Les conséquences du budget 2026 commencent à se préciser dans l’Éducation nationale. 3256 suppressions de postes d’enseignants – 1891 dans les écoles et 1365 dans les collèges et lycées – sont programmées pour la prochaine rentrée scolaire. S’y ajoute l’absence de revalorisation salariale, malgré un retour annoncé de l’inflation et un niveau de rémunération des professeurs des écoles et du secondaire toujours inférieur en France à bien des pays européens.
Alors que de nombreuses mobilisations ont déjà eu lieu dans plusieurs académies depuis le mois de février, cinq syndicats de l’Éducation nationale (FSU, Unsa, CFDT, CGT et SUD) appellent les enseignants du premier et du second degré à une semaine de mobilisation du 30 mars au 3 avril, ainsi qu’à une journée de grève ce mardi 31 mars.
Une carte des suppressions de postes
« On est dans la phase de concrétisation des effets du budget 2026 sur la prochaine rentrée scolaire », indique Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU. Académie par académie, un comité social d’administration annonce la répartition des postes – les créations comme les suppressions – pour la rentrée suivante dans les établissements du second degré. Dans les écoles, le dévoilement de la carte scolaire 2026-2027, repoussé à après le second tour des élections municipales, se dessine depuis quelques jours.
« Alors que seraient envisagées moins d’une vingtaine d’ouvertures de classes à Marseille et à peine une quarantaine hors Marseille, le nombre de fermetures pourrait être de plus de 40 à Marseille et de plus de 70 hors Marseille », s’inquiète le SNUipp des Bouches-du-Rhône. Au total, le solde resterait nettement négatif : une vingtaine de classes en moins dans la cité phocéenne, une trentaine à l’échelle départementale.
Même alarme dans l’académie de Toulouse. Le premier syndicat dans le primaire évoque la fermeture de 165 classes dans le premier degré, conséquence de la suppression de 94 postes d’enseignants. Aucune académie n’échappe à une réduction des moyens du service public d’éducation. Pour informer les agents de l’Éducation nationale, le SNUipp-FSU a édité une carte des suppressions de poste par académie dans le primaire et le SNES-FSU a établi une comptabilité similaire pour le second degré. Les académies de Lille et Bordeaux figurent parmi les plus touchées avec, au total, 435 suppressions de postes d’enseignants dans la première et 285 dans la seconde.
« Nous sommes dans le moment où les collègues prennent conscience des conséquences. Depuis quelque temps on a des mobilisations locales par académie ou par établissement. L’idée était d’avoir une semaine d’action avec une journée de grève qui soit commune », explique Caroline Chevé.
Sortir des grèves en ordre dispersé
Fin janvier, une grève a affecté les écoles d’Ille-et-Vilaine à l’appel de plusieurs syndicats, soutenus par les parents d’élèves de la FCPE. En plus du manque récurrent d’AESH pour accueillir les élèves en situation de handicap, la mobilisation trouve sa source dans l’annonce de 97 postes d’enseignants supprimés dans les écoles de l’académie de Rennes. Même cause, mêmes effets en région parisienne, où la découverte du nombre de postes supprimés a entraîné une journée de grève le 17 février dans le primaire comme dans le secondaire. Si, dans le secondaire, des postes sont créés dans les académies de Créteil et Versailles, elles perdent chacune plus d’une centaine de postes de professeurs des écoles.
Au début du mois de mars, c’était au tour de la communauté éducative de l’académie de Lille, l’une des plus concernées, de se mettre en grève à l’appel du SNES-FSU. Là aussi, la protestation est centrée sur les suppressions de postes, fustigeant l’argument avancé par l’exécutif d’une baisse de la démographie dans le primaire pour justifier d’une réduction du nombre d’enseignants.
« Le gouvernement applique une règle mécanique de suppressions d’emplois en fonction du nombre d’élèves, règle qu’il n’a jamais appliquée quand le nombre d’élèves augmentait », rappelle la secrétaire générale de la FSU. Le syndicat assure que 8865 postes ont été supprimés depuis huit ans dans le second degré, pendant que 8 000 élèves supplémentaires étaient accueillis.
Anticiper sur le budget 2027
Souvent, depuis le mois de février, les mobilisations surgissent établissement par établissement, au plus près des suppressions annoncées de postes, d’options d’enseignement ou de classes. La semaine dernière encore, l’école maternelle Michelet à Toulouse était en grève à 100 % pour protester contre la fermeture d’une de ses quatre classes.
Pour les syndicats, la semaine d’action et la journée de grève nationale du 31 mars ont pour objectif de peser sur les choix du gouvernement. « On est à un tel niveau de difficulté pour préparer les rentrées qu’on cherche à obtenir des mesures d’urgence », précise Caroline Chevé. Mais il s’agit également de préparer l’avenir : « C’est aussi une manière de poser des jalons parce qu’on a conscience que le débat budgétaire pour l’année 2027 va arriver assez tôt. On veut en appeler à l’opinion et reconstruire des dynamiques de mobilisation en prévision d’une nouvelle phase d’austérité dans l’éducation. »
