Des feux incontrôlables en France, en Espagne, même en Belgique et en Allemagne… Dans l’ensemble des pays de l’Union européenne, au moins 606 000 hectares de forêts ont brûlé depuis le début de l’année. En France, le chiffre s’élève à 100 000 hectares, selon les estimations du système européen d’information sur les feux de forêt (Effis). C’est trois fois plus que l’année dernière.
Quatre pompiers français sont morts en juillet en tentant de lutter contres les incendies dévastateurs. Trois pompiers grecs sont aussi décédés en Crète il y a quelques semaines. Les incendies qui ont ravagé l’Espagne en juillet ont tué treize visiteurs dans le sud du Pays.
La France, l’Allemagne, les Pays-Bas ont perdu des milliers de pompiers
L’an dernier déjà, près d’un million d’hectares avaient brûlé à travers l’Europe. Pourtant, malgré l’augmentation du risque de feux extrêmes avec le réchauffement climatique, le nombre de pompiers professionnels diminue dans de nombreux pays européens. Selon les données d’Eurostat, les pays de l’Union européenne comptaient 372 400 pompiers professionnels en 2025. C’est 18 200 pompiers de moins qu’en 2024.

La France a ainsi perdu 4100 postes de pompiers professionnels en 2025 (47 700 pompiers) comparé à l’année précédente (51 800 pompiers), sachant que plus des trois quarts des pompiers de France sont des pompiers volontaires. Dans le même temps, les Pays-Bas ont perdu 2400 pompiers, l’Allemagne, également de plus en plus touchée par des incendies de forêt, compte 8000 pompiers en moins. « Mais l’Allemagne compte plus d’un million de pompiers volontaires, contre environ 200 000 en France », rappelle Pablo Sánchez Centellas, qui suit le secteur des pompiers à la Fédération européenne des syndicats des services publics.
Autre pays en manque de soldats du feu, la Bulgarie, avec 1700 pompiers en moins en 2025 par rapport à 2024. L’Espagne en a perdu 900, la Belgique 200. La baisse se fait moins sentir dans des pays du sud de l’Europe. L’Italie a conservé le même nombre de pompiers professionnels entre 2024 et 2025. La Grèce et le Portugal, particulièrement exposés aux incendies, en ont gagné : plus 3000 pompiers en Grèce en un an, plus 4900 au Portugal. Il faut dire que les pompiers portugais se sont largement mobilisés l’an dernier pour obtenir plus de moyens.
Comment expliquer cette réduction du nombre de pompiers dans des pays sujets à toujours plus d’incendies intenses et difficilement maîtrisables pendant l’été ? « Certaines des réductions d’effectifs les plus importantes ont eu lieu dans des pays que la Commission a soumis à une “procédure pour déficit excessif” en 2024 », notait la Confédération européenne des syndicats en août.
En juin 2024, la Commission européenne a lancé une procédure de déficit excessif à l’encontre de sept États membres de l’UE, dont la France, l’Italie et la Belgique, pour avoir dépassé la limite de déficit public, fixée à 3 % du produit intérieur brut, avec un plafond de dette publique équivalent à 60 % du PIB.
« En Belgique, la dette publique dépasse 100 % du PIB », note Pablo Sánchez Centellas, comme en France, où elle se situe à plus de 117 %. Quand des pays sont visés par une procédure de déficit excessif, ils doivent en principe se soumettre à des programmes de réduction des dépenses publiques, dont celles des services publics.
« Donc, en Belgique, le discours politique dominant est aujourd’hui de dire qu’il faut faire toujours plus d’économies sur les dépenses publiques. Alors, on coupe dans les effectifs, notamment des pompiers. En face, il y a des feux de forêt comme on n’en a jamais vu, mais nous n’avons pas les moyens humains et matériels suffisants, poursuit le coordinateur syndical. Le nombre d’interventions des pompiers augmente à travers l’Europe, avec des incendies plus intenses pendant la saison des feux, qui s’étend maintenant de mars à octobre. Du coup, les pompiers sont à bout de force. Ils sont aussi dans l’ensemble de plus en plus âgés. »
Les pompiers français mobilisés en septembre
Pour la Confédération européenne des syndicats, la lutte contre les incendies est une raison supplémentaire de demander « une révision des règles de gouvernance économique de l’Union européenne, afin de garantir que tous les États membres puissent investir dans les services publics essentiels et dans leur personnel ».
C’est ce que demandent aussi les pompiers : investir et recruter. Les pompiers français revendiquent au moins 21 000 créations de postes de soldats du feu professionnels. Après une journée de grève le 13 août, ils prévoient une nouvelle mobilisation fin septembre.
