« Mobilisons-nous pour que les printemps cessent d’être silencieux »

Débats

La mobilisation s’amplifie face à l’utilisation massive de pesticides de synthèse. En vue de la journée mondiale de la santé le 4 avril, de nombreuses organisations préparent une marche pour un printemps bruyant à Paris. Voici leur appel.

par collectif

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Les printemps se font silencieux.

Les oiseaux disparaissent, les abeilles et les insectes pollinisateurs meurent par milliards, les fleurs sauvages se font plus rares, et c’est notre survie qui est en jeu. Les pesticides contaminent tous les milieux, l’eau, l’air, la terre, ils provoquent l’effondrement de la biodiversité, ils ont des impacts catastrophiques et généralisés sur la santé humaine.

L’abandon des pesticides de synthèse est une nécessité vitale.

Les rapports de l’INSERM sont clairs : les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes, chez des adultes de plus en plus jeunes, mais aussi chez les enfants, alors que le discours dominant se focalise sur la responsabilité de l’alcool et du tabac.

L’évaluation des pesticides au sein de l’union Européenne et des États membres, est scandaleusement faussée car elle ne prend en compte ni la totalité des coformulants ni les effets cocktail et ne s’appuie pas sur la recherche scientifique actuelle. Le principe de précaution inscrit dans la charte de l’environnement et adossé à notre constitution exige une transformation complète des politiques publiques en matière de santé environnementale et de protection de la biodiversité.

Les firmes productrices de pesticides et leurs lobbyistes nous mentent.

Non, les pesticides ne sont pas indispensables pour nourrir l’humanité. La faim dans le monde est due aux inégalités socio-économiques historiques mondiales, ce n’est pas un problème de quantité. La production alimentaire mondiale est près de 1,5 fois supérieure aux besoins alimentaires des 8 milliards d’êtres humains et c’est 30% de la production agricole mondiale qui est perdue ou gaspillée. De plus, les scientifiques proposent des pistes de sortie des pesticides de synthèse qui sont largement ignorées par le gouvernement.

La souveraineté alimentaire doit passer avant la défense des intérêts des géants de l’agro-industrie.

La souveraineté alimentaire a été définie par le mouvement international La Via Campesina, comme « le droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite par des méthodes écologiquement saines et durables, et leur droit de définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles  ». En France, la souveraineté alimentaire devrait être protégée par la Loi Egalim qui n’a pas du tout été appliquée à la hauteur de l’enjeu.

Toutes les filières peuvent produire sans pesticides de synthèse.

Les rendements​​​​​​​ parfois plus faibles en agriculture biologique ne peuvent être invoqués compte tenu de la surproduction actuelle. Des alternatives offrent la possibilité aux producteurs et aux productrices d’être autonomes et souvent de réduire leur coût de production. Elles doivent être reconnues. Nos savoir-faire rendent injustifiable l’empoisonnement des sols, de l’eau, de l’air, de l’ensemble de la population mondiale et de tout le vivant, sous le supposé prétexte de nous nourrir.

L’État est coupable.

La cour d’appel de Paris a condamné l’État français le 3 septembre 2025 pour sa responsabilité dans l’effondrement de la biodiversité et pour son inaction. Malgré cela, l’État français, irresponsable, permet la réintroduction de pesticides dangereux comme les néonicotinoïdes avec les lois Duplomb et les lois d’orientation agricole, tandis que les cancers, les pathologies chroniques et auto-immunes explosent sur nous comme sur nos enfants. La France reste muette face à la dérégulation dramatique de la protection environnementale proposée par la Commission Européenne via l’Omnibus « sécurité alimentaire ».

Les associations et les collectifs organisateurs de la Marche exigent une sortie des pesticides de synthèse.

Celle-ci ne pourra s’élaborer que dans le cadre d’une réorientation des pratiques agricoles en concertation avec les professionnel.les de l’agriculture, de l’alimentation, les organisations de protection de l’environnement, les citoyen.nes, les élu.es, et la recherche scientifique. Elle impose une réforme profonde de la politique agricole commune (PAC) pour soutenir financièrement cette transition.

D’ailleurs, le rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan récemment paru, même s’il minimise certains problèmes (aux dires même des signataires dans les conclusions du rapport), contient des recommandations essentielles pour soutenir l’agriculture biologique, protéger les produits agricoles européens de la concurrence déloyale, protéger la ressource en eau avec l’interdiction complète des pesticides dans les aires de protection des captages et protéger la santé des agricultrices et des agriculteurs.

L’agriculture biologique et paysanne repose aussi sur des principes de justice, de coopération, et de solidarité entre les peuples.

Elle exige la sortie du colonialisme chimique et donc l’interdiction de la production et de l’exportation honteuse vers le reste du monde, notamment le Sud global, des molécules jugées trop dangereuses et interdites dans l’Union Européenne. Les gouvernements européens, la Commission européenne, toutes les agences et institutions doivent cesser de louvoyer et prendre leurs responsabilités car de nombreux points de non-retour sont en passe d’être franchis. Il en va de la possibilité même de vie sur Terre.

À l’occasion de la journée mondiale de la santé, mobilisons-nous pour que les printemps cessent d’être silencieux.

Rendez-vous à Paris, au métro Grands Boulevards, à 14h, le samedi 4 avril 2026 pour la Marche Printemps Bruyant.

Exigeons la planification dès maintenant de l’arrêt de la production et de l’usage des pesticides de synthèse.

Exigeons un accompagnement des agricultrices et agriculteurs pour leur permettre d’arrêter l’usage de ces pesticides de synthèse.

Exigeons justice et réparation pour les victimes des pesticides, en métropole et dans les Outre-mer, notamment du chlordécone.

Exigeons une conférence citoyenne pour élaborer un projet permettant de nourrir sans détruire, conciliant production, conditions de travail décentes, santé et respect de l’environnement.

 La liste des organisations signataires est à retrouver sur le site d’Extinction Rebellion

 le lien pour pouvoir signer l’appel