Des infirmières de cancérologie reconnues malades d’avoir soigné

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Une ex-soignante de cancérologie de Rennes vient d’obtenir la reconnaissance de son cancer comme maladie professionnelle. Elle avait été exposée à des substances toxiques dans son travail. Cela faisait six ans qu’elle se battait.

par Nolwenn Weiler

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Il y a bien « un lien direct et essentiel » entre le cancer du côlon de Renée Gauthier-Bertinet et son travail d’infirmière en cancérologie. Le comité régional de reconnaissance en maladie professionnelle de Normandie a reconnu fin décembre son cancer du côlon en maladie professionnelle. C’est la manipulation régulière d’aiguilles de radium et de radio-isotopes sans protection, entre 1970 et 1980, qui a été mise en cause.

Aujourd’hui âgée de 84 ans, Renée expliquait à Basta! il y a quelques années que « pour soigner les cancers du col de l’utérus, les médecins introduisaient dans le vagin des femmes un colpo [un petit tube, ndlr] dans lequel on avait planté des aiguilles de radium. Quand je préparais les colpo, le médecin me disait toujours de me dépêcher, à cause des effets du radium. Je me doutais bien, du coup, que c’était dangereux. Mais il ne me disait pas pourquoi. »

Renée est la troisième membre du personnel de santé du centre de cancérologie rennais Eugène-Marquis à être reconnue comme atteinte d’une maladie professionnelle en raison de son exposition aux produits utilisés pour soigner les cancers : rayonnements ionisants mais aussi chimiothérapies. D’autres soignantes sont concernées ailleurs en France, comme Basta! l’a documenté dans une enquête dès février 2021.

Le personnel hospitalier qui manipule les substances de chimiothérapie « a trois fois plus de risque de développer une maladie maligne et les infirmières exposées ont deux fois plus de risque de faire une fausse-couche », résume une note de l’Institut syndical européen (Etui).

« Il y a vraiment de nombreux éléments qui montrent la dangerosité de ces produits, insiste Tony Musu, docteur en chimie, chercheur à l’Etui et corédacteur de cette note. Nous avons 30 ans de littérature sur le sujet. Le problème, c’est que les cancers peuvent mettre des décennies à émerger. Cette très longue période de latence rend ces maladies invisibles. » La longue ignorance du personnel, et le manque de protection aggravent la situation.

La victoire de Renée intervient après plus de six années de lutte. Sa première demande de reconnaissance en maladie professionnelle avait été déposée en 2019. Refusée en 2021, puis en 2023, sa demande est passée par le tribunal avant d’obtenir satisfaction.

Pour le collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, qui accompagne ces soignantes depuis plusieurs années, « la victoire de Renée est un signe d’espoir pour Marie-Pierre Senechal [infirmière décédée en novembre 2020, ndlr] qui initia ce combat et dont nous attendons aussi avec impatience la reconnaissance ».

Rencontrée par Basta! peu avant son décès, Marie-Pierre disait avoir établi une liste recensant 25 malades du cancer qui avaient travaillé au centre Eugène-Marquis de Rennes dans les années 1970, 1980, 1990, et qui ont été touchées par des cancers au niveau des seins, des ovaires, du colon, des poumons et du cerveau. Près de la moitié de ces personnes étaient alors décédées.