« Se soucier des usagers » : un fournisseur d’accès à Internet citoyen veut reprendre SFR à la place de Bouygues, Free et Orange

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Bouygues, Free et Orange ont annoncé un accord pour reprendre, et démanteler, l’entreprise SFR. Il y avait pourtant une offre alternative, à 1 euro, venue d’un fournisseur d’accès à Internet associatif, comme il en existe des dizaines en France.

par Rachel Knaebel

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Le fournisseur d’accès à Internet (FAI) et opérateur SFR est à vendre. Le 6 juin, ses rivaux Bouygues Telecom, Free et Orange ont annoncé un rachat commun, pour plus de 20 milliards d’euros. Si les autorités de la concurrence donnent leur aval, SFR sera démantelé et partagé entre les entreprises concurrentes, qui récupéreront les clients. Les opérateurs garantissent pour l’instant le maintien des emplois des quelque 8000 salariés de SFR, jusqu’à début 2029 seulement.

Cela ne rassure pas la CGT du secteur des télécoms, qui parle d’une « destruction d’actifs économiques doublée d’une casse de l’emploi ». « Les opérateurs choisissent d’éliminer un concurrent afin d’augmenter les prix de leurs services dans le cadre d’un marché déjà extrêmement lucratif, analyse le syndicat. Les plus de 20 milliards destinés au dépeçage de SFR seraient bien plus utiles à l’investissement dans la qualité des réseaux, l’aménagement du territoire, l’innovation, le service rendu aux utilisateurs finaux, l’augmentation des salaires et l’emploi », ajoute la CGT, en réaction à l’annonce du rachat.

Une offre alternative à un euro

Il y avait en plus une offre de reprise alternative, et surprenante. Elle a été émise par un fournisseur d’accès à Internet associatif, basé en Île-de-France, Franciliens.net. « Franciliens.net présente son offre pour racheter son concurrent, SFR, pour la somme qui nous semble correspondre à la valorisation honnête de l’entreprise aujourd’hui : le montant de 1 euro », annonçait l’association le 15 mai.

Franciliens.net existe depuis 2010, et compte aujourd’hui 200 membres adhérents, dont environ la moitié sont abonnés aux offres d’accès à Internet. « Chez nous, les clients doivent être des adhérents, parce que cela leur donne voix au chapitre sur toutes les décisions », précise Daniele Volkoff Pitrolo, du bureau de l’association Franciliens.net.

Des fournisseurs d’accès à Internet associatifs, il en existe des dizaines à travers la France. Ces associations regroupent quelques dizaines ou centaines d’abonnés et permettent de se connecter à Internet pour un tarif à peine plus élevé, voire équivalent, à celui d’un fournisseur commercial. Les plus anciens de ces FAI se sont créés dès les années 1990 ! Premiers arrivés sur le réseau, ils ont pourtant été marginalisés avec la massification d’Internet. Mais ils sont toujours là, et de nouveaux FAI associatifs naissent régulièrement. Une fédération, la FFDN, réunit ces FAI animés par des bénévoles et basés un peu partout sur le territoire, mais aussi en Belgique et en Suisse.

Mais comment un FAI avec une centaine de clients pourrait-il reprendre une entreprise qui en a des millions ? « Nous sommes petits. Nous sommes conscients de l’être, concède Daniele. Mais notre offre est sérieuse, assure-t-il sans plaisanter. Après, on ne croit pas forcément que SFR prendra en compte notre offre. Nous n’avons pas eu de réponse de l’entreprise, ce qui est normal étant donné que SFR était en phase de négociations exclusives avec les trois opérateurs. »

Les usagers utilisés comme « monnaie d’échange »

Malgré tout, le modeste FAI associatif affirme que son « offre est plus sérieuse que celle qui prévoit de racheter pour plus de 20 milliards d’euros une entreprise qui est endettée pour plus de 20 milliards d’euros. Pour nous, la dette de SFR, c’est une dette de l’actionnaire Altice. Dans le cadre de notre offre à un euro, cette dette resterait celle de l’actionnaire, pas de l’entreprise. Ce que font les autres grands opérateurs, c’est plutôt débourser des milliards pour tuer SFR. Leur offre est là pour achever le concurrent », développe Daniele Volkoff Pitrolo.

Le représentant de Franciliens.net critique aussi le fait que, dans ces négociations, SFR, Bouygues, Free et Orange utilisent les usagers « comme une monnaie d’échange ». Car « le rachat des clients de SFR fait partie des négociations. Les clients sont vus comme une marchandise que le fournisseur d’Internet détient et qui peut se négocier ».

C’est tout l’inverse de l’esprit des FAI associatifs, qui s’engagent pour les droits et la liberté des usagers d’Internet. Franciliens.net a participé à plusieurs combats en ce sens aux côtés de l’association La Quadrature du Net, du FAI associatif FDN et de la fédération FFDN. « Nos interventions en justice ont abouti à des modifications législatives. Nous avons eu un impact pour l’ensemble des utilisateurs de l’Internet français », se félicite Daniele.

Les quatre organisations ont, par exemple, attaqué en 2009 le système de surveillance du Net prévu par la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi, opérée depuis 2021 par l’Arcom). En avril dernier, le Conseil d’État leur a donné raison : « Il a reconnu que le système de surveillance de la Hadopi n’est pas compatible avec le respect des droits fondamentaux protégés par l’Union européenne », explique La Quadrature du net.

Pour les libertés numériques

Franciliens.net et les autres associations ont aussi porté plusieurs questions prioritaires de constitutionnalité. Notamment contre une mesure qui autorisait les agents des douanes à demander toute donnée de connexion aux opérateurs télécoms. Elles ont obtenu gain de cause en 2019. De même, le Conseil constitutionnel leur a donné raison en restreignant l’accès aux données de connexion par les agents de la Sécurité sociale – accès contesté par les FAI associatifs.

« Étant donné qu’aujourd’hui, notre vie interpersonnelle, amicale, nos achats, notre sexualité passent en grande partie par Internet, ce genre d’autorisations est excessivement large », appuie Daniele Volkoff Pitrolo. Veut-on vraiment faire confiance à des multinationales des télécoms pour protéger notre vie privée en ligne ? « Un modèle citoyen est le seul véritablement à même de se soucier des usagers », répond le responsable du fournisseur d’accès à but non lucratif.