Pompier en grève, syndicaliste et engagé pour l’écologie pour mieux combattre les mégafeux

ÉcologieClimat

Pompier et syndicaliste dans un des départements les plus touchés par les incendies, Christophe Garcia ne se contente pas de répondre à l’urgence. En première ligne du réchauffement climatique, il milite pour des solutions écologiques. Portrait.

par Guillaume Bernard

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« Nous sommes dans un département laboratoire. » Attablé dans la grande salle de la maison des syndicats de Perpignan, Christophe Garcia, sapeur-pompier professionnel, sort tout juste d’un été cataclysmique. Près de 5000 hectares sont partis en fumée lors de l’incendie de Trévillach, dans le nord-ouest des Pyrénées-Orientales, où un feu s’est déclaré le 4 juillet. Environ 12 000 habitants ont été déplacés et une cinquantaine de bâtiments endommagés par les flammes, voire détruits.

À ce mégafeu se sont ajoutés de nombreux incendies d’une moindre ampleur ainsi que les interventions courantes. Les 350 pompiers professionnels et 2000 volontaires du département sont éreintés. Ils monteront à Paris le 29 septembre 2026 pour participer à la journée de grève de la fonction publique.

C’est Christophe Garcia qui organisera leur convoi vers la capitale. Adjudant-chef de 52 ans, il est aussi secrétaire général de la CGT-Sdis 66 (service départemental d’incendies et de secours), premier syndicat de pompiers dans le département. Formé chez les pompiers de Paris, il a aujourd’hui la responsabilité d’un camion incendie de six personnes. Il va manifester pour obtenir des moyens dans la fonction publique, mais se rend bien compte que ses conditions de travail sont aussi directement liées à la question écologique. Dans ce département particulièrement touché par la sécheresse et les incendies, il tente de sensibiliser ses collègues et l’opinion publique locale.

Récupérer l’eau des piscines municipales

Hausse des températures moyennes de saison, périodes de sécheresse qui s’allongent, vents violents... le territoire couvert par le Sdis 66 est particulièrement exposé aux conséquences du changement climatique, souligne une étude du Département des Pyrénées-Orientales.

Entre 2022 et 2024, le territoire a été frappé par une sécheresse historique. Les précipitations ont été réduites de moitié en comparaison à la moyenne des 30 années précédentes, rappelle la même étude. « On assiste à une multiplication des feux mais aussi à une saison d’incendies de plus en plus longue. En 2023, on est parti sur un feu au mois de février », se souvient Christophe Garcia.

Quatre pompiers sont morts cet été en France. Aucun dans le département de Christophe. Mais « plus de feux, c’est plus de risques, rappelle-t-il. À Trévillach, deux camions ont brûlé. Les pompiers ont été obligés de les laisser et de repartir en courant tellement la situation devenait dangereuse. »

L’homme a aussi constaté l’épuisement des ressources en eau potable. En 2023, plusieurs communes du département en ont été privées et les habitants ravitaillés avec des bouteilles. Paradoxe : les bornes à incendie étaient restées raccordées au réseau d’eau potable. Depuis, le Sdis 66 a dû s’adapter. « Il y a eu une politique mise en place par le Sdis pour récupérer des eaux non potables pour nos interventions. Par exemple, en récupérant l’eau des piscines municipales », explique Christophe Garcia.

Agir en amont sur les forêts

Confronté aux ravages des incendies, Christophe Garcia a peu à peu compris que sa profession ne pouvait se contenter de répondre à l’urgence. « En tant que pompier, on nous apprend à réfléchir en amont du feu, pour qu’il n’éclose pas ou se propage le moins vite possible. Très concrètement, ce sont tous les systèmes de sorties de secours, les alarmes, les portes coupe-feu. Pour ma part, j’ai étendu cette réflexion à la question écologique », explique-t-il. Il regrette toutefois le peu d’échos auprès de ses collègues, qu’ils soient syndiqués ou non. « J’ai parfois l’impression que les jeunes se concentrent plus sur la technique que sur le sens de notre métier. »

Devenu secrétaire général de la CGT-Sdis 66 en 2020, il fréquente depuis d’autres professions dans le cadre de l’union départementale, ce qui élargit son horizon. « J’ai vu que les cheminots, lorsqu’ils se battaient pour le maintien de la ligne de fret Perpignan-Rungis, insistaient sur les 20 000 camions que cela pouvait enlever des routes et les émissions de CO2 en moins. Cela a été un exemple. »

Les réflexions de Christophe Garcia portent notamment sur le lien entre service public de gestion des forêts et réduction des incendies. « L’État pourrait augmenter les effectifs pour entretenir la forêt. En 40 ans, on a réduit de moitié le nombre d’agents de l’ONF [L’Office national des forêts, ndlr], alors que la forêt continue de croître [mais sa capacité de stockage du CO2 diminue, ndlr]. On a besoin de professionnels sur le terrain pour planter les essences les plus adaptées au changement climatique. Ici, nos forêts de pins, ce sont des allumettes », estime le syndicaliste.

« On peut aussi réfléchir au retour du pastoralisme pour limiter les broussailles et réduire les incendies. Ou encore à planter des vignes. » Au mois de mai, l’union départementale CGT 66 a justement lancé son tout premier syndicat de pâtres, c’est-à-dire de bergers. Le département en compte une soixantaine. « Mais pour faire tout cela, il faut un gouvernement qui anticipe davantage et qui mette les moyens. Quand je suis arrivé dans la profession, il y avait des avancées sociales, une bonne dynamique. C’est pour que ça continue que je suis entré dans le syndicalisme. »

En 2020, après plusieurs mois de mobilisation et des manifestations, les pompiers avaient obtenu du ministre de l’Intérieur d’alors, Christophe Castaner, la revalorisation de leur prime de feu. Avec trois jours de mobilisation du 26 au 28 septembre et une manifestation intersyndicale de la fonction publique le 29 septembre, Christophe Garcia espère à nouveau décrocher des moyens.