« Tous les moyens légaux et illégaux sont utilisés pour culpabiliser et discréditer les grévistes », accusent la CGT et la CFDT de la clinique Médipôle des Pyrénées-Orientales dans un communiqué du 20 mai. Voilà 29 jours que les salariés de cette établissement appartenant au groupe de santé privé lucratif Elsan, se sont mis en grève à Cabestany, en banlieue de Perpignan. Ils et elles exigent une augmentation de leur rémunération et l’amélioration de leurs conditions de travail.
Le mouvement est massif. Depuis le 24 avril, la clinique, qui compte environ 600 salariés et accueille 81 000 patients par an, tourne au ralenti. Tous les services ont été regroupés sur un seul niveau, alors qu’ils sont habituellement déployés sur trois.
Les relations sont de plus en plus tendues entre la direction et les grévistes. Le 19 mai, la direction a stoppé les négociations et a déclaré au journal régional l’Indépendant envisager de « fermer temporairement l’établissement si cela s’avérait nécessaire ». La menace ne sera sans doute pas mise à exécution car cette pratique, dite du « lock out », est illégale en France : l’employeur a obligation de fournir du travail à ses employés non grévistes lorsque leur santé n’est pas mise en danger.

L’annonce semble surtout avoir pour but de faire porter la responsabilité de la baisse de l’offre de soin aux grévistes, accusés dans l’Indépendant de « prendre les patients en otage » et de mettre « en péril la continuité des soins ». Les deux syndicats de la clinique dénoncent quant-à eux une tentative de culpabilisation : « Ils vont jusqu’à déformer la réalité sur la prise en charge des patients de dialyse », écrivent les syndicats dans leur communiqué, alors que « le report ou l’annulation des séances est soumise à l’avis des médecins et de la direction uniquement ».
Personnel réquisitionné
Depuis le début de la grève, la quarantaine de soignants qui font tourner le service de dialyse est réquisitionnée, c’est-à-dire contrainte de travailler. « Nous n’avons jamais eu la volonté de contester ces réquisitions car c’est un service sensible », affirme Anne-Laure Affani, déléguée syndicale CGT de la clinique. En revanche, une vingtaine de réquisitions de grévistes pour d’autres service, demandées par le groupe Elsan et ordonnées par la préfecture des Pyrénées-Orientales, ont été cassées par le tribunal administratif de Montpellier le 18 mai 2026 suite à un recours de la CGT.
Ces réquisitions concernaient des salariés des services de chirurgie ambulatoire et d’endoscopie. « Les conditions de nécessité et de proportionnalité des réquisitions ne sont pas remplies en l’espèce », stipule la décision de justice. « Là, on s’est dit qu’on négociait avec des gens qui n’hésitaient pas à bafouer le droit de grève, soupire Anne-Laure Affani. Il faut savoir quels services sont impactés avant de réquisitionner des grévistes. Les réquisitions ne doivent pas permettre un fonctionnement normal de la clinique mais de pouvoir assurer un service minimum. Or, la direction n’avait pas de définition précise de ce qu’était, pour elle, un service minimum. Et ça lui a aussi été reproché », poursuit la déléguée syndicale.
Si les réquisitions n’ont été cassées par le tribunal que pour une seule journée, la CGT revendique malgré tout une victoire. « C’est nous qui sommes dans les clous et la loi doit s’appliquer pour tout le monde », conclut la syndicaliste
Une bataille pour les salaires
Face aux manœuvres de la direction, les grévistes, réunis tous les matins en assemblée générale, oscillent entre colère et lassitude. « Mes voisins se demandent pourquoi les gendarmes viennent sans cesse sonner chez moi », sourit Magali. Aide-soignante de nuit depuis 25 ans à la clinique Médipôle, elle est réquisitionnée chaque jour par ces derniers, sous constat d’huissier. « Et tout ça coûte de l’argent alors qu’on pourrait juste l’utiliser pour augmenter nos salaires », ajoute-t-elle.
Selon Simon Ormeda, membre du comité social et économique de la clinique, environ 50% des salariés de Médipôle touchent entre 1600 euros et 1700 euros nets mensuels. Soit le Smic, auquel s’ajoute la prime dite Ségur, obtenue après la crise du Covid-19, qui est d’environ 180 euros nets.
C’est dans cette échelle de rémunération que se trouvent les aides-soignantes de la clinique, mais aussi Damien, brancardier, ou Thierry, employé du service technique, qui répare le matériel de l’hôpital. « Ce n’est pas assez. C’est pour ça que je travaille entre 13 et 18 nuits par mois. Ça me permet de toucher une prime de 150 euros mensuels, même si j’y passe a santé », souligne l’aide-soignante Magali.

Dans ce contexte, la prime annuelle d’intéressement d’environ 1500 euros, touchée par tous les salariés de la clinique, est vue comme une respiration. C’est parce que les négociations annuelles obligatoires de mars 2026, ont tenté de modifier les conditions d’obtention de cette prime que la grève a s’est déclarée à Médipôle.
« Nous voulons un déclenchement de la prime basé sur le nombre de patients accueillis, car soigner c’est s’occuper des humains, pas des chiffres. Eux veulent un déclenchement basé sur le chiffre d’affaires. Dans d’autres cliniques Elsan où cela a été mis en place, la prime d’intéressement a sauté », explique l’élu au CSE Simon Ormeda, par ailleurs infirmier en dialyse.
La principale revendication des grévistes au départ de la grève était aussi le versement d’un treizième mois vienne pour pérenniser les 1500 euros annuels touchés au titre de l’intéressement. Pour l’heure, les dernières propositions de la direction s’élevaient à 400 euros de prime pérenne à partir de 2028 et la modification du seuil de déclenchement de l’intéressement.
Le 13 mai 2026, les salariés de la clinique Saint-Pierre de Perpignan, appartenant également au groupe Elsan, ont de leur côté mis fin à une grève de 20 jours, dont les revendications étaient les mêmes qu’à Médipôle. Elles et ils ont accepté les 400 euros de prime pérenne, cette fois promis dès 2027.
En sera-t-il de même à Cabestany, où les grévistes sont échauffés par le comportement de leur direction ? Une médiation avec un expert mandaté par la préfecture a eu lieu mercredi 20 mai. Les salariés doivent à nouveau se réunir en assemblée générale le jeudi 21 mai.
