Éducation : premières mobilisations face aux milliers de suppressions de postes

Rapports de force

Le budget adopté lundi prévoit plus de 3000 suppressions de postes d’enseignants à la rentrée 2026. La répartition des pertes est en cours dans les académies. Des premières mobilisations émergent à Clermont-Ferrand, Rennes ou encore Mayotte.

par Maïa Courtois

Temps de lecture : ?

Bluesky Facebook Linkedin Mail Enregistrer
Lire plus tard

Une grève des personnels de l’Éducation nationale a agité ce lundi 2 février l’académie de Clermont-Ferrand face à la suppression annoncée d’une centaine de postes d’enseignants à la rentrée de 2026. « C’est du jamais-vu, c’est une saignée sans précédent », s’est attristé Frédéric Campguilhem, secrétaire académique de la CGT Educ’action, auprès de France Bleu. Près de 80 personnes se sont également rassemblées devant le rectorat ce jour-là.

Dans toute la France, les académies sont en train de répartir les pertes de postes et d’heures dans chacun de leurs établissements scolaires suite aux coupes budgétaires prévues dans le projet de loi finances, adopté lundi 2 février. Au total, 3256 postes doivent disparaîtraient dans l’Éducation nationale à la rentrée 2026.

Le premier degré, écoles maternelles et primaires, est le plus touché, avec 1891 postes supprimés. Dans le second degré, collèges et lycées, 1365 postes doivent être supprimés. Ces chiffres définitifs et leur répartition par académies a été dévoilé par le ministère aux syndicats fin janvier.

Les académies de Lille, Nantes, Normandie particulièrement touchées

Ces mesures deviennent désormais concrètes au niveau local, dans les établissements scolaires, avec les comités d’académies qui ont commencé et continueront de se tenir dans les semaines à venir pour répartir sur leur territoire les moyens alloués. « Au niveau des mobilisations, ça va bouger dans les jours ou semaines qui viennent, annonce Aurélie Gagnier, porte-parole de la FSU-SNUipp, premier syndicat dans le premier degré. Surtout dans des académies les plus impactées. Dans celle de Lille par exemple, on rend 245 postes dans le premier degré, alors que c’est une académie avec beaucoup de pauvreté. Forcément, ça va bouger. » L’académie de Lille perd aussi 190 postes dans les collèges et lycées.

La FSU a présenté une cartographie des suppressions de postes dans chaque académie en ce qui concerne l’école maternelle et primaire, mais pour les collèges et lycées. En plus de Lille, les académies les plus touchées sont celle de Nantes (136 suppressions de postes dans le premier degré, 120 dans le second degré), de Normandie (135 et 150 poste en moins), ou encore de Nancy-Metz (144 et 114 suppressions).

Face à ces réalités, les mobilisations émergent dans plusieurs départements. La semaine dernière, c’est en Ille-et-Vilaine que la FCPE et des syndicats d’enseignants et d’agents territoriaux se sont mobilisés, le 27 janvier. Au total, 239 postes d’enseignants sont supprimés dans leur académie, celle de Rennes. La mobilisation a mis en lumière les fermetures de classe déjà subies cette année.

« On craint beaucoup pour les villages où, déjà, les écoles sont en survie »

En 2025, la FSU-SNUipp a décompté 2400 fermetures de classe de primaires et maternelles à travers la France, pour 670 suppressions de poste d’enseignants au national. Il est difficile de prédire avec précision le nombre de fermetures pour 2026, mais avec un nombre trois fois plus élevé de postes supprimés dans le premier degré, « il y aura de toute façon énormément de suppressions de classes. On craint beaucoup pour les villages où, déjà, les écoles sont en survie. Il va y avoir un impact fort sur la ruralité », craint Aurélie Gagnier, la porte-parole de la FSU-SNUipp.

L’argument avancé par le gouvernement pour justifier ces suppressions de postes est le ralentissement démographique. La direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP, rattachée au ministère de l’Éducation) prévoit une baisse de 0,5% du nombre d’élèves à la rentrée 2026 dans les collèges et lycées, et une baisse de 1,9 % en maternelle et primaire.

Les syndicats ne contestent pas les chiffres. Mais ils estiment que ce recul démographique devrait être l’occasion d’améliorer les conditions d’apprentissage des élèves et les conditions de travail des personnels. « On a besoin de renforts pour l’inclusion, pour les réseaux d’aide spécialisée pour élèves en difficulté, les Rased, qui ont été décharnés ces dernières années. On manque aussi de psychologues scolaires, de postes qui ne sont pas forcément à mettre devant une classe », liste Aurélie Gagnier.

L’allègement des effectifs d’élèves reste aussi un cheval de bataille. Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a mis en avant la moyenne de 21 élèves par classe à la rentrée 2025, « du jamais vu dans le système éducatif », a-t-il salué au micro de France Info. Mais la responsable syndicale met en garde contre ces moyennes présentées par le gouvernement. « Si en REP ou REP+ on a effectivement parfois des classes à 12, parler en "moyenne" cache le fait qu’on a aussi des classes à 26-27 élèves en CM1-CM2 et parfois en petite section ! », pointe Aurélie Gagnier.

À Mayotte, les enfants ont déjà moins de temps scolaire

Mayotte et la Guyane sont les deux seuls départements épargnés par les suppressions dans le premier degré. Mayotte gagne 82 postes en maternelle et primaire, la Guyane 42 postes. Mais la Guyane perd 15 postes dans le second degré, Mayotte en gagne quelques uns.

Malgré cette exception, la situation est mauvaise à Mayotte. En témoigne la mobilisation des personnels de l’éducation dans le département mardi 3 février, à l’appel de trois syndicats (FSU, CGT, CFDT). Un rassemblement s’est tenu devant le rectorat à Mamoudzou dans le cadre d’une journée de grève.

Cette grève avait pour but de dénoncer les « établissements scolaires surchargés, dangereux ou délabrés, absence d’eau potable, élèves laissés sans solution de scolarisation, enseignants et AESH précarisés, sous-formés et épuisés », a listé la FSU-SNUipp auprès de La 1re FranceInfo.

Il faut bien comprendre que les enfants de Mayotte n’ont pas le même temps de classe que ceux de France continentale. « Dans les départements et régions d’Outre-mer d’une manière générale, on a un bâti scolaire en très mauvais état et sous-dimensionné, ce qui engendre la mise en place de systèmes de rotation. Une classe va le matin à l’école, puis laisse sa place l’après-midi à une autre classe, faute de place. Les élèves n’ont pas 24 heures d’école par semaine, mais la moitié, voire le tiers », explique Aurélie Gagnier, qui a constaté cette réalité en se rendant à Mayotte l’an dernier. Depuis le passage du cyclone Chido, cette situation déjà en place depuis des années a encore empiré à cause de la destruction du bâti.

Les syndicats mahorais demandent une augmentation des salaires, la titularisation des contractuels, des aides au logement pour tous ainsi qu’« un plan d’urgence ambitieux pour les constructions scolaires ».

Seule bonne nouvelle : les postes annoncés d’AESH, accompagnant d’élève en situation de handicap, seront, en partie, créés. Le Premier ministre avait promis la création de 2000 postes d’AESH. C’était l’une des mesures mises en avant dans son pacte de non-censure passé avec le Parti socialiste. Ce seront finalement 1700 postes d’AESH qui seront créés. Auxquels s’ajoutent 300 postes d’enseignants spécialisés en unités localisées pour l’inclusion scolaire (Ulis).