Culture, associations, travail attaqués : les 100 jours des maires d’extrême droite

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Depuis qu’ils ont été élus, les maires d’extrême droite retirent les subventions aux associations qui leur déplaisent, tentent d’imposer leur vision de la culture ou encore s’attaquent aux libertés syndicales. Bilan provisoire.

par Guillaume Bernard, Rozenn Le Carboulec

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En résumé :
  • Marine Le Pen, désormais candidate à l’élection présidentielle, prétend défendre « notre modèle social » et des « services publics de qualité ».
  • Or, les politiques concrètement mises en œuvre dans la soixantaine de villes gérées par le Rassemblement national (RN) montrent tout le contraire.
  • Par exemple, le maire RN de Montargis (Loiret) a stoppé la construction d’une école, d’une crèche et d’un centre pour le traitement du cancer. Ailleurs, ce sont des centres sociaux ou le Planning familial qui sont fragilisés.
  • À Carpentras (Vaucluse), la ferme municipale, qui produisait en bio des légumes servis dans les cantines scolaires, a été fermée par le maire RN.
  • Côté culture, dans plusieurs villes d’extrême droite, des festivals de musique ou de cinéma sont annulés, des expositions déprogrammées. À Moissac, le maire RN a même déclaré : « On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous ! »...
  • Les maires lepénistes s’attaquent aussi à de nombreux symboles, comme la cérémonie du 1er Mai en mémoire des mineurs morts à Liévain (Pas-de-Calais) ou celle de commémoration de l’abolition de l’esclavage à Vierzon (Cher).

Aux législatives de mars, le Rassemblement national et ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR, le parti d’Éric Ciotti), ont conquis 62 communes. Marine Le Pen, qui maintient sa candidature à l’élection présidentielle malgré sa condamnation en appel le 7 juillet, prétendait en 2022 défendre une augmentation du pouvoir d’achat, la défense de « notre modèle social » et de « services publics de qualité ». Or, ces promesses sont d’ores et déjà mises à mal à l’échelle locale.

Les élus locaux du RN retirent au contraire les subventions aux associations qui leur déplaisent, suppriment des aides à des projets sociaux, augmentent les prix de services, comme la cantine, ou encore s’attaquent aux droits des travailleurs et travailleuses. Basta! dresse ici un bilan provisoire des 100 premiers jours des nouveaux maires RN.

Carte où figurent 18 villes RN, avec un petit logo illustrant le type de mesure prise.
Notre carte recense plusieurs mesures mises en place dans les villes gérées par un maire RN ou d’extrême droite. Nous les avons classées en cinq catégories : culture (et censure), suppressions de services sociaux, attaques contre les associations, contre les syndicats, et les mesures anti-LGBT.
© Christophe Andrieu / Basta!

Bataille culturelle

Hénin-Beaumont : ville d’accueil d’un multicondamné pour agressions sexuelles

Plusieurs mairies frontistes, comme ceux d’Hénin-Beaumont et de Billy-Montigny, dans le Pas-de-Calais, ne voient aucun problème à accueillir les concerts de Jean-Luc Lahaye. En 2007, le chanteur a été condamné à 10 000 euros d’amende pour agression sexuelle sur une mineure de 15 ans, puis en 2015 à un an de prison avec sursis pour corruption de mineure. Depuis 2021, le chanteur est mis en examen pour « viol et agression sexuelle de mineures de plus de 15 ans » sur deux jeunes femmes. « Moi, je suis pour la présomption d’innocence, ça c’est mon côté avocat, désolée d’avoir encore quelques principes », avait commenté Marine Le Pen début mai au sujet de ce concert, en oubliant que le chanteur cumule déjà plusieurs condamnations.

Bagnols-sur-Cèze : haro sur la culture

Pascale Bordes, la maire frontiste de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, a stoppé l’acquisition des murs de l’unique cinéma local, qui conditionnait sa survie, rapporte Le Canard enchaîné. La municipalité a aussi réduit la programmation culturelle de la salle municipale, en annulant 9 spectacles sur les 28 prévus, parmi lesquels celui de l’humoriste Muriel Robin ou du chorégraphe Mourad Merzouki.

Castres : patriotisme en scène

C’est par le biais d’un post Instagram que l’auteur et metteur en scène Alexis Michalik a diffusé la nouvelle le 10 juin. Pourtant programmée et validée, la représentation de sa pièce Passeport, prévue à Castres en février 2027, a été annulée sur décision de la commune. Selon l’artiste, cette décision « est intervenue à la dernière minute à la demande des nouveaux élus RN de la municipalité ».

Le thème de l’œuvre, qui raconte des parcours d’exil, n’a pas plu au maire, Florian Azéma. Interrogé par l’Agence France-Presse, celui-ci a dit souhaiter « que l’argent public, l’argent des Castrais, soit dépensé correctement ». Or, si la pièce fait « la promotion des clandestins et [propose] un traitement assez particulier des forces de l’ordre, évidemment, cela ne correspond pas à ce que j’avais défendu pendant la campagne », a-t-il ajouté. Cette annulation a été condamnée par la ministre de la Culture, Catherine Pégard, lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale le 16 juin.

Ce même maire RN avait organisé le 10 mai une « fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme », a rapporté Libération.

Carcassonne : une exposition qui a failli être censurée

Devenue icône de l’extrême droite, Jeanne d’Arc est aussi mise en avant à Carcassonne, où un buste à son effigie a été réinstallé sur le parvis d’une église. Dans le même temps, le maire RN Christophe Barthès a, selon Le Monde, demandé le retrait d’une œuvre réalisée par l’artiste franco-marocain Mehdi-Georges Lahlou dans le cadre de l’exposition « Pop-up collections ».

Celle-ci représentait une suite de corps dans différentes positions de prière, recouverts d’un drap de plâtre blanc. Le fonds régional d’art contemporain et Les Abattoirs, institution culturelle d’art moderne et contemporain de Toulouse, qui portaient le projet, ont tenu bon, refusant cette censure.

Carpentras annule un festival de cinéma

D’abord reporté, le festival de courts-métrages Carpentras fait son cinéma, qui se tenait depuis sept ans, n’aura finalement pas lieu en 2026. Le maire RN Hervé de Lépinau a décidé de supprimer la subvention qui était jusqu’alors accordée à l’association organisatrice, qui regrette d’avoir appris cette information par la presse, comme elle le détaille dans un communiqué publié début juillet.

Cet événement n’est plus prioritaire pour le nouveau maire, qui défend une nécessaire « rigueur budgétaire ». « La ville n’a plus d’argent, on a dû hiérarchiser les subventions attribuées, on a privilégié les clubs de sport par rapport à ce type d’associations qui n’ont qu’un événement unique dans l’année », a-t-il expliqué à l’AFP.

La Flèche : plus de concerts gratuits cet été

Les concerts gratuits organisés chaque été à La Flèche, dans la Sarthe, n’auront pas lieu cette année. L’association organisatrice, Le Carroi, a dû faire des choix après la baisse de ses subventions actée par la nouvelle municipalité RN. En charge de la programmation culturelle de la commune, l’association organise notamment un festival des arts de la rue nommé Les Affranchis, des expositions, ainsi qu’une série de concerts, qui sont donc annulés.

L’enveloppe de 253 000 euros allouée par la ville est passée à 190 000 euros et l’association perd la mise à disposition d’un appartement qui servait à loger des artistes résidents, rapporte à Basta! le directeur du Carroi, Richard Le Normand. « On a baissé les salaires des artistes, fait passer un chapeau pour nous aider, mais ça ne suffisait pas », explique ce dernier, qui dénonce une méthode « arbitraire ».

C’est un « non sujet », répond à Basta! Olivier François, directeur de cabinet du maire : « La subvention à cet organisme représente à elle seule 69 % de l’ensemble des subventions de la ville, parfois au détriment des autres associations. L’effort demandé à celle-ci ne fut que de 50 000 euros, soit à peine 3,35 % de la masse totale », assure-t-il.

D’autres associations culturelles sont menacées dans cette commune, comme la compagnie de théâtre Les Têtes d’atmosphère, qui prévoyait un spectacle avec des personnes migrantes, et voit son budget passer de 30 000 à 15 000 euros.

Vauvert : une exposition et un festival annulé

C’est via un post Facebook que le nouveau maire RN de Vauvert (Gard), Nicolas Meizonnet, a annoncé sa décision d’annuler l’exposition du photographe Sylvain Brino. En cause : « ce militant LFI » et « mélenchoniste convaincu » partage, selon l’édile, « des publications aux relents antisémites et des propos haineux tombant sous le coup de la loi », en qualifiant notamment le RN de « résolument nazi » sur ses réseaux sociaux. Vantant une économie de 2136 euros avec cette annulation, le maire promet qu’« une exposition moins coûteuse pour la ville et plus fédératrice » sera proposée.

Nicolas Meizonnet a aussi décidé de mettre un terme au financement du festival Jazz à Vauvert, qui se tenait depuis 12 ans. Une « décision brutale », dénonce l’association organisatrice, qui a entraîné l’arrêt de l’événement.

À Vierzon, le maire veut oublier l’esclavage

Le 10 mai, c’est la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage qui a été annulée par la municipalité RN de Vierzon (Cher). Organisé depuis une dizaine d’années, cet événement « attirait très peu de gens », a défendu auprès d’Ici Berry, Yves Husté, adjoint au maire chargé de la Jeunesse et des Anciens combattants. L’élu chiffre le coût d’une telle cérémonie à 1500 euros et évoque, comme d’autres, un impératif budgétaire.

Moissac : priorité au catholicisme et aux traditions

Une vision bien particulière de la culture s’est manifestée, cette fois, dans le Tarn-et-Garonne. Lors d’un conseil municipal explosif, le 28 avril, le maire RN de Moissac, Romain Lopez, a défendu le financement à hauteur de 35 000 euros d’un « village médiéval » inspiré du Puy du Fou. L’enveloppe du comité des fêtes est aussi augmentée à 42 000 euros, pour l’organisation d’une fête de la Rosière qui, pour la Pentecôte, couronne la jeune Moissagaise « la plus vertueuse et la plus méritante de l’année », comme l’indique le site de la commune.

Cet événement pourrait être suivi d’une célébration des fêtes johanniques, « avec une procession en cœur de ville pour rappeler le catholicisme de notre cité », a défendu le maire en conseil municipal, comme le rapporte La Dépêche du Midi.

Face aux contestations de l’opposition, le maire a coupé les micros. « La culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous ! » a lâché l’édile.

Attaques contre les services sociaux

Nice : une prison à la place d’un foyer

La construction d’une nouvelle prison à Nice fait partie des promesses de campagne d’Éric Ciotti. Comme cela ne fait pas partie des prérogatives d’un maire, l’élu UDR pousse son dossier auprès du garde des Sceaux Gérald Darmanin. Parmi ses arguments : la mise à disposition d’un site de 54 000 m² d’emprise foncière qui est aujourd’hui utilisé par la résidence sociale Nicéa. Or, ce foyer de vie qui appartient à la municipalité accueille entre 700 à 900 anciens travailleurs immigrés venus d’Afrique du Nord, aujourd’hui âgés de 70 à 95 ans, qui comptent bien finir leurs jours dans ces logements.

Désormais menacés d’expulsion, certains d’entre eux ont décidé de se battre. « S’il le faut, on ira jusqu’à déposer plainte. Ce n’est pas parce que c’est le maire de Nice que tout est permis », lâche Mustapha Béchir devant la caméra de BFM Nice.

Montargis et Vierzon : de prétendues « factures impayées » pour mettre à l’arrêt des projets d’intérêt public

Les maires d’extrême droite s’inspirent-ils les uns des autres ? C’est ce que laissent penser les deux coups de communications orchestrés à deux semaines d’intervalle par les édiles de Montargis (Loiret) et Vierzon (Cher). En avril 2026, tous deux ont organisé un raout médiatique pour dénoncer de prétendus milliers de factures impayés par les maires précédents des deux communes.

Cet argument à l’appui, ils ont décidé de mettre à l’arrêt des projets d’intérêt public, comme la construction d’une école, d’une crèche et d’un centre pour le traitement du cancer à Montargis ou des aides à la rentrée scolaire à Vierzon, pour un total de 120 000 euros par an. L’élu de Vierzon, proche de l’extrême droite radicale et policier de métier, a assumé ces économies, précisant qu’elles serviraient à embaucher notamment des policiers municipaux supplémentaires.

« Le compte administratif [le récapitulatif de l’ensemble des recettes et des dépenses effectivement réalisées par la ville sur une année, ndlr] a heureusement permis de démentir le narratif cataclysmique du maire de Vierzon », souligne auprès de Basta! l’association Veille solidaire de Vierzon, créée par la liste d’union de la gauche aux municipales. Mais les baisses de dépense ont tout de même été validées.

Carpentras : la ferme bio mise au rebut

« C’était notre plus beau projet », confie un ex-conseiller municipal divers gauche de Carpentras au média Vert. Depuis 2023, une ferme municipale bio gérée par deux employés municipaux fournissait 25 % des légumes servis dans les 1600 repas quotidiens des cantines scolaires, « avec un objectif de 100 % à terme grâce à une surface totale de 6,5 hectares », poursuit l’ancien élu. Mais le 20 mai 2026, les agents ont été informés qu’il n’y aurait plus de régie agricole à partir du 1er juin... « La situation financière de la ville fait qu’elle doit se recentrer sur les missions régaliennes », explique le nouveau maire RN de la commune, Hervé de Lépinau, dans une réponse au média La Provence.

Attaques contre les libertés associatives

Bagnols-sur-Cèze : coupes claires dans les subventions

Diviser par deux le financement des associations. C’est ce qu’a décidé la maire RN de Bagnols-sur-Cèze, Pascale Bordes. Fin avril, son conseil municipal a fait passer le budget des associations de 953 000 à 496 000 euros, selon La Marseillaise. La mairie a par ailleurs décidé de supprimer une subvention annuelle de près de 190 000 euros à l’association Mozaïque en Cèze, qui gère deux centres sociaux, détaille Midi Libre.

Carcassonne : des associations intimidées

Le maire RN Christophe Barthès a annoncé, dès son installation, qu’il supprimait la maigre subvention annuelle à la section locale de Ligue des droits de l’homme (LDH), de 300 euros, et qu’il révoquait les accès gratuits de la LDH à la Maison des associations de la ville. La raison ? L’association de défense des droits humains a saisi, en mai, le tribunal administratif contre un arrêté municipal anti-mendicité pris par le maire. « On ne mord pas la main qui vous nourrit », a répliqué le maire, n’hésitant pas à menacer d’autres associations qui participeraient à une manifestation contre l’extrême droite prévue le 29 avril, et organisée par le récent collectif Nous Carcassonne, fondé par des jeunes de la ville quelques jours après l’élection municipale. Ces associations « n’auront plus de subventions de la mairie », a prévenu le maire auprès de France 3 Occitanie.

Carpentras : les associations « wokistes » pointées du doigt

Place aussi à la rigueur, à Carpentras, où le maire RN Hervé de Lépinau a supprimé environ 300 000 euros de subventions (un sixième du budget qui leur était alloué) à une vingtaine d’associations locales, dont le Planning familial. « Celle-ci prend régulièrement et ouvertement position contre le Rassemblement national et ses candidats pendant les campagnes électorales », a justifié l’édile d’extrême droite dans un communiqué. Il a, en outre, fustigé « un organe politisé et partisan, mais aussi un avant-poste d’une idéologie controversée qu’est le wokisme ». Dénonçant ce « choix politique », le Planning familial a ouvert une cagnotte récoltant plus de 4000 euros, soit plus que la subvention perdue.

Hayange : un centre social menacé

À Hayange, en Moselle, l’unique centre social de la ville, le Casc, a vu sa subvention divisée par deux sur décision du maire RN Fabien Engelmann : l’enveloppe est passée de 95 880 à 47 947 euros. L’avenir de la structure, qui emploie cinq salariés, est clairement menacé : « À la fin de l’année, on ferme », alerte sa présidente Sylviane Kopytowski auprès d’Ici Moselle. Au total, la moitié des 50 associations financées par la commune essuient une baisse de leurs subventions par rapport à l’exercice précédent, selon les informations du Républicain Lorrain, recueillies auprès de Gilles Wobedo, conseiller municipal de l’opposition à Hayange.

La Flèche : surtout pas d’aide pour les exilés

Outre la baisse des financements aux associations culturelles, le maire RN de La Flèche, Romain Lemoigne, a décidé de supprimer la subvention de 5000 euros accordée à Solidarité Accueil Exilés, les 370 euros d’ATD Quart monde, et d’en baisser d’autres, comme celle de la structure d’apprentissage du français pour les étrangers, qui passe de 4000 à 1000 euros. « On ne subventionne pas les associations qui aident les migrants », a assumé l’édile, comme le rapporte Ici Maine.

Auprès de Basta!, le directeur de cabinet du maire soutient que « les subventions ont été attribuées avec discernement et dans une juste mesure » face à « la situation financière catastrophique laissée par l’ancienne majorité municipale » (la maire précédente était PS). Il défend que les dotations de la Croix-Rouge et des Restaurants du cœur ont augmenté, et que sa priorité absolue reste la sécurité, avec l’embauche de trois policiers supplémentaires, ou encore le développement de la vidéoprotection.

Attaques contre les syndicats

Carcassonne : la bourse du travail attaquée

Le 30 avril, après une manifestation de lycéens contre le RN soutenue par plusieurs syndicats, le nouveau maire RN de Carcassonne, Christophe Barthès, annonçait qu’il retirerait l’usage de la Bourse du travail, mis à disposition par la commune, à la CGT, la CFDT, la FSU et Solidaires. Depuis, la bataille est devenue nationale, se transformant en symbole de la défense des libertés syndicales. Et les manifestations se multiplient à Carcassonne. « On attend que la mairie engage la procédure d’expulsion. Un juge statuera, et au bout du bout, c’est le préfet qui signera ou pas l’arrêté d’expulsion », explique à Basta! Sophie Trochet, secrétaire générale de l’union départementale de l’Aude.

Grenay et Liévain : les maires RN du bassin minier n’aiment pas le 1er mai

Les maires RN du bassin minier du Nord ne veulent plus laisser la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs aux syndicats. Pour le 1er mai 2026, Daisy Duveau, nouvelle maire RN de Grenay, a mis fin à une coutume qui avait cours sous le mandat des édiles PCF, qui tenaient la mairie depuis les années 1950. Chaque année, la mairie organisait un défilé du 1er mai à l’issue duquel des représentants syndicaux prenaient la parole. C’est désormais terminé.

À quelques kilomètres de là, Dany Paiva, nouveau maire RN de Liévain a décidé de changer les modalités de la cérémonie d’hommage aux 42 mineurs morts de Liévain suite à un coup de grisou, en 1974, qui se tenait traditionnellement le 1er mai. La mairie a organisé une cérémonie réduite au strict minimum, sans la présence des syndicats « qui utilisaient la cérémonie pour faire de la politique », confie l’édile auprès de France Inter. Ce type de mesure avait déjà été prise par le passé par les pionniers de l’implantation RN dans le bassin minier : l’équipe municipale de Steeve Briois à Hénin-Beaumont.

Hénin-Beaumont : victoire de deux syndicalistes face au maire

En mai 2026, un agent et une agente de la maire d’Hénin-Beaumont syndiqués à Sud avaient été temporairement exclus de la fonction publique, respectivement pour deux ans et un an, sans salaire, par le maire RN Steeve Briois. La décision avait été prise contre l’avis du conseil de discipline et justifiée par de prétendus conflits d’intérêts pour l’un et des écarts professionnels allégués pour l’autre.

Le 3 juillet, le tribunal administratif de Lille a donné tort à la commune et l’a contrainte de réintégrer, sous sept jours, les deux fonctionnaires. L’un d’eux, Djelloul Kheris, est une figure de la contestation de la gestion municipale RN d’Hénin-Beaumont depuis la prise de fonction de Steeve Briois en 2014. Pour l’union syndicale Solidaires, l’acharnement du maire à l’encontre de cet agent communal vise avant tout à freiner l’action de l’organisation syndicale dans sa mairie avant les élections professionnelles de décembre 2026.

Saint-Avold : contre la fête populaire

En avril 2023, Hervé Simon, maire RN de Saint-Avold (Moselle), a refusé la privatisation d’un parc municipal pour accueillir la deuxième édition de la fête populaire de l’union locale CGT, invoquant « des raisons de sécurité » liées à l’affluence attendue. Face à la persévérance du syndicat, l’événement est finalement autorisé.

Politique anti-LGBT et pinkwashing

Elne et Faches-Thumesnil : les symboles LGBT+ effacés

Officiellement étiqueté « divers extrême droite », le nouveau maire d’Elne (Pyrénées-Orientales), Steve Fortel, a, quelques semaines après son arrivée, fait repeindre en blanc le passage piéton aux couleurs LGBTQIA+ devant la mairie. Il a aussi retiré le drapeau arc-en-ciel du fronton de l’Hôtel de ville, défendant auprès de France 3 Occitanie le fait que « les espaces publics de la commune doivent rester neutres ».

À Faches-Thumesnil (Nord), le nouveau maire – officiellement « divers droite » – Brice Lauret a aussi fait retirer les drapeaux arc-en-ciel du fronton de l’Hôtel de ville. Dans la foulée, il a annoncé l’annulation de la sixième édition locale de la marche des fiertés, qui était prévue le 25 avril, pour « des questions d’organisation ». La coordination du Collectif Lille Pride a tout de même réussi à maintenir l’événement, qui a rassemblé plus de 400 personnes.

Harnes : de la censure au pinkwashing

Dix jours avant son organisation, un ciné-débat LGBT+ prévu depuis plus de six mois dans le cinéma municipal d’Harnes (Pas-de-Calais) a été annulé par le maire RN Anthony Garénaux-Glinkowski. Organisé autour du film Trois nuits par semaine par une association de Lens, l’événement prévoyait aussi un débat sur l’univers du drag. Mais la municipalité a préféré organiser à la place son propre événement : une exposition et un ciné-débat avec une association 100 % maison. Structure ad hoc créée pour l’occasion, celle-ci ne comprend que des élus RN, comme nous le racontions sur Basta!.