Sept écologistes condamnés à verser 206 000 euros pour avoir bloqué un train de blé

ÉcologieAgro-industrie

Sept des douze personnes jugées en décembre dernier pour avoir stoppé, en 2022, un train de blé lors d’une mobilisation contre les ravages de l’agro-industrie ont été condamnées à de lourds dommages et intérêts.

par Tiphaine Guéret

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206 000 euros. C’est la somme que devront verser sept militants écologistes à trois grosses entreprises : SNCF Réseau, Sofral Le Gouessant (coopérative agricole) et la compagnie de transport Millet Rail, dans le cadre de l’affaire dite du « train bloqué ».

Le 15 décembre dernier, ils avaient été jugés aux côtés de cinq autres personnes par le tribunal correctionnel de Lorient pour « entrave à la mise en marche ou à la circulation de trains, entrée irrégulière dans l’enceinte du chemin de fer, dépôt de matériau ou objets quelconques dans l’enceinte du chemin de fer, dégradations de biens d’autrui, en réunion ». La décision a été rendue ce 11 février. Cinq activistes ont été relaxés, six ont écopé de 5000 euros d’amende avec sursis et une personne a été condamnée à 5000 euros ferme – en plus des indemnités.

Au cœur de ce procès, une action de désobéissance civile, menée le 19 mars 2022, à Saint-Gérand, petite commune du Morbihan, et ciblant un train qui transportait 1390 tonnes de blé, destiné à deux usines de production alimentaire pour bétail. Une partie de son chargement avait été déversé sur les voies. À travers cette mobilisation, le collectif Bretagne contre les fermes-usines, qui compte notamment en son sein des syndicalistes de la Confédération paysanne, des militantes d’Extinction Rebellion et des Faucheurs volontaires, entendait visibiliser les ravages du système agro-industriel.

En face, les réactions avaient été virulentes, la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) du Morbihan étant allée jusqu’à condamner un « acte qualifiable de terroriste ».

« Des citoyens face à des poids lourds de l’agro-industrie »

Plusieurs mastodontes du secteur s’étaient par la suite portés parties civiles : la FNSEA ainsi que ses fédérations régionale (FRSEA) et départementale (FDSEA), Le Gouessant, SAS Sanders Bretagne, l’Association générale des producteurs de blé, la Coopération agricole, InterCéréales, la Coopération agricole Ouest, la Fédération du négoce agricole et Nutrinoë. « Des citoyens face à des poids lourds de l’agro-industrie et de sa défense », dénonçait un des activistes auprès de Basta!, la veille du procès.

À l’issue de l’audience, des peines de trois à six mois de prison avec sursis avaient été requises par la procureure. Ces réquisitions n’ont pas été suivies. Mais les indemnités demandées aux militants demeurent conséquentes. « La décision rendue est mesurée sur le volet pénal, mais elle ne correspond pas au changement de paradigme que nous pourrions attendre au regard de l’état de la planète et ici au regard des conséquences de l’agro-industrie bretonne dans tous les domaines écologiques, sanitaire, social et démocratique, commente, dans un communiqué diffusé par Bretagne contre les fermes-usines, Jérôme Bouquet-Elkaïm, avocat du collectif. Une relaxe était possible dans ce contexte et s’agissant de défenseurs de l’environnement, poursuit-il. Il y a donc une certaine déception car cette décision n’est pas à la hauteur des enjeux. »

Les militants condamnés ont dix jours à compter du délibéré pour faire appel.