Prix des carburants : le RN veux baisser les taxes mais refuse de taxer les superprofits

Rapports de force

Face à la hausse du prix des carburants, le RN propose de baisser les taxes, mais pas de taxer les superprofits des entreprises pétrolières. Et rejette la transition énergétique, alors que notre dépendance aux fossiles coûte de plus en plus cher.

par Guillaume Bernard

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Baisser les taxes sur les carburants pour lutter contre la hausse des prix du pétrole. C’est la proposition du Rassemblement national (RN) pour répondre à la crise actuelle. Du fait de la nouvelle guerre au Moyen-Orient, et du blocage du détroit d’Ormuz (par l’Iran puis par les États-Unis pour les ports iraniens), le prix moyen du gasoil en France a atteint 2,30 euros le litre et le sans plomb (E10) est passé légèrement au-dessus de la barre symbolique des 2 euros, contre moins de 1,8 euro le litre pour les deux types de carburants avant le début des hostilités, fin février.

« Lors du mouvement des Gilets jaunes, le gasoil était à 1,50 euro le litre », insistait, la semaine dernière sur France Info, Thomas Ménagé, porte-parole du RN. Pour le parti d’extrême droite, la nouvelle flambée des prix est l’occasion de marteler une proposition déjà brandie par Marine Le Pen lors de la campagne présidentielle de 2022 : faire du carburant un produit de première nécessité et faire ainsi baisser la TVA sur le carburant de 20 % à 5,5 %. Le RN se pose en défenseur des habitants des territoires ruraux qui ont besoin de leur voiture au quotidien. L’argument est porteur. Actuellement, un salarié qui habite à 30 kilomètres de son lieu de travail dépense en moyenne 170 euros de gasoil par mois, juste pour aller travailler.

Outre cette baisse de la TVA – que le parti souhaiterait appliquer aussi à l’électricité, au gaz ou au fioul domestique – le RN souhaite baisser la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) de 16 centimes par litre. Cette taxe sur les carburants et combustibles est aujourd’hui d’environ 60 centimes par litre pour le gazole et 70 centimes par litre pour l’essence.

La seule baisse de la TVA sur l’énergie coûterait entre 10 et 12 milliards d’euros par an aux finances publiques. Celle sur la TICPE, 4 milliards. Ce qui justifierait « un projet de loi de finances rectificatif », défendait Thomas Ménagé le 5 avril sur France 3.

Financer le carburant au détriment de la rénovation énergétique

Comment le RN compte-t-il trouver ces 14 à 16 milliards d’euros ? Notamment en récupérant l’argent consacré à la rénovation énergétique. En 2026, 8 milliards d’euros doivent ainsi être réinvestis via le mécanisme des certificats d’économie d’énergie (CEE). Ce dispositif peu connu permet de contraindre les vendeurs d’énergie comme EDF, Engie ou Total à financer des actions d’économie d’énergie, notamment la rénovation thermique.

Or, son efficacité est largement contestée. Les CEE ont été épinglés en 2024 par la Cour des comptes. En premier lieu, parce que les vendeurs d’énergie ont répercuté le coût du CEE sur les consommateurs eux-mêmes. Mais aussi parce qu’ils ouvrent la porte à tout un système de fraude.

« Oui, le dispositif est défaillant mais ce que propose le RN, c’est simplement de jeter le bébé avec l’eau du bain », explique Bastien Cuq, responsable énergie du Réseau Action Climat. Pour financer la rénovation énergétique, le parti d’extrême droite souhaite mettre en place un système de « prêt à taux zéro », qui coûterait 300 millions d’euros aux finances publiques, nous fait savoir Thomas Ménagé, qui a répondu à nos questions (voir boîte noire).

Du reste, pour financer la baisse de la TVA sur l’énergie, le député RN Jean-Philippe Tanguy, Thomas Ménagé ou encore Jordan Bardella évoquent pêle-mêle : la baisse de la contribution française au budget de l’Union européenne, la fin de l’aide médicale d’État, la suppression de l’aide publique au développement ou encore des agences de l’État, comme l’Agence pour la transition écologique Ademe, ou l’Agence nationale de l’habitat.

Le RN refuse de s’attaquer aux raffineurs

Mais le RN refuse surtout de s’en prendre aux raffineurs. « Baisser la TVA, c’est faire le choix de faire payer au contribuable et à l’État une situation qui engraisse les multinationales », dénonce Aurélien Boudon, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires. Face à la hausse des tarifs à la pompe, son syndicat milite pour un blocage des prix, une augmentation générale des salaires et la taxation des superprofits.

Une étude publiée par l’ONG Greenpeace le 30 mars dernier pointe du doigt le fait que « les compagnies pétrolières réalisent plus de 80 millions d’euros de profits supplémentaires grâce à la vente de carburant par jour depuis le début de la guerre ». Environ 11,6 millions d’euros de profits sont générés chaque jour par la vente de diesel en France, et 23,8 millions d’euros en Allemagne.

Au total, pour le seul mois de mars, ces superprofits représentent environ 2,5 milliards d’euros. TotalEnergies, multinationale française, a particulièrement profité du contexte de guerre pour faire des bénéfices. « Un profit exceptionnel d’un milliard de dollars en mars en spéculant sur la guerre et la hausse des prix », dénonce Attac.

Or, le RN défend les bénéfices des géants du pétrole. « Il faut aussi que les pétroliers puissent avoir une marge minimum », soutenait Thomas Ménagé sur France 3 le 5 avril. Il ajoutait : « Sinon, ils vont aller vendre dans d’autres pays. » « Je ne comprends même pas cet argument », balaye Sarah Roussel, chargée de campagne climat chez Greenpeace. L’ONG milite, elle, pour l’imposition de taxes sur les fournisseurs d’énergie à l’échelle européenne et mondiale.

« Cela avait été fait dans l’UE, lors du début de la guerre en Ukraine, en 2022. Mais cela avait rapporté trop peu d’argent. Il faut la remettre à l’ordre du jour et mieux la cibler », insiste-t-elle. En 2022, au moment de la flambée des prix de l’énergie après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, un impôt exceptionnel de 33 % sur les superprofits des entreprises du secteur de l’énergie (pétrole, gaz, charbon, raffinage) avait été mis en place. Cette « contribution temporaire de solidarité » s’est appliquée sur les bénéfices de 2022 supérieurs de plus de 20 % à la moyenne de ceux de 2018-2021.

Cet impôt exceptionnel avait rapporté seulement 69 millions d’euros en France en 2023, bien loin des milliards de rendements espérés.

« On verrouille notre dépendance aux énergies fossiles »

Enfin, la proposition de baisse des taxes portée par le RN pose un gros problème écologique. Elle « verrouille notre dépendance aux énergies fossiles », souligne Sarah Roussel, de Greenpeace. L’ONG ne souhaite pas non plus un blocage des prix des carburants, car cela inciterait selon elle à la consommation. Greenpeace soutient plutôt la distribution de chèques énergies aux ménages les plus modestes pour faire face à la crise.

Bastien Cuq, du Réseau Action Climat, enfonce le clou : « Le RN, qui dit se battre pour la souveraineté française, ne propose absolument rien pour sortir d’une des plus grosses dépendances de la France : la dépendance aux hydrocarbures. Leurs propositions entretiennent notre soumission à Trump et à Poutine, à qui nous achetons une grande part de notre gaz et de notre pétrole. Or, pour garder notre souveraineté énergétique, il faut faire avec ce que nous avons sur notre sol : du vent, du soleil et de l’eau. »

En guise d’argument ultime, les porte-parole du RN rappellent que l’Espagne, pourtant dirigée par les socialistes, a récemment décidé de réduire sa TVA sur les carburants à 10 %. La mesure est interdite par une directive européenne de 2006 mais le RN persiste et souhaite « aller au contentieux avec Bruxelles », déclare Jean-Philippe Tanguy. Certes, mais le ministre de l’Économie espagnol demande également la création d’un impôt exceptionnel sur les bénéfices des compagnies énergétiques. Le RN n’a pas suivi l’Espagne sur ce point.

Boîte noire

Thomas Ménagé a répondu à nos questions le 17/04 et a précisé le plan 100 % Rénov’ du RN.
Jean-Philippe Tanguy n’a, pour l’heure, pas répondu à nos questions.