Éducation nationale. Il ne s’agit donc pas forcément d’augmentation de salaire à travail constant.

Sourd à la revendication sur les rémunérations, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déjà annoncé le maintien du gel du point d’indice pour 2027. Cette année blanche permettrait d’économiser deux milliards d’euros de dépenses publiques selon Matignon. Mais avec une augmentation, les recettes publiques augmenteraient, « entre 1,2 et 1,4 milliards d’euros », chiffrait la CGT en avril, par le biais des cotisations salariales et de l’impôt sur le revenu.

Réduire le nombre de fonctionnaires ?

Alors que le Premier ministre a annoncé viser 54 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques pour le budget 2027, il se pourrait bien que son idée soit de réduire le nombre de fonctionnaire plutôt que d’augmenter leur rémunération.

Une note de la Cour des comptes publiée el 21 septembre pourrait donner des idées en ce sens au gouvernement. Parmi les pistes qui y sont avancées : le non-remplacement d’un agent public sur deux partant à la retraite, sauf dans les secteurs où des créations de postes sont envisagées (justice, sécurité intérieure, armées, recherche). Cela pourrait permettre d’économiser 18,2 milliards d’euros à l’horizon 2032, chiffre la Court des comptes. Autre mesure proposée par ce rapport : limiter les revalorisations salariales et ralentir le rythme des promotions des fonctionnaires.

Comme l’année précédente, Sébastien Lecornu semble compter davantage sur de nouvelles économies que sur de nouvelles recettes pour bâtir son budget. Pour l’heure, il n’est pas question de mieux flécher les aides aux entreprises, notamment celles prodiguées via les exonérations de cotisations sociales, qui coûtent à l’État près de 80 milliards d’euros. Il reste encore un peu de temps au gouvernement pour y réfléchir puisque le Premier ministre devrait présenter son budget le 30 septembre, le lendemain de la manifestation des fonctionnaires.