Cliquez sur les intertitres ci-dessous pour en savoir plus.
– Une taxe Zucman sur les patrimoines : 15 à 25 milliards d’euros par an
– Le retour de l’impôt sur la fortune : 10 à 20 milliards
– Taxer les héritages : 10 à 20 milliards
– Annuler une partie de la dette publique
– « Remettre de l’ordre dans les comptes publics » : 106 milliards
– Des investissements dans l’éducation : 5 milliards par an et des profs mieux payés
– Protéger les ménages les plus exposés à la hausse du prix des carburants
– Un plan de lutte pour la santé environnementale
Une taxe Zucman sur les patrimoines : 15 à 25 milliards d’euros par an
« Au lieu de faire payer aux milliardaires leur juste contribution, le gouvernement a choisi de s’en prendre d’abord aux retraités. » C’est ainsi que l’économiste Gabriel Zucman résumait le projet de loi de finances déposé par le gouvernement début octobre, dont la partie "recettes" doit être votée mardi 3 novembre à l’Assemblée nationale. « Vous êtes prêt à tout dérembourser avant de demander ne serait-ce qu’un centime aux milliardaires français », ajoutait-il à l’adresse du Premier ministre.
Gabriel Zucman demande depuis des années un impôt plancher de 2 % par an sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Mais, encore une fois, le budget d’austérité de Sébastien Lecornu n’a rien prévu de tel. Il vise plutôt 54 milliards d’euros de réduction des déficits publics à coups de rabot sur les dépenses de santé et les prestations sociales, ainsi qu’une réduction de plus de 1500 postes d’enseignants.
Mais en face, les propositions alternatives ne manquent pas. Le 15 octobre, Attac a publié un « plan d’urgence » pour récupérer 100 milliards d’euros afin de financer les urgences sociales et écologiques. Une des mesures demandées serait… de mettre en place la taxe Zucman. « Les ultrariches paient proportionnellement moins d’impôt que le reste de la population. Selon les travaux de l’économiste Gabriel Zucman, la population française paie en moyenne environ 50 % de ses revenus en impôts et cotisations sociales, contre 27 % pour les milliardaires, pointe Attac. La mise en œuvre d’un impôt plancher sur la fortune répond à cette anomalie et constitue une garantie d’imposition minimale des ultrariches au plan national. » La taxe Zucman rapporterait entre 15 à 25 milliards d’euros par an, souligne Attac.
Le retour de l’impôt sur la fortune : 10 à 20 milliards
Attac demande aussi le retour de l’impôt sur la fortune (ISF). « Rénové » et « progressif », il concernerait l’ensemble du patrimoine : « actifs financiers, yachts et autres possessions mobilières, fortune immobilière »... Il serait complémentaire de la taxe Zucman, et rapporterait 10 à 20 milliards d’euros par an aux caisses de l’État.
Les Écologistes aussi demandent le retour de l’ISF dans leur projet de budget alternatif. Pour les Verts, le seuil à parti duquel les contribuables devraient payer cet impôt serait de 1,3 milliard d’euros de patrimoine. Et l’ISF contiendrait un « volet climatique modulant le barème selon l’empreinte carbone des investissements ». De même, le contre-budget de La France insoumise (LFI) veut « le rétablissement d’un impôt sur la fortune renforcé, évalué à 10 milliards » d’euros de recettes.
Taxer les héritages : 10 à 20 milliards
Il faut « mieux imposer les super-héritages », réclame Attac. Pour l’association, cela pourrait rapporter 15 milliards d’euros par an. « Les milliardaires, qui ont acquis une mainmise sans précédent sur l’économie et la société, souhaitent désormais transmettre leur fortune en payant le moins d’impôt possible. Il est urgent de réformer les droits de donation et de succession et mieux imposer les super-héritages », revendique Attac.
Les Écologistes soulèvent aussi le fait que « plus de 9000 milliards d’euros d’héritages vont changer de mains d’ici 2040. Une contribution exceptionnelle sur les héritages supérieurs à 4 millions d’euros permettra de financer 10 milliards d’euros de transition écologique dès 2027 », plaide le parti. Cet argent pourrait être destiné au transport ferroviaire, à la rénovation thermique, aux services des pompiers, à la biodiversité. Chez LFI, le contre-budget prévoit également une réforme des droits de succession, « pour 20 milliards d’euros de recettes supplémentaires la première année ».
Annuler une partie de la dette publique
La dette publique de la France atteint près de 120 % du produit intérieur brut (PIB), du jamais-vu depuis 1946. À titre de comparaison, la dette publique s’élevait, en France, à 14,5 % du PIB en 1974 et 40 % en 1992. En Allemagne, elle représente actuellement 63 % du PIB, soit près de deux fois moins, et 44 % aux Pays-Bas, 35 % en Suède, mais 100 % en Espagne et 137 % en Italie.
Face à cette situation, LFI veut annuler une partie de la dette publique française – une proposition largement médiatisée. Son contre-budget envisage de « négocier le gel ou l’annulation de la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne et la Banque de France dans le cadre des programmes de rachats d’actifs ». L’enjeu est décisif : « Comment continuer à financer les besoins collectifs sans laisser la politique budgétaire être dictée par la pression des marchés financiers ? » résume LFI. « Dans le cadre d’une négociation avec les partenaires européens, le gel ou l’annulation de ces créances pourrait devenir un levier pour redonner des marges de manœuvre budgétaires aux États et financer les investissements indispensables », défend le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
« Remettre de l’ordre dans les comptes publics » : 106 milliards
Mais à gauche, que ce soit chez LFI ou chez les Verts, on note aussi le besoin de ne pas laisser dériver les comptes publics. Dix ans de macronisme ont « distribué l’argent aux mauvais endroits » et « laissé filer la dette », accusent Les Écologistes. « Les comptes publics sont mal en point, personne ne peut le nier. »
La flambée de la dette publique et du déficit public « engage l’ensemble de la société et les générations qui viennent », résume le contre-budget des Verts, qui dénoncent les baisses d’impôts décidées depuis 2018 et qui représentent 62 milliards de recettes en moins. Ces « cadeaux fiscaux » ont été « payés à crédit », disent Les Écologistes. Leur analyse : « L’État s’est asséché de lui-même, puis s’est endetté pour continuer à fonctionner et le gouvernement voudrait aujourd’hui en présenter la facture aux services publics et aux classes populaires. »
Alors, il faut « remettre de l’ordre dans les comptes publics », plaide LFI. Comment ? Le mouvement prévoit 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires en 2027 dans son contre-budget. Parmi les mesures annoncées, en plus de l’ISF, de l’impôt sur les successions et de la taxe Zucamn sur les hauts patrimoines, figurent aussi la suppression de la « flat tax » (ou prélèvement forfaitaire unique, l’impôt à taux unique qui s’applique aux revenus du capital en France) et la réduction ou la suppression de niches fiscales et sociales jugées injustes. Le tout, pour un rendement estimé à 22 milliards.
« S’y ajoutent le rétablissement de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises les plus importantes, une taxation accrue des multinationales, des transactions financières, des rachats d’actions et des superprofits », complète LFI. Le parti entend aussi s’attaquer aux exonérations de cotisations sociales, « dont le montant atteignait 75,6 milliards d’euros en 2025 selon les chiffres retenus dans sa proposition ».
Des investissements dans l’éducation : 5 milliards par an et des profs mieux payés
Le projet de budget du gouvernement, présenté alors que naissait le mouvement lycéen actuel, prévoit plus de 1500 postes d’enseignants en moins dans l’Éducation nationale pour 2027. En septembre, déjà, LFI avait présenté un contre-budget pour l’éducation. Il prévoyait cinq milliards d’euros par an pendant dix ans, soit 50 milliards d’euros sur la période, pour rénover les établissements scolaires et les adapter au changement climatique. LFI propose aussi d’augmenter les salaires des enseignants de 20 % dès la première année d’un éventuel quinquennat de Jean-Luc Mélenchon ; d’ouvrir des négociations salariales avec les organisations syndicales de l’Éducation ; et de créer 10 000 postes dans l’Éducation nationale.
Les 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires du contre-budget LFI doivent aussi financer une augmentation de 10 % du point d’indice des fonctionnaires en général, pour un coût estimé à 17 milliards d’euros. « Les pensions, les allocations familiales et les aides personnalisées au logement seraient également revalorisées de 10 %, pour 8 milliards d’euros », précise le document. Le mouvement propose par ailleurs de porter le Smic à 1700 euros net et d’indexer les salaires sur l’inflation. Il projette aussi une garantie d’autonomie de 1337 euros par mois pour les jeunes, pour un coût annoncé de 9,5 milliards d’euros. LFI prévoit également une hausse de 3 milliards d’euros du budget des hôpitaux, accompagnée du recrutement de 10 000 soignants.
Protéger les ménages les plus exposés à la hausse du prix des carburants
À l’heure où la flambée des prix du carburant impacte toujours plus les portefeuilles, il faut aussi des « réponses d’urgence » et « durables », plaide de son côté le Pacte pour le pouvoir d’agir, une coalition d’associations sociales (comme ATD Quart Monde et le Secours catholique) et environnementales (comme le Réseau Action Climat et Notre affaire à tous). Cette coalition porte six propositions pour le budget 2027, pour « protéger immédiatement les ménages les plus exposés » à la flambée des prix du pétrole, « renforcer les ressources et les prestations sociales, faire contribuer les acteurs qui profitent de la crise et investir dans des alternatives accessibles à toutes et tous ».
Le Pacte demande notamment le prolongement d’une aide exceptionnelle, ciblée et automatique pour les ménages modestes et les classes moyennes inférieures « confrontés à des dépenses contraintes de mobilité ». Cette aide doit notamment bénéficier aux travailleurs précaires et indépendants, aux salariés aux horaires décalés, aux demandeurs d’emploi, aux retraités modestes et aux personnes vivant dans des territoires éloignés des services essentiels. « Les personnes qui ont besoin de se déplacer ne sont pas uniquement celles qui occupent un emploi salarié », rappelle ce mouvement.
À ces mesures, Les Écologistes ajoutent dans leur contre-budget une contribution de solidarité sur les superprofits des entreprises pétro-gazières « pour financer une aide aux ménages pour faire face à la flambée des prix de l’énergie ».
Un plan de lutte pour la santé environnementale
« Pollution, tabac, alcool et sédentarité coûtent près de 60 milliards d’euros par an à l’Assurance-maladie », notent en outre Les Écologistes, qui proposent donc « un grand plan santé-environnement » pour « interdire ce qui nuit, taxer ce qui persiste ». Les Verts listent des polluants, comme le cadmium, les PFAS, la pollution de l’air, les perturbateurs endocriniens, qui seraient à limiter et interdire : « Chaque interdiction est assortie d’une contribution dissuasive versée à l’Assurance-maladie en cas de manquement. » De son côté, LFI veut 10 milliards d’euros dès 2027 « pour engager les transformations nécessaires, de la rénovation des logements à la transition énergétique ».
Autant d’idées à injecter dans les débats budgétaires qui se poursuivent au Parlement, pendant que le mouvement social gronde dans la rue.
