Ce que peuvent les communes pour une agriculture sans pesticides

Débats

Maires et élus municipaux peuvent agir en matière d’agriculture : protection des terres et des sources d’eau, promotion d’une alimentation collective, bio et locale de qualité sont autant de leviers entre leurs mains, à l’approche des municipales.

par Nolwenn Weiler

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40 000 fermes ont disparu ces trois dernières années, soit un peu plus de 250 par semaine ou 35 par jour... Face à cette saignée, des communes et leurs élues se mobilisent, pour garantir l’accès de leurs populations à une alimentation locale et de qualité. Mais que peuvent-iels faire ? Voici quelques exemples.

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Protéger les terres agricoles de la spéculation, de l’urbanisation grâce à des zones agricoles protégées (ZAP). C’est ce que fait la commune de La Roquebrussanne (Var). Depuis 2013, la commune a intégré une ZAP dans son document d’urbanisme en vue de préserver les espaces agricoles de toute pression foncière. Cette zone protégée s’étend sur 1081 hectares, soit 30 % du territoire communal.

Protéger les ressources en eau : la commune de Wingles (Pas-de-Calais) a racheté une partie des terrains (30 hectares) autour d’un point de captage d’eau potable. Les terres ont été mises à disposition de deux agriculteurs ayant choisi de se convertir peu à peu à l’agriculture biologique, donc de ne plus utiliser de pesticides ou d’engrais chimiques qui auraient pollué l’eau.

Fournir les cantines scolaires en aliments bio et locaux. Depuis 2022, les collectivités sont tenues par la loi de servir au moins 20 % de produits issus de l’agriculture biologique. Un certain nombre d’entre elles ne respectent pas cette obligation légale (20 sur les 97 villes préfectures enquêtées par Agir pour l’environnement). D’autres ont fait le choix d’aller bien au-delà. C’est le cas de Saint-Étienne, Périgueux et Bordeaux, dont la part de produits bio en restauration collective atteint respectivement 74,5 %, 70,8 % et 66,2 % d’après une enquête toute récente de l’association Agir pour l’environnement.

Pour encourager les installations agricoles, en garantissant des débouchés aux producteurices, d’autres communes investissent dans des paniers bio pour les femmes enceintes, via les « ordonnances vertes », encouragées par de nombreuxses soignantes.

Autre levier pour les élues : rejoindre le réseau national des fermes publiques, qui a vu le jour en septembre 2025. Emmené par la ville pionnière de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), ce réseau entend « fédérer, accompagner et promouvoir les fermes publiques à l’échelle nationale ».

Trois critères essentiels définissent les fermes publiques : une gouvernance publique (commune, métropole, département, région ou établissement public), une production dédiée à la restauration collective ou à un service public lié à l’alimentation (cantines, crèches, centres de loisirs, Ehpad, épiceries sociales…) et un engagement en faveur de l’agriculture biologique. 

« Chaque ferme disparue, chaque hectare agricole bétonné, chaque litre d’eau contaminé réduit la capacité des communes à nourrir localement leur population », alerte l’ONG Terre de liens qui a lancé un appel aux maires à l’automne dernier en vue des élections municipales de mars 2026. Mais les membres de cette organisation, qui réunit dix-neuf associations territoriales, ne sont pas les seules à considérer l’importance du pouvoir des élues locaux.

À la fin du mois de novembre 2025, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau, qui ne défend pas exactement le même modèle agricole que Terre de liens, a publié un éditorial dans le quotidien Ouest-France où il « en appelle à toutes celles et tous ceux qui travaillent la terre : osez vous engager, osez vous présenter sur les listes aux prochaines élections municipales. Pour être présents là où se décident les projets de vie de nos villages : l’eau, l’énergie, l’alimentation, la mobilité, l’aménagement ».

Il dit vrai : car les élues des communes exercent aussi leur pouvoir dans des instances où se dessinent certaines politiques publiques, celles de l’eau par exemple, et des manières de la partager ou de la protéger des pollutions (agricoles, par exemple).

Enfin, dernière bonne raison d’interroger les élues des communes sur leurs ambitions en matière agricole : ils et elles font partie des grandes électeurices qui choisissent nos sénateurices, dont certaines s’illustrent par des propositions de loi peu favorables à l’intérêt général, et à la santé des agriculteurices, comme l’illustre le projet de loi Duplomb.