« Ce 12 février, nous allons bloquer les deux artères principales de Bruxelles », explique Miguel Schelck, permanent syndical des jeunes FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) dans la capitale belge. L’action prévue par son syndicat clôture une séquence de trois journées de grèves et d’actions les 5, 10 et 11 février dans différentes provinces du royaume. « L’idée est de tenir sur la durée, donc les provinces se mobilisent successivement. Ces trois jours permettent aussi de préparer la grande manifestation nationale prévue le 12 mars », poursuit le jeune syndicaliste.
Ainsi, des grèves ont eu lieu dans les transports en commun, chez les enseignants ou encore dans de grands magasins. La FGTB, syndicat de tradition socialiste, n’était d’ailleurs pas seul mobilisé. La CSC (démocrate chrétien) a aussi appelé à des actions. C’était le cas à Liège où « les Verts », ont manifesté aux côtés de 2000 à 3500 personnes, selon le média belge l’Avenir.
Le mouvement social belge a débuté il y a plus d’un an et son objectif est toujours le même : faire échouer le plan d’austérité annoncé par la coalition gouvernementale composée de partis allant du centre gauche – dont le parti socialiste flamand – à la droite dure – gouvernement surnommé « Arizona » en référence aux couleurs des partis qui constituent la coalition (orange, bleu, rouge et jaune) et qui rappellent le drapeau de l’État de l’ouest états-unien.
Cette austérité passe par différentes réformes jugées « antisociales » par les syndicats. Parmi elles : une réforme des pensions de retraite, une flexibilisation des contrats et des conditions de travail, un durcissement des règles d’accès à l’assurance-chômage, ou encore la désindexation des salaires sur l’inflation pour les salariés gagnant plus de 4000 euros brut.
Grosse pression sur les socialistes belges
Les syndicats sont toutefois parvenus à enrayer plusieurs de ces réformes antisociales. En 2025, douze journées de mobilisations sociales se sont succédé. Un tel mouvement social n’avait pas été observé en Belgique depuis au moins 10 ans.
La journée de grève interprofessionnelle du 31 mars 2025 avait mis un premier coup de frein à l’action du gouvernement Arizona. Le nouveau mode de calcul des pensions de retraite en projet a commencé à être assoupli en faveur des salariés. Les mobilisations organisées en avril, mai et juin ont entraîné de nouvelles concessions, avec la prise en compte des périodes de chômage, du service militaire (non obligatoire) ou encore des maladies longue durée dans le calcul des pensions, ainsi que le maintien des dispositifs de fin de carrière dès 55 ans.
La rentrée de septembre a vu une victoire supplémentaire : le congé maternité est également pris en compte dans la réforme annoncée. Le 14 octobre, une manifestation a réuni 140 000 personnes dans les rues de Bruxelles, suivie de trois journées de grève générale en novembre. Le Premier ministre Bart de Wever acte alors un report de sa réforme des retraites. Elle n’entrera en vigueur qu’au 1er janvier 2027, au lieu du 1er janvier 2026. « C’est une première victoire mais notre objectif reste d’obtenir son retrait », commente Miguel Schelck du FGTB.
Le succès partiel des mobilisations belges s’explique aussi par la stratégie de pression mise sur le parti socialiste flamand, Vooruit, membre de la coalition gouvernementale et pourtant partenaire historique du syndicat FGTB. « S’il quitte la coalition gouvernementale, le gouvernement tombe. Une des stratégies du mouvement social consiste à mettre la pression sur Vooruit pour obtenir des reculs et cela fonctionne », analyse Miguel Schelck.
Malgré tout, certaines réformes sont passées, comme la limitation de la durée des droits au chômage à deux ans.
