Pour le climat et des vacances à prix abordables, il faut « changer la stratégie touristique de la France »

ÉcologieClimat

La France accueille toujours de plus de touristes qui viennent, par avion, de très loin. Le gouvernement s’en félicite, l’association Réseau action climat le déplore. Pour lutter contre le réchauffement, il faut changer le tourisme, plaide-t-elle.

par Rachel Knaebel

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Il y a toujours plus d’avions qui atterrissent en France. Et le ministre du tourisme Serge Papin s’en est réjoui lundi 15 septembre, à l’heure de faire le bilan de l’été. « Les arrivées aériennes internationales progressent encore cet été, notamment grâce à la clientèle long-courriers », a-t-il mis en avant. La France a ainsi vu arriver cet été encore plus de vols en provenance du Mexique, du Canada, de Chine, du Japon et des Etats-Unis. Dans le même temps, en France, 84% des habitants sont restés dans le pays pour leur vacances, faisant face aux canicules historiques et répétées et aux incendies de forêts dévastateurs.

Alors même que les étés deviennent infernaux, le gouvernement continue de vanter l’augmentation du tourisme international, qui « booste le trafic aérien et alimente directement le réchauffement climatique », dénonce le Réseau action climat dans un rapport sorti la semaine dernière sur l’« impasse de la stratégie touristique française ».

« Au moins les deux-tiers des émissions de gaz à effet de serre du secteur aérien, qui continuent d’augmenter, sont liés aux vols touristiques », rappelle Alexis Chailloux, responsable Transports au Réseau action climat. La croissance de trafic aérien est portée par les vols touristiques, notamment le low cost », qui représente 45 % du trafic en France hexagonale en 2025, contre 35 % en 2019. « Si on continue à encourager le tourisme aérien, ce secteur ne baissera a priori jamais ses émissions », pointe le responsable.

Le Réseau action climat appelle donc à changer de cap. « Aujourd’hui, la stratégie touristique de la France est d’aller chercher des gens qui viennent de loin. Nous, nous préconisons de concentrer plutôt les efforts sur les clientèles françaises et européennes », résume Alexis Chailloux. Celles-ci arrivent plus par le train et la route.

Une stratégie perdante pour des vacances à des prix abordables

Le rapport du Réseau action climat documente un phénomène concomitant à l’essor du tourisme extra-européen en France : à force de miser sur des touristes internationaux fortunés, le secteur touristique a opéré une montée en gamme pour essayer de bien les accueillir. Conséquence : l’offre est de plus en plus chère, au détriment des touristes domestiques.

« En France, aujourd’hui, les gens vont soit ne pas partir en vacances, soit partir moins longtemps ou alors partir à l’étranger, parce que cela devient comparativement moins cher que la France », explique Alexis Chailloux. Développer le tourisme extra-européen est donc une stratégie « gagnante pour le groupe Accor, pour le Louvre et pour les restaurateurs étoilés, mais perdante pour les résidents français qui voudraient partir en vacances à des prix abordables. »

La tendance peut être inversée. L’ONG climatique propose une série de mesures pour y parvenir. Elle veut un moratoire sur les extensions d’aéroports, comme celles en cours à Paris-Roissy, Beauvais ou Nice ; stopper les subventions publiques aux aéroports et aux compagnies aériennes low cost ; une hausse de la taxe sur les billets d’avion vers l’international pour compenser l’exonération de TVA et de taxe sur le kérosène du secteur aérien, et une taxe sur les nuitées en croisières touristiques ; ou encore renforcer les liaisons ferroviaires vers l’Europe, de jour comme de nuit, au lieu de les abandonner comme c’est le cas du Paris-Vienne et du Paris-Berlin.

En outre, le Réseau action climat appelle à mettre en place un nouvel indicateur : l’empreinte carbone par euro dépensé dans le secteur touristique. « Le seul indicateur utilisé aujourd’hui par le gouvernement pour mesurer l’impact du tourisme, ce sont les retombées économiques par nationalité, les euros dépensés. Si vous ne regardez que ça, effectivement vous irez chercher des riches Chinois et des riches Américains. En revanche, si vous rapportez ces retombées-là aux tonnes de CO2 émises, à l’impact sur le climat, alors, la hiérarchie s’inverse complètement. Il vaut mieux aller chercher les résidents régionaux, nationaux et des pays voisins. Bien sûr, on ne va pas arrêter les gens à l’aéroport, mais on peut arrêter de dépenser de l’argent public pour attirer des touristes qui viennent de très loin. »

Un aller-retour en train subventionné par an

Enfin, l’association veut ressusciter une mesure du Front populaire : un billet de train de « congé annuel ». Le dispositif avait été créé en 1936 au moment des premiers congés payés. Le tarif donnait droit à une réduction de 40 % sur un aller-retour en train, une fois par an, pour tous les résidents français.

Ça existe toujours, mais le dispositif actuel ne fait bénéficier que d’une réduction de 25% sur le tarif le plus élevé d’un trajet. Et le parcours pour l’obtenir peut décourager même les plus vaillants. « Il faut imprimer un formulaire papier, le faire signer par son employeur ou réaliser une attestation sur l’honneur, soumettre ce formulaire à un chatbot, puis réserver par téléphone son billet », détaille Alexis Chailloux. Conséquence : seulement 24 000 personnes en ont bénéficié en 2025, sur 69 millions d’habitants…

La proposition de l’ONG serait beaucoup plus simple : un code promo de 49 euros à utiliser sur SNCF connect, une fois par an, pour un aller-retour. La mesure coûterait 2 milliards d’euros d’argent public. « Ce n’est certes pas négligeable pour les finances publiques. On peut discuter du prix en fonction des contraintes budgétaires, signale le responsable. Mais l’idée, c’est d’avoir un montant fixe qui permet de la lisibilité et une facilité d’utilisation. » Et cette offre vaudrait pour tout le monde, sans condition de revenu, « comme les congés payés ».