La mer et les océans, symboles de la crise climatique et de l’inaction politique

Débats

par Emma Bougerol

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Une nouvelle alerte scientifique montre la fragilité du principal courant marin qui traverse l’Atlantique (l’Amoc, pour circulation méridienne de retournement de l’Atlantique). Venant de l’équateur avec son climat plus tropical, il permet d’adoucir le climat européen et limite les sécheresses au Sahel. Du fait du réchauffement climatique, cette circulation océanique pourrait s’affaiblir considérablement d’ici 2100 et bouleverser le climat européen et nord-africain. Mais inutile d’attendre la fin du siècle pour constater les effets très concrets que produisent pollutions et réchauffement sur les mer et les littoraux, que décrivent plusieurs médias indépendants internationaux.

Dans le petit port de Ksibet Mediouni, en Tunisie « la baie était l’une des plus belles » du pays, soupire un pêcheur auprès du média tunisien *Inkyfada*. Aujourd’hui, des nappes auburn s’y étendent sur plusieurs kilomètres. Car « chaque année, des milliers de poissons morts sont rejetés sur le rivage ».

« Le niveau des mers monte rapidement »

Le média tunisien décrit la « convergence de facteurs aggravants » à l’origine de cette catastrophe : le réchauffement climatique, la présence d’industries « voraces en eau » et l’intervention humaine sur le littoral favorisent cette marée rouge qui transforme la mer « en un milieu saturé où la décomposition de la matière organique absorbe l’oxygène restant, neutralisant toute possibilité de vie marine régénératrice ». Ce phénomène empoisonne l’écosystème marin, mais aussi les personnes qui vivent à proximité.

« Il y a des moments dans l’histoire où une crise longtemps considérée comme lointaine se révèle intime, immédiate et profondément humaine. L’élévation du niveau de la mer est l’un de ces moments », rappelle quant à elle la diplomate costaricaine Christiana Figueres dans les colonnes du *Guardian*. Là encore, l’impact du changement climatique sur nos océans touche la planète entière, y compris sur la terre ferme.

L’ancienne responsable de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques souligne : « Ceux qui subissent les conséquences les plus précoces et les plus graves de ces bouleversements sont, dans leur grande majorité, ceux qui ont le moins contribué à les provoquer. Aujourd’hui, le niveau des mers monte rapidement dans un monde déjà marqué par les inégalités, le colonialisme et l’exclusion économique », insiste la femme sud-américaine.

Un coût que le monde entier devra payer

L’action humaine sur les mers empire cette situation. En Tunisie, le média *Blue TN* tente d’évaluer l’impact de la pêche industrielle sur les écosystèmes au large des côtes du pays. « Le long des côtes tunisiennes, la pêche a changé, non seulement dans ses méthodes, mais aussi dans ses motivations. Les filets maillants ne font plus de distinction. Les chalutiers raclent les fonds marins au mépris de la loi. »

Le site indépendant tunisien conclut dans son enquête : « Les chiffres témoignent d’une pression croissante. Les pêcheurs évoquent la pénurie. Les scientifiques parlent d’effondrement. Entre les deux se trouve un système où la survie économique et la survie écologique s’opposent de plus en plus. »

*Mongabay* appelle à l’action pour protéger les océans : « Alors que l’objectif mondial est de protéger 30 % des océans d’ici 2030, les experts soulignent que les efforts doivent s’intensifier considérablement : pour atteindre cet objectif, il faudra protéger, d’ici quatre ans, une superficie équivalente à celle de l’océan Indien. » Sans action politique, accepter de déséquilibrer, décimer, détruire ces écosystèmes marins au nom du profit aura, en bout de course, un coût que le monde entier devra payer.