« La manifestation va rappeler que Lyon n’est pas la ville des nazillons mais celle de la Résistance et de la Marche [pour l’égalité et contre le racisme] de 1983 », soutient Khadidja Lahlali, militante antiraciste au sein du collectif Pacte Lyon respirable.
Avec plus de cinquante organisations antiracistes, syndicales, écologistes ou encore des partis politiques, elle appelle à une « grande marche citoyenne antiraciste et antifasciste » dans les rues de Lyon ce samedi 14 mars. Ce jour-là, des manifestations contre le racisme et en faveur du droit des étrangers auront lieu dans plus de 100 communes. Dans la capitale des Gaules, la marche prend une tonalité bien particulière.
Locaux dégradés, mosquée taguée, centre LGBTI+ victime d’une caméra cachée de l’extrême droite… Depuis le 14 février et la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite radicale mortellement blessé à la suite d’une confrontation avec des militants antifascistes, à Lyon, celles et ceux qui s’opposent à l’extrême droite sont mis sous pression dans la ville.
Apogée de cette séquence de tensions : la manifestation néofasciste du 21 février, qui a réuni 3000 personnes, dont les principaux chefs des groupuscules les plus racistes, antisémites et réactionnaires de France. Deux enquêtes ont été ouvertes par le parquet de Lyon après des injures racistes et des saluts nazis observés durant la manifestation.
« Voir ces militants racistes déverser leur haine dans les rues de Lyon sous les yeux de la préfète et du ministère de l’Intérieur a été un tournant. C’est cette prise de conscience qui fait qu’il y a autant d’organisations qui s’impliquent dans la marche », explique Khadidja Lahlali. La militante rappelle la mort d’Ismaël Aali, 20 ans, retrouvé mort le 6 janvier 2026 dans un étang à Loire-sur-Rhône, à une trentaine de kilomètres de Lyon. Un homme est mis en examen pour meurtre à caractère raciste. « Cela saute aux yeux qu’il y a un deux poids deux mesures face à la mort. Pour lui, il n’y a pas eu de minute de silence à l’Assemblée nationale », conclut la militante.
Pour marquer le coup, les organisateurs et organisatrices souhaitent une journée massive et « familiale ». Ils ont ainsi récolté le soutien d’artistes ou de militants, tels que le rappeur Médine, la prix Nobel de littérature Annie Ernaux, ou encore les militants Youcef Sekimi et Malika Boumediene, impliqués dans la grande Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983.
Marcher la veille des municipales
La Journée internationale de lutte pour l’élimination de la haine raciale, autour de laquelle se déroulent habituellement les marches contre le racisme, aura lieu le 21 mars. « Mais on a voulu organiser nos manifestations dès le 14 mars pour intervenir dans la lutte contre l’extrême droite pendant les municipales », explique Mathieu Pastor. Pour ce militant de la Marche des solidarités, en charge de l’organisation de la manifestation parisienne, la menace est réelle : « On n’a jamais vu autant de militants du Rassemblement national et de Reconquête sur les marchés à Paris et on sait que de grandes villes, comme Marseille ou Nice, pourraient tomber dans les mains de l’extrême droite », poursuit-il. De fait, selon la carte interactive réalisée par StreetPress, une cinquantaine de villes pourraient basculer à l’extrême droite lors des élections municipales 2026.
Le second tour de ces élections devrait aussi être marqué par la lutte contre le racisme, puisque d’autres manifestations sont en préparation en vue du 21 mars. La CGT appelle déjà à se mobiliser entre le 14 et le 21 mars partout en France.
Outre la lutte électorale contre l’extrême droite, les marches des solidarités mettent au cœur de leur combat la lutte contre le racisme et les violences policières. La manifestation parisienne est d’ailleurs co-organisée par le réseau d’entraide justice et vérité, mené par Fatou Dieng, sœur de Lamine Dieng, Franco-Sénégalais de 25 ans mort en 2007 après avoir été maintenu dans un fourgon de police, attaché et asphyxié sous le poids de cinq fonctionnaires agenouillés sur lui pendant plus de vingt minutes. Dix-neuf ans plus tard, le 14 janvier 2026, dans le même quartier, c’est un travailleur mauritanien, El Hacen Diarra, qui est décédé en garde à vue à la suite de son interpellation et d’un possible plaquage ventral.
