FNSEA et pesticides : « La science, c’est quand ça les arrange »

Débats

Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, appelle à s’appuyer sur la science pour justifier l’abattage total face à la dermatose nodulaire contagieuse. Mais il refuse d’entendre les scientifiques sur les dangers des pesticides.

par Sophie Chapelle

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« Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’avis scientifique. La science, toute la science, rien que la science. » Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, martèle cet argument dans tous les médias pour justifier la position de son syndicat sur la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

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Alors que des agriculteurs et agricultrices multiplient les points de blocage pour s’opposer à l’abattage total systématique, la FNSEA soutient la stratégie sanitaire du gouvernement en faveur de l’abattage du troupeau sitôt qu’un seul cas de dermatose est détecté. Depuis l’apparition du premier foyer de DNC le 29 juin, plus de 4000 vaches ont été abattues dans une centaine de fermes.

Dans la presse locale, le sénateur LR Laurent Duplomb, lui-même éleveur (et auteur de la très contestée loi éponyme), se dit favorable à l’abattage total et estime que « l’émotionnel a pris le pas sur la raison ». En réponse, Loïc Caillens, éleveur et membre de la Confédération paysanne, syndicat qui considère que l’abattage total n’est pas l’unique solution, cingle : « Ceux qui disent cela sont les mêmes qui n’écoutent pas la science quand il s’agit de la loi Duplomb. La science c’est quand ça les arrange. »

Consensus scientifique

Sur d’autres sujets, Laurent Duplomb et la FNSEA cèdent-ils le pas à l’émotionnel ? Quand, par exemple, ils défendent la réintroduction en France de l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes, au mépris de ce que dit la science. Cette mesure avait été censurée le 7 août dernier par le Conseil constitutionnel, qui a motivé sa décision sur la base de la Charte de l’environnement, qui indique dans son article 1 que « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».

Précisément, le consensus est « total » dans la communauté scientifique, concernant la toxicité pour l’environnement de l’acétamipride, rappelle Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS. « L’impact des pesticides sur le vivant n’est plus à démontrer » alertent également 1200 médecins et chercheurs.

Il n’y a pas de controverse scientifique au sujet de l’acétamipride, souligne la toxicologue Laurence Huc dans Mediapart : « Toutes les études vont dans le même sens, de toxicité en général et neurotoxicité en particulier. » Dire le contraire aujourd’hui, c’est de l’« anti-science », et « cette anti-science s’observe dans les plus hautes sphères de l’État ».

Science contre compétitivité

Sur la question des pesticides, le sénateur Duplomb fait ainsi fi de la science, tout comme le syndicat FNSEA. « L’enjeu pour moi, c’est évidemment d’assurer la santé, mais c’est aussi de faire en sorte que je continue à produire une alimentation au profit des Français », affirmait ainsi Arnaud Rousseau l’été dernier, dénonçant une « hystérie » du débat. Les paysans, riverains et enfants malades des pesticides apprécieront. À la suite de la censure partielle de la loi Duplomb, la FNSEA réclame désormais un projet de loi, avec un article unique, pour rouvrir la voie au retour de l’acétamipride.

Revenons à la dermatose nodulaire contagieuse. Est-ce vraiment la science qui prime dans la position de la FNSEA, ou des considérations davantage économiques ? Si la FNSEA est contre une vaccination généralisée, c’est parce qu’elle présente un « risque d’effondrement des exportations et des prix », reconnaît Arnaud Rousseau. Car les éleveuses et éleveurs qui doivent vacciner leurs animaux ne peuvent plus, temporairement, exporter. Sur les pesticides comme sur l’abattage total, pour ces représentants de l’agro-industrie, ce n’est pas la science qui l’emporte ni l’émotionnel, mais l’appât du gain.