Autoroute A412 validée en pleine sécheresse : ce projet qui rase des îlots de fraicheur est « une ineptie »

Débats

Malgré les sources à sec et la sécheresse qui frappe la Haute-Savoie, le préfet vient de signer l’autorisation environnementale pour le projet d’autoroute Machilly-Thonon. Le Collectif StopA412 alerte sur les premiers abattages attendus ce lundi.

par Collectif StopA412

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Notre territoire bout, il bout car comme partout ailleurs, la Haute-Savoie n’a pas été épargnée par ces derniers mois caniculaires. En première ligne face au changement climatique, notre territoire de montagne a expérimenté un concentré de ce qui nous attend dans un monde toujours plus chaud : alpages brûlés forçant la redescente des troupeaux, recul sans précédent des glaciers, orages violents, crues et éboulements entraînant des accidents parfois mortels et la fermeture de sentiers de randonnée. Mais de l’État aux institutions locales, des élus préfèrent raser 80 hectares de forêts, des îlots de fraicheur, pour y faire passer un ruban d’asphalte. Quelle ineptie !

Notre territoire pleure, il pleure car comme partout la sécheresse frappe : alerte sécheresse dès le mois de juin, difficulté d’approvisionnement en eau et sources à sec, concentration des polluants. Mais de l’État aux institutions locales, des élus préfèrent bétonner 56 hectares de zones humides, en sacrifier 300 sur le périmètre élargi et rompre 13 cours d’eau permanents. Quelle absurdité !

Notre territoire crie, il crie de voir sa souveraineté alimentaire mise en danger par la disparition de 70 hectares de terres agricoles, des pâturages d’où vient notre Reblochon. Alors que les agricultrices et agriculteurs souffrent comme jamais, de l’État aux institutions locales, on crache un peu plus sur ceux qui nous nourrissent. Quelle ingratitude !

« Aucune raison impérative d’intérêt public majeur »

Alors que nous étouffions, le 28 août 2026, le tout nouveau préfet Jérôme Bonet, a signé l’autorisation environnementale pour le projet de l’autoroute A412 dans le Chablais. Le géant de la construction, Eiffage, vient d’obtenir l’ultime feu vert administratif pour construire une autoroute au milieu de l’un des plus grands complexes de zones humides relictuelles du département. Les premiers abattages sont attendus ce lundi 7 septembre.

L’412 représente 16,5 kilomètres de bitume reliant Machilly à Thonon, une entaille coincée entre lac et montagne, une cicatrice qui divisera net le nord et le sud du Bas-Chablais. Se présentant comme une solution aux embouteillages quotidiens dans nos villages, elle participera en réalité à la hausse substantielle du trafic routier et à celle de l’urbanisation dans une région déjà saturée.

Par cette autorisation, l’administration a balayé les avis des experts de l’environnement dont le rôle est pourtant d’éclairer ses décisions. Le Conseil national pour la protection de la nature avait ainsi estimé qu’il n’y avait aucune raison impérative d’intérêt public majeur justifiant ce projet tandis que l’Autorité environnementale avait rappelé que celui-ci allait à l’encontre de l’ensemble des engagements environnementaux français.

« L’administration persiste et signe »

Vieille marotte des élus locaux depuis les années 1980, la construction d’une telle liaison avait d’ores et déjà été retoquée par le Conseil d’État en 1997 qui avait établi que le rapport coûts-bénéfices n’était pas en faveur des porteurs de projet, lui ôtant par là même la notion d’utilité publique.

Trente ans plus tard, malgré les mises en garde de la communauté scientifique sur notre trajectoire climatique et les derniers mois de sécheresse extrême dans un territoire alpin, l’administration persiste et signe : l’autoroute se fera. Aux dépens de la population et de l’environnement.

On parle ici de l’émission supplémentaire d’a minima 286 000 tonnes équivalent CO2, d’une augmentation significative de la pollution de l’air, de la mise en péril de nos ressources hydriques, du doublement du nombre quotidien de véhicules sur nos routes, d’une étude d’impact environnemental aux graves insuffisances et d’une procédure de participation du public irrégulière.

Mais il s’agit surtout de 180 hectares de terres sacrifiées qui représentent bien plus qu’une simple ligne dans le dossier du projet.

« Nous nous battons pour protéger le futur de nos enfants »

Ces terres sont notre terroir et notre savoir-faire local. Ces terres sont nos protectrices. Ces terres sont des havres de biodiversité avec plus d’une centaine d’espèces protégées et où l’emblématique castor, ouvrier de nos rivières et longtemps disparu, s’y est établi pour participer à la bonne santé de cet écosystème précieux.

Voilà ce qu’il y a derrière les 180 hectares que la préfecture de Haute-Savoie a décidé de condamner. Voilà ce pourquoi nous nous battons. Pour préserver l’habitabilité de notre territoire, pour ne pas le laisser être défiguré, pour protéger notre futur et celui de nos enfants.

Ceux qui n’ont pas su, ni voulu développer une mobilité responsable et respectueuse du territoire pendant toute ces années, qui sous prétexte d’optimisation et de rentabilité, ont laissé fermer les services de proximité, qui ont favorisé le transport par route au détriment du rail, sont responsables des difficultés de circulation de la région. Ils font aujourd’hui croire aux habitants que la solution miracle viendrait d’un financement privé sous concession de 55 ans, au prix de la destruction de leur lieu de vie. Nous refusons cette hypocrisie. Notre département mérite plus d’ambition et un réel courage politique pour montrer que d’autres voies sont possibles.