Il défilait avec La Manif pour tous (LMPT) en 2013 contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe. Un an plus tard, ce maire UMP d’Oullins, en région Auvergne-Rhône-Alpes, faisait partie des 1000 personnalités politiques, dont une majorité d’élus d’extrême droite, qui signaient la charte proposée par La Manif pour tous. À travers elle, il s’engageait, entre autres, à « préserver l’enfant de toute expérimentation basée sur les concepts de genre, diffusée sous couvert de lutte contre les stéréotypes et pour l’égalité homme/femme » ; à « abroger la loi Mariage et adoption pour tous sans rétroactivité pour préserver et restaurer la filiation père-mère-enfant » ; et à « refuser la marchandisation du corps, en particulier via l’ouverture de la PMA [procréation médicalement assistée] aux couples de femmes et aux célibataires »...
Il votait, en 2021, contre l’extension de cette même PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. En 2024, il s’abstenait lors du vote pour la constitutionnalisation du droit à l’avortement. Longtemps chargé du dossier de l’immigration à l’UMP, il a défendu le durcissement des politiques contre les étrangers, fustigeant une « incapacité à maîtriser nos frontières » ; il a promu l’affaiblissement de l’AME (aide médicale d’État) pour les sans-papiers ; une restriction de l’accueil des « gens du voyage » ; et s’est opposé à plusieurs évolutions concernant les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap).
Un CV à rebours du poste
Ce CV d’un anti-droits multirécidiviste est celui du sénateur Les Républicains (LR) François-Noël Buffet, proposé par Emmanuel Macron pour le poste de… Défenseur des droits, en remplacement de Claire Hédon, dont le mandat a pris fin ce 20 juillet. Fort de ses nombreux soutiens de la droite et du centre, il vient officiellement d’être nommé à ce poste, ce 21 juillet, après sa deuxième audition, en commission des lois du Sénat où la droite est majoritaire (une majorité des trois cinquièmes était requise pour sa révocation). Dans le détail, la commission des lois du Sénat s’est prononcée pour à 17 voix contre 12 et 1 bulletin blanc ou nul. De son côté, l’Assemblée nationale a été plus mitigée, avec 26 voix pour, 27 contre et 6 bulletins blancs ou nuls.
Partout ailleurs, un CV si éloigné de la fiche de poste aurait été mis à la poubelle. En tant qu’autorité administrative indépendante, le Défenseur des droits a deux missions : défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés et permettre l’égalité de toustes. Parmi ses prérogatives figure notamment la lutte contre les discriminations – par exemple à l’égard d’un couple de femmes à qui l’on refuse la location d’un appartement, est-il précisé sur le site de l’institution. Des positions que l’on voit mal François-Noël Buffet, au regard de son parcours et positionnement, incarner.
Dénonçant « un pied de nez à la société civile » et « un recul pour la démocratie », près de 70 associations et syndicats, parmi lesquels le Planning familial, SOS Homophobie, la Cimade ou l’Association France handicap ont lancé une pétition, déjà signée par plus de 150 000 personnes ce 21 juillet. Augurant, selon elles, d’un « dévoiement de l’institution », elles appelaient le président de la République à renoncer à cette nomination d’un candidat qui ne correspond à « aucun des critères ».
Un repentir très tardif
Lors de sa première audition par la commission des lois de l’Assemblée nationale, le sénateur LR a eu bien du mal à défendre son profil, répétant inlassablement qu’il veillerait « au respect du droit applicable », avec un argumentaire digne de Chat GPT. À propos du mariage pour tous, il assure avoir « évolué » : « C’était une conviction, un doute que j’avais à cette époque-là, sur les conséquences et pas sur le principe », s’est-il défendu. Sur l’extension de la PMA, il répète désormais qu’« il n’y a pas de difficulté dans l’exercice de ce droit qui doit être appliqué ». Quant à la constitutionnalisation de l’IVG : il assure qu’il s’opposera « à une remise en cause de ce droit ». « Il n’y a pas l’ombre d’un petit doute… », a-t-il même tenu à ajouter. Peu importe qu’il soit aujourd’hui le seul à en être persuadé.
François-Noël Buffet ne sera pas le premier « Défenseur des droites ». Le très chiraquien Jacques Toubon, pourtant critiqué pour s’être opposé à l’époque à la dépénalisation de l’homosexualité et à l’abolition de la peine de mort, a occupé cette fonction avant lui. Multipliant les actions pour l’accueil des migrants ou encore contre les violences policières, Jacques Toubon avait finalement su convaincre. Sa nomination, sous François Hollande, s’inscrivait cependant dans un contexte politique différent – l’essence de la fonction étant aujourd’hui menacée par l’ascension fulgurante de l’extrême droite et de ses idées.
Un nouveau cadeau à la droite conservatrice
Dans un tel contexte, ce choix pour un mandat de six ans irrévocable, pour une des rares institutions veillant à l’égalité de toustes devant la loi et à la lutte contre les discriminations, est un très mauvais signal, tant pour les droits humains que pour la démocratie. Après la nomination de Bruno Retailleau comme ministre de l’Intérieur, de Patrick Hetzel à l’Enseignement supérieur, d’Annie Genevard à l’Agriculture, ou encore de Catherine Vautrin au Travail, Emmanuel Macron fait un nouveau cadeau à la droite conservatrice pro-LMPT.
Fruit de tractations avec Les Républicains du Sénat, cette nomination serait, selon Les Échos, une contrepartie au recyclage de l’ex-secrétaire général de l’Élysée Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France. Une preuve de plus de la dérive très droitière du chef de l’État, et du peu d’égards qu’il accorde aux droits des minorités.
Ce choix illustre aussi l’influence politique d’un mouvement conservateur, anti-droits et anti-genre qui ne cesse de croître, comme l’ont récemment mis en avant le Conseil économique social et environnemental (Cese) et Amnesty International. Et dont l’un des représentants français vient donc d’être érigé en garant de l’égalité, alors que SOS Homophobie alertait, en mai dernier, sur une banalisation des discours de haine anti-LGBT+, et que la France vient de légaliser un « permis de tuer » pour les policiers.
